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samedi, 08 novembre 2014

Evènements de 1880 : Frigolet 2/2

 Le lundi 8 novembre1880

 

Dans les sphères administratives des Bouches-du-Rhône, on s'imaginait que le monastère était un véritable arsenal. les gargouilles en fonte qui sont sur les toits des tours, sont prises pour des bouches à feu...

 

Siège de frigoletTableau de Wenzel.jpg

 

guyon vernier.jpg

 Intimidés par l'énergie de M. le premier président Rigaud, qui, aux termes de la loi, avait le caractère d'un juge d'instruction, le préfet Poubelle s'est hâté de réunir un dernier conseil de guerre, dont faisait partie son sous-préfet Dugat, ancien bandagiste-herniaire, et le général Guyon-Vernier. Il fut décidé que, pour éviter les rigueurs de la loi correctionnelle, dont la présence du premier président les menaçait, le crochetage aurait lieu le lendemain au point du jour.

 


crochets1880.jpg

 

Des crocheteurs, accompagnés du commissaire de police et de douze gendarmes, poussent une charrette remplie d'instruments d'escalade, de cordages, de chaînes, de haches, de massues, de poutres et de poutrelles en forme de bélier, comme si on devait prendre d'assaut une véritable forteresse !

porte du cloître.jpgVers 7 heures, le commissaire de police, Roudier-Carron, ancien jardinier, fait de nouvelles sommations devant la grille de fer pour y attirer les assiégés, tandis qu'il envoie les crocheteurs forcer une porte opposée, celle dite du "cloître". Une véritable ruse de guerre...quatre serruriers et six maçons, amenés de Marseille et d'Arles (ceux de Tarascon ont tous refusé leurs concours) ont enfoncé la porte qui mène au réfectoire.

 la population encourage les assiègés.jpgL'exaspération est portée à son comble ; des armes sortent des blouses des paysans. Des mères conduisent leurs petits enfants sur le théâtre de l'événement et d'une voix indignée, en leur montrant ce déploiement burlesque et odieux de la force armée, elles leur narrent comment la république entend la liberté et le respect des droits.

foule.jpg


Entendant les coups de hache défoncer les portes, les Prémontrés se réunissent alors dans la salle du Chapitre où se présente le commissaire de police, ceint de son écharpe, chapeau sur la tête, brandissant son décret d'expulsion.

Le Père Abbé, le R. P. Edmond, lit une protestation solennelle, Les Prémontrés entonnent alors l'office devant les forces de police, ébahies et décontenancées, puis le Père Abbé leur donne la bénédiction.

Wenzel photographe.jpgLes scellés sont apposés sur l'église, tandis qu'éclate un violent orage et que tombe une pluie torrentielle. Agents et gendarmes font évacuer les lieux de tous ceux qui s'y trouvaient depuis plusieurs jours pour soutenir les Pères dans ce moment difficile. Tous ces évènements ont immortalisés par le peintre photographe de Valabrège François Wenzel (voir image ci contre)

À 8 h 30, sous un déluge, les religieux, finalement au nombre de 37 sont amenées par voiture vers Tarascon, escortés de onze brigades de gendarmerie et d'un escadron de dragons, mais surtout acclamés par la foule massée tout le long du parcours.

Le T. R. P. abbé, Louis de Gonzague et deux autres sont laissés au monastère, avec les domestiques chargés de l'entretien des bâtiments et des terres.

À Tarascon, Cinq escadrons de dragons occupent les abords des églises et des couvents et tiennent les rues principales en prévision d'un coup de force de la population.... en vain !

 

eglise Ste marthe.jpgL'abbé Bondon, vieux curé de Sainte Marthe, reçoit les religieux et leur souhaite la bienvenue. Le R. P. prieur le remercie, les larmes aux yeux et entame avec une foule immense le chant du Miserere et du Pace Domine

Le préfet des Bouches-du-Rhône, Eugène Poubelle, se retire vers Marseille sous les huées, accompagné du général Guyon-Vernier et de M. Bessat, procureur général à la cour d'Aix dans la déconsidération générale.

Le soir, les bannis sont recueillis dans les humbles maisons taraconnaises mises à leur disposition par les habitants.

képi 2.JPG

 

Les bataillons du 141e, qui depuis jeudi faisaient le siège de l'abbaye, rentrent à Avignon presque incognito, trempés jusqu'aux os par la pluie, crottés jusqu'au genou par la boue, et avec des allures déconfites.

 

 

Les prémontrés chassés de France par l'expulsion de 1903, s’établirent en Belgique, à Leyde, où ils s’occupèrent de la fabrication de la bière, l'abbaye ne retrouva ses religieux qu'en 1922.

 

D'après une communication faite à l'Académie de Vaucluse

 

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