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mardi, 08 octobre 2013

Ma maison natale... Ce qu'on en dit

Ce qu'on en dit

 

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Il est fort probable qu'Anne Joseph de Montaigu, capitaine des dragons et député de la ville passa par le «Portail Peint» le 6 Août 1774 , lorsqu'il prit la route de Paris pour aller féliciter Louis XVI de son avènement au trône, en plein midi et avec quinze carrosses (d'après une thèse de Delphine Vallon).

En effet, l’hôtel de Montaigu est tout proche des anciens remparts et du portail Imbert vieux ou Portail Peint, croisement des rues Philonarde, Lices, Bonneterie et teinturiers. Principale entrée défensive d'Avignon au XIII ème siècle, il était nommé ainsi à cause d'une peinture représentant «les sept péchés mortels» (Pansier) il y aurait eu également une représentation des 12 apôtres à qui on aurait confié la garde de la cité. Dans quel état se trouvait cette porte d'Avignon au XVII ème ... hormis le couvent des Cordeliers qui date des XIII et XIV ème, les habitations ne semblent pas si anciennes.

Adrien Marcel qui vécut de 1848 à 1929 a passé sa retraite à poursuivre les recherches du chanoine Requin sur les archives notariales de la ville d'Avignon. Son étude manuscrite, très riche et plus détaillée que celle de son prédécesseur a été recueillie par le musée Calvet. Elle consiste en un dictionnaire des rues d'Avignon auquel s'ajoutent plus de sept cents feuillets de notes sur les principaux hôtels particuliers d'Avignon, dont une dizaine sur l’hôtel de Montaigu. C'est sur cette documentation que je me suis en partie appuyé pour étayer cet historique.

 Le nom de la rue lui est tiré de l’existence d'un four de terre ou four à poterie (XIV ème siècle) dont une maison prit le nom de four de la Nabresse.

 Quant à la population, elle était exclusivement composée de petits artisans et de tacherons vivant de leur travail.

Les Montaigu descendraient d'un vendeur de savon de Barbentane ou de Noves qui, riche, épousa une bâtarde d'un de Donis, Seigneur de Lapalun, dont le fils fut chevalier servant de l'ordre de Malte. Le nom de Montaigu leur viendrait d'une tournure de mots à l'italienne dont se serait servi le vice légat du pape la première fois qu'il vit à Avignon de Donis : il l'aborda en lui disant « Benvenuto Montaguto» (d'après Hervé Aliquot)

Cette origine roturière expliquerait peut être la détention de cette parcelle dans un quartier populaire, car l’hôtel de Montaigu est la seule demeure patricienne de toute la rue. La proximité du Portail peint en faisait peut être un emplacement prisé pour le négoce et l'acheminement des marchandises...

Grâce au travail manuscrit d'Adrien Marcel, on peut remonter l'histoire jusqu'au XIV ème siècle.

L'ensemble comporte alors une grande maison, une plus petite et un jardin, il appartient à Guillaume Barème, correcteur des lettres apostoliques.

En 1427, le Prince d'Orange, Louis de Châlon Arley l'acquiert et la loue. L'un des locataires est fabriquant de toile.

Au XVI ème siècle, un orfèvre, Christophe Alberti, puis un noble, Jean de Donis, l'achètent successivement.

Mais c'est au milieu du XVII ème siècle que se produit la mutation la plus importante de l'histoire de cette parcelle, Montaigu (certainement le gendre de "de Donis") fait raser les vieux bâtiments pour faire construire l’hôtel par La Valfenière en1668. Adrien Marcel n'a trouvé aucun acte notarié mentionnant une vente, il devait donc s'agir soit d'une succession soit d'une donation (peut être la dot de la mariée).

 

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Rosace centrale du bureau

 

A partir de cette date, l’hôtel acquiert sa structure définitive et l'on n'observera désormais plus aucune transformation majeure sauf quelques cloisons (notamment une pièce secrète et qui restera si secrète qu'elle fut démolie sans autre forme de procès, personne n'en conservant la trace si ce n'est le souvenir que j'en ai) et un raccordement sur voûtains du premier étage de l'hôtel au premier étage de l'orangerie qui furent notre cuisine et une chambre lorsque nous y logions, ces éléments furent également abattus.

 

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Traces sur le mur extérieur de l'escalier de la construction sur voutains

Lorsque le roi Louis XIV vient passer les fêtes de Pâques à Avignon. Ses secrétaires d’État logèrent à l’Hôtel de Montaigu.

De 1692 à 1770, l’hôtel passe successivement à Marguerite Charlotte de Linons de Causan, Marquise de Montaigu, Louis Joseph de Montaigu, Joseph Philippe de Montaigu, Seigneur d'Entraigues, Anne Joseph de Montaigu, capitaine des dragons.

 

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Motif du carrelage du grand salon d'honneur

L'expertise des biens des Montaigu dressée à la révolution fait mention d'une chapelle... Or on n'en retrouve aucune trace dans une deuxième expertise dressée à la mort de Niel en 1835 ! Quid de cette chapelle ?

Une alcôve remaniée après les réquisitions de la révolution est toute désignée pour être cette fameuse chapelle. C'était la pièce la plus éloignée des salons de réception, loin de tout bruit, exempte de fenêtres, propre au recueillement et richement décorée d'un plafond de Nicolas Mignard. Cette pièce a été largement ouverte sur le dernier salon côté jardin pour être traitée en alcôve, sorte de niche "galante" dans le goût du XIX ème.

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Le plafond de la chapelle privée peint par Nicolas Mignard (dans un état lamentable!)

Le 28 germinal An II soit le 17 avril 1794, l’hôtel est séquestré et devient un dépôt pour le mobilier réquisitionné. Il est attribué au «Receveur du Domaine National» qui l'occupe de l'An II au 18 Floréal de l'An VI. L’hôtel est alors expertisé et mis en vente.

Le 29 Floréal An VI, il est adjugé à Jean Martin Niel, fabriquant de chapeaux pour la conséquente somme de 233.000 francs or.

Le reste de la maison, anciennement numéro 19, est adjugé 40.700 francs or à Étienne Bonnet, le 9 Prairial de l'An VI.

L’hôtel trop vaste, ne connaît pas d'acheteur assez fortuné pour l'ensemble du lot.

Niel a acquis la partie sud pour lui, mais la partie nord l'a été pour le compte de son notaire Rolland, il manque malheureusement les éléments de la succession de ce dernier.

Le 3 Novembre 1835, décès de Niel et estimation de ses biens par des experts dont la partie sud de l’hôtel (ancien numéro 25).

1862 Martin Hippolyte Valens dit Valens-Niel en hérite.

1879 il acquiert l'ancien numéro 19 de Bonnet (certainement le fils).

1883 il acquiert l'ancien numéro 20

A cette date, l’hôtel retrouve donc sa structure première, celle d'avant la révolution. L'immeuble est mis en location répartie en six appartements:

  • Trois au premier étage (2 coté jardin, un coté rue)

  • Deux dans l'attique

  • Un au premier étage de l'orangerie

L’hôtel perd de nouveau sa cohésion initiale.

/... à suivre

 

Commentaires

Intéressant, merci !

Écrit par : ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ | mardi, 08 octobre 2013

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