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samedi, 19 avril 2014

Jeanne de Flandreysy

"Valence est aux frontières du Midi et rien ne laisse présager, chez la jeune parisienne qu'elle est devenue, quoi que ce soit qui sente la Provence.

Flandreysy.jpgA 26 ans, Jeanne Mellier est une très jolie fille que le destin a doté de surcroit d'une vive intelligence et d'un quelque chose de fantasque qui en font l'une des reines de Paris.

Elle tient de son père, poète à ses heures, le gout de la littérature. Elle n'y a aucun génie et même, nous pouvons le dire, aucun talent! Sa "planète" est toute autre. Elle approche les plus grands noms du monde des Lettres. Son salon est fréquenté par les plus hautes personnalités parisiennes. Une de ses fantaisies, elle en a d'autres, est de chercher, de rassembler, de conserver les documents, les textes et les images qu'elle peut se procurer. Tel le manuscrit où Lamartine annonce la glorieuse carrière de Mistral. Elle fait don de ce qu'elle possède à ce titre au Museon Arlaten.

En 1900, elle vient à Maillane voir le maître. Elle a 26 ans et Mistral presque 70, mais c'est un beau vieillard et son prestige subjugue littéralement la jeune femme. Leurs relations ont peut d’importance en notre affaire. Ce qui demeure, c’est qu'elle se lance à corps perdu dans l’œuvre félibréenne. Toutefois, et elle le déplore, elle n'en maitrisera jamais la langue.

 Par contre elle amasse des quantités énorme de manuscrits et de photographies dont elle encombre ses appartement à Paris et à Valence. Un jour, étant à Avignon, par hasard, elle apprends que l’hôtel du Roure est en vente, qu'il est moitié vendu. En 1918, il est dans les mains de l’évêque qui ne demande qu'a s'en défaire. Son père, Étienne Mellier, et sa mère qui ne vivent que pour leur fille, envoient immédiatement les 110 000 francs nécessaire.

Jeanne Mellier, qui depuis quelque temps déjà a pris le pseudonyme littéraire de Jeanne de Flandreysy, est enfin dans ses murs. C'est désormais sous ce nom assez fantaisiste il est vrai, qu'elle va devenir l’âme de ce qui sera le palais du Roure. Elle est aidée au début par un richissime armateur marseillais, jules Charles - Roux. Quand celui ci est mort, elle se débrouille par ses propres moyens. Elle y laisse jusqu’à son dernier sou, se refusant à vendre quoique ce soit de ses acquisitions. la belle demeure gothique, soigneusement restaurée sur les conseils de Formigé, devient un foyer culturel important, particulièrement axé sur les langues romanes et le patrimoine provençal. Elle y abritera de nombreux écrivains et du nombre nous allons le voir, un poète indigent.

eperandieu.jpgEn contradiction avec la règle de conduite qui a été la sienne jusqu'alors, elle épouse en 1936 à l'age de 62 ans, un vieil amis de la famille, Émile Esperandieu, qui a 79 ans et qui d'ailleurs mourra trois ans plus tard. (Cliquez sur l'officier pour voir l'épousé !) Je ne puis l'accuser gratuitement de gérontophilie, et après tout c'est un bien grand mot, mais depuis Barrès, Mistral, Charles Roux, Le Cardonnel, Léo Larguier, Espérandieu, sa vie est, si j'ose dire , jalonnée de vieillards. En ce qui concerne le dernier, c'est une aubaine pour les collections du Roure, qui s'enrichissent d'un coup de la bibliothèque de ce militaire devenu membre de L'Institut et universellement connu pour ses travaux sur les monuments de la gaule romaine et pré-romaine.

Le 12 juillet 1944, comme un arbre qui a porté ses fruits; elle fait donation à la ville d'Avignon, du palais du Roure et de la Fondation de Flandreysy - Espérandieu.

Le destin, qui lui avait permis de mener à bien en trois quarts de siècle sa riche carrière, lui fut cruel et ne lui permit pas de mourir, comme certainement elle l'eût souhaité, au milieu de ses collections. Elle est morte à l’hôpital en 1958, avec une discrétion exemplaire et en laissant auprès de ceux qui l'avaient approché le souvenir d'une grande dame, qui n'avait jamais oublié d'être une femme."

Georges Brun

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