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samedi, 06 septembre 2014

Une vendetta à Avignon en 1606... Le dénouement

 

La Bibliothèque Calvet nous apprend que la procédure fut longue et que ses résultats en furent sensationnels.

P G de nassau.jpgTellement sensationnels que, pour le bien et repos des survivants et pour couper chemin aux conséquences si extrêmes que cette affaire pourrait amener, et enfin d'après le commandement de S. M., qui est de pacifier les partis, Très illustre Seigneur Henri de Bourbon, prince de Condé, alors à Villeneuve, et Très Illustre Philippe-Guillaume de Nassau, prince d'Orange, s'entremirent pour assoupir le différend et provoquer un désistement des poursuites.

 

 

Mgr le Vice-Légat y prêta les mains de son côté, et l'on aboutit à cet étrange résultat par l'acte notarié, des plus original du mois de juin 1607 .

Aux termes de cette convention, les héritiers de Pandrau se déclarent désintéressés des morts, destruction, brûlements, injures, dépens, vindictes et dommages, et en somme contents et satisfaits, moyennant le versement entre leurs mains d'une somme de dix mille livres. Et, ce qu'il y a de plus curieux, c'est que ce paiement est effectué : à concurrence de 4.000 livres versées, sous forme anonyme, pour autre cause que le fait incriminé, par le sieur Michel Ribeyre. médecin du prince de Condé, et Barthélemy de Rhodes, fils de la veuve d'Auriac, d'Orange. Les 6.000 autres livres furent versées, pour certains respects et considérations à ce le mouvant, par le seigneur des Issarts, comme indemnité du désastre causé par sa présence aux victimes sacrifiées, alors que c'était lui que visait l'attentat. Mgr le Vice-Légat avait complaisamment favorisé ce compromis qui désarmait ce que l'on appelle la vindicte publique. Il l'avait même sanctionné en ordonnant, dès le 4, aux familles de Baroncelli et de Galéan d'avoir à se réconcilier. Il fit mieux encore; car, après avoir constaté l'inefficacité de ses recommandations théoriques, il leur enjoint d'avoir à comparaître devant lui et devant les princes pour se désister solennellement de leurs griefs réciproques. Cette comparution, protocolairement réglée d'avance dans tous ses détails, eut lieu le 10 octobre 1609, au Palais Apostolique, dans la salle de la Mirande. Le procès-verbal en fut dressé par Guillaume Joannis, notaire. François de Galéan lut à M. de Javon la déclaration suivante:

" Thomas de Baroncelli estant venu chez moi, poussé d'extrême colère, j'ay commis l'acte avec advantage dont vous vous plaignez. Je voudrais qu'il me cousta la plus grande partie de mon sang n'avoir commis cette faute dont je me repans et vous prie de me pardonner, vous asseurant que si pareille offense m'estait survenue, je me contenterais de pareille satisfaction. » Georges de Javon répondit : «M., la déclaration que vous faites, et le commandement de ces princes, font que je l'oublie et voudrais que l'accident qui est arrivé ne fût pas survenu. "

Sur ce, les princes présents abolissent tout ce qui s'est passé, leur défendent expressément de s'en plus souvenir, et leur enjoignent de se tenir, comme auparavant, respectivement pour gens d'honneur.

     Et ont apposé leurs seings. 

