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samedi, 21 février 2015

La course à la prime

Grâce aux lois du 13 avril 1910 et juillet 1911, l'état soutient plus ou moins par des primes la culture de l'olivier. La loi du 7 avril 1932 accentue les aides en les généralisant .

Le texte du 22 mai 1941 est plus restrictif et octroi seulement des primes pour les oliviers régénérés c'est à dire recépés ou plantés. Les montants étaient variables et dépendaient de la dotation budgétaire de l'année ; au fil des ans, ces primes étaient devenues dérisoires en 1956 : 15 frs par arbre régénéré et 30 frs par arbre planté.

C'est donc dans un contexte déjà difficile que survenait cette catastrophe climatique.

olive 2.jpgL'olivier avait il encore sa place dans l'agriculture provençale ?

Dès la fin du gel, les organismes professionnels, en particulier l'association générale des producteurs d'oléagineux et de nombreux élus intervenaient pour que l'état prenne en charge la reconstitution de l’oliveraie française.

Les dégâts apparaissent considérables...

 

 

Cependant on surestima grandement les ravages comme c'est la coutume dans le monde agricole, dit on. Les chiffres des plus fantaisistes furent avancés :

On parla de 1 300 000 oliviers gelés pour le seul Vaucluse alors qu'il n'y avait que 600 000 arbres !

On disait qu'il faudrait 10 à 15 ans pour que les oliviers produisent de nouveau.

Un_arrachage_au_profit_de_la_vigne.jpg Les spécialistes demandaient de ne pas toucher aux arbres car un peu partout, on arrachait. L'état dut interdire les arrachages par arrêté du 24 avril 1956.

Certains oléiculteurs espéraient, à la faveur de ce gel, se débarrasser de leurs vieux oliviers et obtenir des autorisations de planter de la vigne d'un rapport plus intéressant.

M Renaud, professeur d'agriculture à Marseille et M Bonnet, directeur du service oléicole démontrèrent aux oléiculteurs que, bien que plusieurs années soient nécessaires avant qu’un olivier ne produise, sa durée de vie est telle que sa valeur productive dépasse de beaucoup celle des autres arbres fruitiers. Il fallait « profiter » de cette catastrophe pour rajeunir notre oléiculture.

Des commissions de parlementaires vinrent se rendre compte des dégâts. La commission des Boissons de l'assemblée nationale le 19 juillet, la commission de l'agriculture du conseil de la république le 26 et 28 juillet.Une enquête du ministère de l'agriculture réalisée en juillet apporta les premiers éléments quant à l'importance réelle du sinistre.

Fernand marin.jpg

Une loi fut votée le 4 août et dans son article 103 elle autorisait le gouvernement à majorer le taux des primes accordées par la loi de 1932. Les décrets du 2 novembre et 15 décembre fixèrent les nouveaux taux et apportèrent une modification importante au système antérieur. En effet, la prime ne varie plus en fonction des crédits annuels mais est fixée pour 10 ans pour les oliviers recepés et 15 ans pour les oliviers plantés. Une majoration de 200 frs par arbre est allouée aux oléiculteurs sinistrés la première année.Il est fait une différence entre oliviers à huile et oliviers à fruits de table, l'encouragement étant plus important pour ces derniers.

Prime à la régénération par an et par arbre variété à huile : 125 francs, à fruits de table : 200 francs.

Prime à la plantation par an et par arbre variété à huile : 250 francs, à fruits de table : 400 francs.

L’oléiculteur contractant s'oblige à conserver ses arbres en état durant 25 ans faute de quoi il devra rembourser les primes reçues.

Ces textes vont jusqu'à préciser les densités des arbres à l'hectare :

156 arbres pour les plantations en carré

180 arbres pour les plantations en quinconce.

Le conseil général de Vaucluse accorda le 5 décembre 1957 des primes annuelles supplémentaires de 150 francs par olivier à fruits de table et 100 francs par olivier à huile pour une durée de 5 ans.

moulin.jpgCependant jamais le potentiel oléicole méridional ne fut reconstitué dans sa totalité et on avait oublié les mouliniers... les moulins s’arrêtèrent et ne furent plus entretenus, on ne compta plus le nombre de suicides qu'entraina cette perte d’activité, seules les savonneries s’en sortirent avec la production d’Afrique du nord

En janvier 1957, quand les textes et leurs modalités furent connus, sur les 5773 oléiculteurs sinistrés seuls 2784 confirmèrent leurs déclarations pour 187 964 oliviers, et sur ce chiffre, le service régional oléicole en écarta 106 536. soit 56,6 %.

Certains arbres furent écartés soit parce qu'ils ne nécessitaient qu'un simple couronnement soit parce que les oléiculteurs qui désiraient planter ne trouvaient pas de plants, les pépinières étant toutes détruites.

Il resta pour le département 22 millions sur les 51 millions prévus.

2989 oléiculteurs vauclusiens ne confirmèrent donc pas leurs déclaration de juillet 56, sachant ce qui leur était proposé pour conserver ou replanter leurs oliviers, ils prirent la décision de cesser cette culture, qui ne représentait probablement plus grand chose pour eux depuis longtemps, et ce gel fut l'alibi qui permit d'arracher ou d'abandonner l'olivier.

En 1959, après les 3 années qui devaient permettre la reconstitution des oliveraies, il ne restait en Vaucluse que 250 000 oliviers sur les 600 000 d'avant le gel .

La nature s'est remise de cette catastrophe plus vite que prévu les oliviers produisirent de nouveau.

En 1962 ils étaient abondamment chargés de fruits.

Villeneuve olivade.jpg

Pourtant 1956 marque bien une rupture dans l’oléiculture française, mais celle ci n'est pas tant due aux dégâts du gel qu'à l'évolution de l'agriculture et de la paysannerie méridionale traditionnelle.

L'olivier est un arbre qui demande un investissement à long terme, il pousse lentement, il prend son temps. Le père le plante pour le fils. mais les temps modernes ne supportent pas la lenteur, même celle de la nature. Le coût, pour l'agriculture vauclusienne de la vague de froid de 56 fut chiffré par les services agricoles à 4.793 millions de frs pour un revenu brut de 22 milliards, soit 23 % de ce revenu. Dans ces pertes de l'année 56, l'olivier représentait 300 millions, donc très peu. Mais l'olivier est un symbole, c'est pourquoi il faut souhaiter qu'il demeure une culture rentable, seul gage de sa survie.

 

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