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samedi, 16 mai 2015

Faux monnayage à Courthézon

 

L'évêque de St-Paul-Trois-Châteaux, Bertrand de Clansayes, se rendit à Carpentras au mois de septembre 1270, pour protester contre un édit qui venait d'être signé par. le sénéchal du Venaissin, Guy de Valgrigneuse, et dont le cartulaire de St-Paul nous a conservé le texte

 

« Quod nullus homo de civitate Avinionis, nec de terra domini comitis Pictavie et Tholose ausus sit sisarre, nec talliare, nec scindere, nec esse magister de Monetis, nec facere aliquod officium, nec portare scambium, nec argentum, scilicet ad Monetam (sic) de Curtedone, nec de Montedraconis (sic), nec Sancti Pauli, nec ad illam Monetam que fit per episcopum de Gap, nec per episcopum Vivariensem, nisi esset moneta consueta et antiqua, nec ad aliquam Monetam, que moneta sit ad similitudinem alterius monete, seu contrafaisson alterius monete, nec prestet in dictis Monetis auxilium nec consilium, et si aliquis contra hoc facere actemptaverit, in pena sui corporis et averis sit ; et si aliquis homo extraneus, qui non esset de terra domini comitis veniret operari ad illas Monetas, vel facere aliquod auxilium, vel consilium daret seu prestaret, quod sit foedatus (?) omni tempore et bannitus de terra domini comitis et de civitate Avinionis ; et si aliquis possit aliquem invenire, eum capiat vel capi faciat, et, ille captus, sit (1) in pena centum marcharum argenti et ille, qui poterit ipsum capere vel facere capi, habeat quartam partem, et, si ille qui captus erit non poterit solvere dictas centum marchas, quod in corpore suo, arbitrio curie, puniatur, et domini terrarum ubi dicte monete fuerunt contrafacte vel ad similitudinem alterius monete, contrafaciendo aliud signum, sint ipsi et eorum homines banniti in perpetuum a terra domini comitis et civitatis predicte .»

 

 

courthezon-medieval-4.jpg

 

Les latinistes dont vous êtes, auront compris que le sénéchal de Venaissin Guy de Valgrigneuse défend à tous les Avignonnais de porter de l’argent ou du billon aux ateliers monétaires de Couthézon... (Cartulaire de Saint-Paul, fol. 69, archives de la Drôme, cité par R. Vallentin).

 

Cette ordonnance fort curieuse visait les ateliers voisins, où un co-prince d'Orange, Raymond II des baux, l'archevêque d'Arles (Mondragon), l'évêque de St-Paul, l'évêque de Gap, enfin celui de Viviers, se livraient avec ardeur à l'imitation ou à la contrefaçon des espèces en vogue dans la région. Il était interdit, sous peine de bannissement, à tout habitant d'Avignon ou des terres d'Alphonse de Poitiers d'accepter une fonction quelconque à ces Monnaies, et même d'y prêter l'appui de son talent ou le secours de ses conseils. Des mesures spéciales étaient prises à l'égard des étrangers qui tenteraient d'y venir travailler.

 

Courthézon édit 01.jpg

 

Courthézon édit 02.jpg

 Courthézon était, au XIIIe siècle, un fief appartenant à la puissante famille de Baux.

 

Raymond Ier, le plus jeune enfant de Guillaume Ier et Guillaume III, fils aîné de Guillaume II, procédèrent, le 13 juin 1246, au partage de la principauté. Guillaume III qui avait épousé, en 1239, Galburge de Mévouillon, se vit attribuer le château de Courthézon et ses dépendances. La date de son décès est demeurée inconnue, mais elle n'est guère postérieure à 1256.

 

Par son testament du Ier juin 1248, il avait légué Courthézon à son frère Raymond II, seigneur de Suze. En 1270, date de l'ordonnance du sénéchal du Venaissin, le château de Courthézon était la propriété de ce même Raymond II qui mourut en 1279.

 

Ces princes battaient monnaie officiellement à orange.

 

Outre l'édit de Guy de Valgrigneuse, trois monnaie posent problèmes.....

denier de clermont 01.jpg

 

Le denier reproduisant servilement les deniers de Clermont *

denier du puy 01.jpg

 

Le grand denier au type du Puy *

denier de Lyon à L barré 01.jpg

 

Le denier à l'L barré, mais avec la légende de PRINCEPS, contrefaçon des deniers de Lyon *

 

 

* photos d'illustration tirées du net

 L'ordonnance de Guy de Valgrigneuse nous apprend non seulement que Raymond II se livrait à la contrefaçon des monnaies d'autres princes, mais encore que son atelier était installé à Courthézon.... Une autre donnée inédite nous est fournie par l'examen de ce texte. Si les ateliers de Mondragon, de St-Paul, de l'évêque de Gap et de celui de Viviers sont mentionnés, celui d'Orange n'est pas cité alors qu'il battait monnaie dans la plus srtricte légalité

battre monnaie.jpg Doit en conclure qu'il était fermé ce qui aurait déterminé le sénéchal du Venaissin à créer un atelier provisoire à Courthézon ?

 Cette hypothèse reste fragile car l'édit ne parle pas d'interdiction provisoire, mais d'une interdiction définitive dans le temps... comme si l'atelier faussaire de Couthézon devait perdurer

 L'atelier de Courthézon eut sans doute une durée relativement éphémère. Il n'est guère possible que son existence se soit prolongée durant plus de dix ans ou de quinze ans au maximum.

 

Le partage du 4 décembre 1281 investit Bertrand III (1279 — après 1302) du château de Courthézon, sans faire allusion au monnayage. Ce prince réunit sur sa tête la co-propriété d'Orange à concurrence d'un quart. Il est fort possible qu'il ait fermé la Monnaie de Courthézon pour battre monnaie exclusivement à Orange.

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