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samedi, 13 décembre 2014

Le sel à Avignon 2/4

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La maison dans laquelle il fut installé appartenait au XVIe siècle à François Mayaud, seigneur d'Aguille. On approvisionnait ce grenier aux marais salants de Berre dans le comté de Provence ;

étang de Peccais à Aigues mortes édit.jpgMais le gouvernement français mit les administrateurs en demeure de se pourvoir à ceux de l'étang de Peccais, près d'Aigues-Mortes en Languedoc, dans le domaine royal, où le sel était vendu à des prix beaucoup plus élevés.

 

Henri iv.jpgLes États du Comtat (1577) portèrent réclamation, mais la France d'Henri IV opposa la force et en 1605, le vice-légat Pierre François Montorio fit savoir aux consuls d'Avignon qu'ils devaient se fournir à Peccais. Ces derniers firent dresser des verbaux à Peccais, aux Saintes Mariés et à Berre pour savoir les prix du sel en ces différents lieux de production, et ils présentèrent à la Cour des comptes de Provence une requête demandant de prendre le sel où bon leur semblerait, suivant les privilèges de leur cité ; mais tout ce qu'ils obtinrent fut de passer, le 29 novembre, un contrat avec M. de Ferron, administrateur général des gabelles du sel, par lequel celui-ci s'obligea à fournir aux habitants d'Avignon celui de Peccais pour 6 livres 12 sols le minot (le minot pesait 58 kilos 70 gr.)

 

rempart de la ligne antérieur à 1664 édit.jpgLe 29 janvier 1689, Jean-Antoine -Delabande, directeur de la ferme des gabelles de Provence, Dauphiné et Comtat d'Avignon, au nom de Pierre Domergue, fermier général des gabelles de France se présenta devant l'auditeur général et le requit de signifier à Hector-Henry de Siffredy, docteur ès-droits, agrégé en l'Université d'Avignon, alors propriétaire du grenier "où se dépose le sel qui se débite au peuple de ladite ville et comtat", d'avoir à prévenir par d'urgentes réparations la ruine dont ledit grenier était menacé.

ruine.jpgLes piliers soutenant la toiture ne portaient plus d'aplomb et cette toiture avait besoin d'être mieux appuyée qu'elle ne l'était, si l'on ne voulait pas qu'elle s'écroulât. Delalande avait averti lui-même M. de Siffredy et l'avait fait avertir par Demouriès, receveur du grenier, en le rendant responsable, si la ruine se produisait, des dommages qui en résulteraient pour Domergue et du préjudice que le public en souffrirait. Par mandement de l'auditeur, Charles Heiraud, courrier royal d'Avignon et député par Sa Majesté -(Louis XIV occupait alors le Comtat), fut chargé d'intimer à M. de Siffredy d'avoir à comparaître pour donner satisfaction à la requête dudit sieur Domergue ; il alla trois fois chez lui et, ne le trouvant point, il remit, le 3 février le billet de comparution entre les mains de sa servante. Il n'y a pas d'autre renseignement sur cette affaire ; mais on ne saurait douter que le propriétaire fit au grenier les réparations indispensables qu'on lui réclamait.

A partir de 1720, le recouvrement des impôts fut confié à des fermiers généraux qui achetèrent au roi ce privilège. La perception devint plus rigoureuse parce que la Ferme générale chercha à en tirer les plus gros revenus possibles.

Toute personne au-dessus de sept ans était tenue d'acheter annuellement au moins sept livres de sel, qu'elle en eût ou non besoin et sans avoir le droit de revendre le surplus de sa consommation

Les gabelous pouvaient perquisitionner à toute heure dans toutes les maisons pour s'assurer qu'on n'y employait pas de sel autre que celui de la ferme, lequel, du reste, était fort reconnaissable à sa mauvaise qualité.

Cette tyrannie fiscale outrait les populations et, dans plusieurs endroits, il y eut à ce sujet des troubles violents. Il appert d'une lettre de Mgr Spannochi. du 26 janvier 1736, que les consuls d'alors, qui étaient Claude de Salvador, Joseph Charlet et Joseph-Frédéric Goyon, et l'assesseur Michel Bouchard firent placer leurs armes sur la porte du grenier.

inondation 1755 édit.jpg— La désastreuse inondation de décembre 1755 porta à cet entrepôt les plus graves préjudices par le fait des eaux qui y pénétrèrent. Le Grenier à sel de la porte de la Ligne, écrit Laurent Drapier, a perdu presque 7.000 minots de sel, il en est resté un petit tas dans un coin, tout le reste a été fondu et confondu dans la boue. Il en coûtera 20.000 écus aux Fermiers généraux. Ce ne fut pas tout, car les bâtisses, qui n'avaient jamais été très solides, comme on a vu, furent tellement ébranlées "qu'il fallut les reconstruire."

.../... à suivre

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