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samedi, 01 novembre 2014

Evènements de 1880 : Frigolet 1/2

 Le 29 mars 1880

Sous la présidence de Jules Grevy, deux décrets anticléricaux, sont signés par Charles de Freycinet, président du Conseil, et Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique, pour expulser de France les Jésuites et imposer aux congrégations de demander leur autorisation dans un délai de trois mois, sous peine de dissolution et de dispersion.

Jules_grevy.jpg

Freycinet.jpg

ferry.jpg

En solidarité avec les jésuites, les congrégations religieuses refusent de se soumettre à cette obligation.

Le 1 er novembre1880

Norbert 1.jpg

 Le gouvernement français décrète la dissolution de la communauté de Frigolet, Ordre fondé par saint Norbert au XII ème siècle, et lui ordonne de quitter le monastère. Le refus des Prémontrés, soutenus par les fidèles du secteur, provoquera le fameux "siège de Frigolet".

 

Le mardi 2 Novembre 1880

Dès la Toussaint 1880, les Provençaux montent par milliers au monastère. Beaucoup d'entre eux s'enfermèrent à l'intérieur de l'abbaye, parmi lesquels Frédéric Mistral.

 

Le jeudi 4 novembre1880

Dans la ferme appelée le «Mas des Lallemands », le général Guyon-Vernier établit son quartier général.

 

Le vendredi 5 novembre 1880

La Préfecture de Marseille et le Gouvernement mobilisent gendarmerie, infanterie, cavalerie, flanquées des généraux Billot, commandant le 15 ème corps d'armée de Marseille et Guyon-Vernier, du préfet des Bouches du Rhône, Eugène Poubelle (le fameux futur préfet de Paris), du sous-préfet d'Arles, Dugat, de commissaires de police... En tout, près de deux mille hommes pour chasser de leur couvent une quarantaine de religieux.

L'abbaye est cernée dès neuf heures du matin. La cavalerie, 260 dragons, l'infanterie, le 141° de ligne, 5 brigades de gendarmes : Rognac, Arles, Chateaurenard, Saint-Rémy, Tarascon. Plus de 2.000 hommes avec vivres pour trois jours et bêtes des sommes, bloquent les accès du monastère.

Prise de st Michel de Frigolet 1.jpg

Au matin, un commissaire embarrassé, notifie, à travers la porte, au Père Hermann, qui représente le Père Abbé, l'arrêté d'expulsion dont il est porteur. Le Père refuse d'obtempérer. La Montagnette est alors investie par les escadrons de cavalerie et les bataillons d'infanterie.

A six heures du soir, il est fait défense de traverser les lignes, d'apporter de la nourriture aux assiégés, de sortir de l'abbaye : le blocus est total : réduire la place par la famine, telle est la tactique mise en place


Le samedi 6 novembre au matin.

 
Jean-Baptiste_Billot.jpg

 

Le général Billot vient prendre le commandement général des troupes occupant les diverses positions entre Barbentane et Tarascon.
Un Conseil de guerre a lieu.

Un capitaine du 141e régiment d'infanterie, accompagné d'un gendarme, monte demander à nouveau l'ouverture des portes de l'abbaye, on lui renouvelle le refus. La troupe cerne alors la boulangerie (aujourd'hui la Treille) et l'occupe aussitôt.

 


Poubelle 1.jpgM Poubelle, préfet des Bouches du Rhône, très réservé en matière d'anticléricalisme, propose de se retirer dans le département du Gard, d'où, à l'aide du «fusil curviligne fumivore», on aurait probablement raison des Prémontrés. Ses atermoiements lui valent un accueil mitigé de la population
...
qui lui jette toute espèce de projectiles, sur sa voiture, on frappe la capote à coups de canne, et, faisant allusion à ses sentiments religieux la foule crie à plusieurs reprises : «Vive M Poubelle! A bas le préfet ! Hue, hue !» Il a été ainsi poursuivi par 300 personnes pendant plus d'un kilomètre. 

 

A la tombée du soir, le général Guyon Vernier fait exécuter aux troupes trois pas en avant.
Le général Billot, apprenant cette témérité, réprimande vivement le général Guyon Vernier et fait exécuter aux mêmes troupes deux pas en arrière.
- « J'ai gagné 75 centimètres sur l'ennemi » s'exclame Guyon Vernier

Pour cette manœuvre émérite, le général Billot fut taxé par les journaux cléricaux du titre de « duc de Frigolet. »

Le dimanche7 novembre au matin.
Le génie commence des travaux pour araser la montagne et faciliter l'installation de batteries d’artillerie.30 cartouches par homme et des crochets pour les serruriers sont distribués.

Venant en aide aux prémontrés, 2.000 hommes sont parvenus dans les cours et les cloîtres du monastères, les campagnes se soulèvent, une troupe de vieillards, de femmes et enfants, arrivent de toutes parts, en tout 4 à 5.000 personnes supplémentaires...

devant le cimetière.jpgVive agitation... dix heures, sommation officielle de l'arrêté préfectoral par le commissaire et un piquet de quinze gendarmes. Clameurs, huées et protestations s'élèvent. Les orateurs haranguent la foule depuis le mur du cimetière P. Hermann, Chauffard, Mistral, Bernard, Mathieu... le conseil de la Congrégation refuse d'ouvrir.

Cependant des parlementaires sont envoyés pour réclamer des vivres pour les assiégés. Une demande de100 kilos de pain est faite, refusée illico par le commandant qui décline sa compétence et adresse un télégramme au général Vernier. 16 h, toujours aucune réponse. Le monastère n'avait de la farine et des vivres que pour huit jour pour 40 moines or il se trouve près de 2000 bouches de plus à nourrir !
 

Il a fallu l'arrivée de M. Rigaud, le premier président de la cour d'Aix, pour faire cesser ce ridicule état de choses. Saisi de la plainte des religieux, il a été très énergique auprès du préfet Poubelle et du général Guyon-Vernier, s'étonnant qu'on crût pouvoir accompagner l'exécution des décrets par des séquestrations et des attentats à la liberté individuelle...

 

provencau_e_catouli.jpgLes villages voisins se regroupent sur les hauteurs qui dominent l'abbaye, jusqu'à 7.000 personnes se mettent à chanter « Prouvençau et Catouli... ». « Sauvez Rome et la France», est leur cri de ralliement!

Ce petit peuple se fait la risée de l'armée et de ses officiers. Gendarmes et soldats, hommes de troupes, haussent les épaules de dépit

Ordre est donné à la cavalerie de barrer le passage à qui s'aviserait de monter à l'abbaye ou d'en descendre. Les religieux eux continuent de célébrer les offices... Quel pittoresque d'entendre, les psaumes répondre aux accents du clairon.

Dans l'après-midi du dimanche, un ballon vert s'élève au dessus des tours, lancé par les assiégés avant d'être abattu par les militaires. Mais chacun sur la Montagnette avait eu le temps de voir le signe de vie qu'on leur adressaient .

Cavalerie et infanterie décident d'un bivouac pour la nuit.

.../... à suivre

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