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jeudi, 10 octobre 2013

Ma maison natale... Ce que j'en sais...

Ce que j'en sais 2

2013 06 10 ma maison natale.jpgL'escalier

Il est mis en valeur par sa position centrale au fond du vestibule et par la fenêtre qui l'illumine créant un fort contraste avec l'obscurité du reste de la pièce.

Sa taille fait de lui l'articulation principale de la maison, c'est un escalier qui en impose et donne le ton!

L'expertise de 1835 le décrit à double volée. En effet, il se compose de trois rampes en pierre de Barbentane supportées par des portiques en arceau, œuvre de la Valfenière, exécutée par le Maçon Jean Rochas de Barbentane. La première rampe part du milieu du vestibule et va se terminer au premier pallier qui comprend toute la largueur de la cage d'escalier. Elle est composée de douze marches de 2 mètres 60 de large. Les deux autres rampes sont également en pierre de Barbentane, elles ont chacune quinze marches et mènent au premier étage, c'est à dire à l'étage noble.

Cet escalier est construit sur arceaux de pierre avec mains courantes ornées de balustres carrés sculptés. Aux quatre angles se trouvent quatre énormes boules de cuivre. (que j'ai maintes fois astiquées)

 

Montaigu escalier double volée.jpg
La double volée de marches et les boules de cuivre

Le plafond de la cage d'escalier est richement décoré de frises, de grands cartouches et d'allégories en stucs. Il est construit à l'antique au plâtre avec moulures et linteaux. Il est délimité par une frise rectangulaire, formée d'une demi voussure doublement encadrée d'épaisses guirlandes de feuillages. Un grand quadrilobe allongé, très découpé occupe la partie centrale, il était orné d'un ciel dans lequel évoluaient des hirondelles et d'où s’épandaient des feuillages.

Tout ce décors a disparu a la suite d'interventions récentes et désastreuses.

Les écoinçons des angles du plafond sont décorés de quatre médaillons ronds dont chacun est soutenu par deux figures féminines, fines et élégantes dénudées jusqu'aux hanches et terminées en rinceaux que prolongent des volutes qui s'étirent tout autour du ciel précité.

Ce plafond à «gypseries» est attribué à Nicolas Mignard dit «Mignard d'Avignon», frère de Pierre Mignard dit «le romain», famille de grands peintres s'il en fut. Il a fait une grande partie de sa carrière à Avignon où il a décoré en autre l’hôtel Tonduti, rue petite Fusterie, la maison des Peilhon, rue Rappe, l' hôtel Fortia de Montréal, (série de panneaux sur Les Aventures de Théogène et Chariclée) et a exécuté de nombreuses peintures religieuses notamment pour Notre Dame des Doms, les églises St Agricol, St Pierre, les Carmes, les Pénitents noirs et l’hôpital Sainte Marthe, on lui attribue également la décoration picturale de la chapelle du Bon Remède à Frigolet

Montaigu plafond massacré.jpg

Le plafond en gypseries actuel, massacré par les monuments historiques..

(je vais me faire des amis)

J'avais fait un cliché de ce plafond, transmis aux compagnons qui occupent les lieux, mais personne n'a daigné s'en inspirer

Le premier étage

C'est le grand salon qui est le plus riche en décorations.

Il est plafonné à la française, agrémenté de beaux dessus de porte et de la plus belle des trois cheminées de l’hôtel.

 

chute de citris dans le gouffre.jpg

La chute de Curtius1 dans le gouffre

Adrien Marcel en fait cette description :

"Son manteau sculpté représente Curtius1 à cheval se jetant dans le gouffre, bas relief entouré d'une forte guirlande de feuilles, un écusson se détache au dessus de ce tableau sur un fond d'armes et de drapeaux, supporté par deux figures féminines, le tout surmonté d'une couronne de marquis."

 

armes des Montaigu.jpg

Ce sont les armes des Montaigu.

D'après l'état des lieux dressé en 1795, le grand salon possédait d'admirables cadres en bois sculptés et dorés Louis XV et une glace de peinture très fine, mais tout a disparu et on n'en trouve pas trace dans l'inventaire de 1835.

Une frise mythologique, sur toile peinte, attribuée à Nicolas Mignard, orne le haut d'une portion de mur, reliquat quasi certain d'un ensemble plus conséquent qui devait cerner la pièce.

 

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Ce salon directement situé au dessus de l'entrée possède une particularité, son sol de tomettes carrées est percé d'un trou dissimulé qui, une fois ouvert, permettait de voir sans être vu celui qui s'introduisait dans le vestibule.