Comme on le voit, on en revient au point originel de la querelle, au premier choc des hostilités,
le second épisode étant censé inexistant par ordonnances sérénissimes.
Malheureusement, on n'extirpe pas les germes de la passion comme les racines d'un cor au
pied.
Les efforts les plus risqués pour imposer à des rivaux une atmosphère artificielle de concorde,
sont une méconnaissance des lois de nature. L'union ne se décrète pas, et un grimoire de
greffier relatant des paroles que la bouche seule prononce alors que le cœur les dément,
avive parfois, plutôt qu'il ne la cicatrise, une blessure d'amour-propre.
Les Montaigu et Capulet avignonais se maintinrent en effervescence. Leur acrimonie s'épancha en combats singuliers, et l'on vit successivement s'aligner sur le terrain
François de Galéan. et Fogasse de La Royère, Louis de Galéan et Thomas de Berton, Vincent du
Castelet et le chevalier de Javon.
Un nouveau conflit ne tarda pas à se produire. Voici le récit du fait, textuellement reproduit
de la pièce unique qui nous le révèle :
" Vers le mois de juin 1612, estant survenues des rumeurs en la rue du Change, pendant
la création et élection des consuls, il s'ensuivit le meurtre de frère Jacques de Baroncelli,
chevalier de l'ordre de St-Jean-de-Jérusalem, frère commun de Georges et de Jean de
Baroncelli, écuyer, par frère Louis de Galéan, sr des Issarts, aussi chevalier de
St-Jean-de-Jérusalem, et complices "
Or, la liste chronologique des consuls et viguiers d'Avignon, publiée dans l'Annuaire de Vaucluse
de 1860 nous apprend que le premier consul élu pour cette année 1612 fut François de Galéan,
Sr des Issarts, le meurtrier de Thomas de Baroncelli six ans auparavant.
C'était, vraisemblablement, la seconde fois que
la lutte électorale mettait aux prises les mêmes
champions, favorables ou hostiles, obstinément figés dans les deux camps adverses.
La fureur des Baroncelli ne connut pas de bornes. Elle s'exhala en plaintes amères, en menaces
terribles, en serments publics de promptes et cruelles représailles.
Certes le Vice-Légat alors en fonction, Mgr Philippe Philonardi était doux et bienveillant. Il
comprenait la légitime exaspération des parents et amis de la victime, mais il était excédé
lui-même de cette lutte intestine se perpétuant au sein du patriciat Avignonnais, lutte
qui avait obsédé ses prédécesseurs,
Messeigneurs Montario, de Ferrier et Dulci, et qui,
en démoralisant le peuple, entravait le bon gouvernement de la cité.
Aussi, pour prévenir de nouveaux malheurs, enjoignit-il aux deux frères de Javon d'avoir à
garder dans leur hôtel les arrêts de rigueur les plus stricts.
Toutefois, dès le mois de juillet, il autorisa Jean de Baroncelli, écuyer de Javon, à se rendre à
Rome pour obtenir du Pape et du cardinal Borghèse, légat en titre, justice du meurtre de son
frère, mais sous caution et à la condition expresse d'effectuer son voyage, aller et retour,
sans tenter la moindre agression contre le seigneur des Issarts ou quelqu'un des siens.
Rome accueillit avec faveur la supplique du plaignant ; seulement, pour ne pas exacerber
les passions par une répression sans ménagements, elle résolut de tenter encore une fois
les voies de conciliation. A cet effet, le cardinal Borghèse fit connaître au Pro-Légat les
intentions bienveillantes de S. S. Paul V et lui prescrivit d'avoir à solutionner pacifiquement,
si faire se pouvait,
un différend aussi nuisible à l'ordre de la noblesse qu'au bien de l'État,
au moyen d'une dernière mise en demeure nettement comminatoire.

armes Philonardi.jpg

 Par ordonnance du 10 septembre 1612, Mgr Philonardi fit sommation à: 

     1° Georges et Jean de Baroncelli-Javon 

     2° Diane de Baroncelli-Javon, dame de Mazan 

     3° Louis de Galéan des Issarts, Georges de Galéan de Vedenes et Jean-Vincent de 
Galéan du Castelet
4° Thomas, François et autre Thomas de Berton, père, fils et frère 5° Richard de Cambis, auditeur de Rote 6° Paul et Charles de Doni, frères 7° Louis de Pérez 8° Paul de Montréal
« de faire paix universelle et générale de tous les différends qu'ils pourraient avoir ensemble, de
toutes choses passées et pour quelle cause et occasion que ce soit, dans les deux jours prochains,
à peine de 4.000 écus d'or applicables au fisc du Saint Père, et par chaque contrevenant, ipso facto
encourables. »
4.000 écus d'or d'amende par tête de récalcitrant !

Le Saint Siège n'y allait pas de main morte.

tas d'ir.jpg

 

L'effet fut magique

 

Le délai de deux jours n'était pas encore expiré que, « comme très humbles, très fidèles et très obéissants sujets du Saint Père, pour obéir à ses commandements et éviter les très rigoureuses peines y contenues », les soussignés se soumettent à toutes les injonctions qui leur sont faites et donnent fin à leurs querelles, plaintes, poursuites et prétentions réciproques .

Tout dès lors rentra dans l'ordre dans notre bonne ville d'Avignon

 L'accord se rétablit complet, même sur le terrain électoral, puisque, en 1614, Charles de Fogasse de La Royère fut élu premier consul, en même temps que François de Galéan des Issarts était proclamé viguier de la cité.

 

D'après une communication de l’Académie de Vaucluse

 

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