 

 

la trappe secrète.jpg

 

L'oculus secret

Dans les autres pièces deux autres cheminées à manteau de stuc sculpté méritent notre attention.

Une dans le deuxième salon du premier étage côté rue.

Montaigu deuxième cheminé&e.jpg

 

Celle ci est ornée d'un encadrement doré avec un aigle à chaque extrémité, au centre un buste de femme ceint de guirlandes de fleurs. L'ensemble est surmonté d'un angelot protecteur.

 A l'origine, la pièce était entourée d'une frise à quatre grands sujets :

l'enfance de Jupiter

L’enlèvement d'Europe

Danaé sous la pluie d'or

Jupiter et Junon unis par des rinceaux qui soutiennent des génies et autre figures.

Ces œuvres ont été déposées et se trouvent actuellement au musée du petit palais pour une hypothétique restauration qui se fait attendre...

Une troisième cheminée se trouve dans la partie privative conservée par Mme Martin coté nord.

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Cheminée du troisième salon côté rue... un peu tristounette tout de même

Voici ce qu'en dit Adrien Marcel :

«elle est ornée d'une urne un peu lourde et entourée d'une frise représentant les quatre saisons... un grand sujet central et une autre frise décorent aussi une alcôve de la pièce».

Nota : Adrien Marcel ne connaissait apparemment pas l'existence de la chapelle

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Le grand sujet central dont parle Adrien Marcel, un remarquable plafond aux putti de Mignard

 Trois autres salons se trouvent en enfilades coté jardin.

 

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Le sol en tomettes provençales est identique dans les trois salons côté jardin

Le premier ouvre directement sur l'escalier d'honneur par une porte plus humble, il devait servir de bureau, il possède une cheminée noire sévère, propre au climat des affaires, les plafonds sont traités en stucs Louis XV.

 

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La cheminée "stricte" du bureau

 Le deuxième également plafonné de stucs Louis XV sans cheminée, possède la particularité d’être orné de motifs décoratifs à la fresque sur l'ensemble des murs, découvertes à l'occasion de la réfection des plâtres. Ce qui devait en faire un salon très élégant . L'information transmise avec mes photos (que je regrette d'avoir cédées) il y a bien longtemps n'a jamais était prise en considération. Le dessus des portes est orné de peintures pastorales invitant à la galanterie et peut être au libertinage...

scènes pastoralles collage.jpg

Les scènes pastorales en trumeaux (photos du début des années 60)

 

Le troisième salon, quasiment identique au second possède également une scène pastorale

Trumeau 2.jpg

Le trumeau du troisième salon côté jardin

 

et un grand plafond à triple caisson Louis XV.

plafond martin.jpg

Une cheminée plus classique et peut être plus utilitaire se trouve dans le dernier salon côté Jardin.

cheminée dernier salon.jpg

Très belle cheminée en marbre Louis XV

La décoration reste donc relativement pauvre, ce qui semble curieux pour un hôtel particulier de cette qualité. Des manteaux de cheminées, des trumeaux, une frise et des plafonds peints par Nicolas Mignard, aucun autre élément décoratif  n'a été retrouvé... l'hôtel a totalement été dépouillé au fils des siècles.

 Au second étage, l'attique, simples dépendances pour le personnel, ne comporte aucune décoration si ce n'est une charpente phénoménale.

 

appareillage du plancher originel de l'attique.jpg

Appareillage du plancher originel de l'attique

 

 1Curtius est le héros d'une légende topographique romaine . Pendant les premiers temps de la république, la terre s'ouvrit au milieu du Forum (symbole de la république naissante), formant un gouffre énorme. Les romains tentèrent de combler l’ouverture en y apportant de la terre. Mais leurs efforts furent vains.Il fallut avoir recours à un oracle, qui déclara, que pour refermer le gouffre, les romains devaient y jeter ce qu'ils avaient de plus précieux. Le jeune Curtius comprit que ce que Rome avait de plus précieux était sa jeunesse et ses soldats. Lui même décida de s'immoler pour le salut de tous.Monté sur son cheval, il se dévoua aux dieux infernaux et, devant tout le peuple assemblé, se précipita en armes dans l’abîme qui se referma sur lui, laissant seulement un petit lac qui porte le nom de » Lacus Curtius, au bord duquel poussèrent un figuier, un olivier et une vigne. Sous l'empire existait la coutume de lancer des pièces de monnaie dans le lac en offrande à Curtius, le génie du lieu.

/... à suivre

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