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mardi, 04 août 2015

Paul Manivet... la filleule d'Avignon

 La Filleule d'Avignon

 

Nous t'avons élue entre les meurtries,

Pour que tu sois nôtre et que tu souries.

Si nous ne t'aimions, nous serions ingrats :

Tu fus le rempart fraternel qui sauve ;

Tu nous épargnas l'étreinte du fauve ;

Combien de mes fils dorment dans tes bras !
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Mes chers revenants que la gloire attire

Saignent de tes maux, souffrent ton martyre ;

Dans leurs murs debout ils rêvent de toi.

Ils songent aux soirs des combats tragiques,

Où tu consolais leurs cœurs nostalgiques,

Où tu partageais leur peine et leur foi.

 

 J'ai honte d'avoir tout ce qui te manque :

 Le foyer, l'autel, l'école, la banque ;

 Nous te devons tout ce que tu perdis.

 Où sont tes maisons ?

 Rien ne reste d'elles ;

 Rien, pas même un nid pour tes hirondelles.

 Quel art de détruire ils ont ces bandits !

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Nul vol n'a souillé nos clairs paysages ;

Rien n'a dérangé nos anciens usages ;

Nul choc n'a troublé nos calmes heurtoirs.

Si, parfois, je fus dans ma chair atteinte,

La foi dans mon cœur ne s'est pas éteinte ;

Nul deuil n'attrista mes joyeux trottoirs.

 

Ici, le plaisir ; là-haut, la souffrance.

Et pourtant partout c'est le sol de France :

Sous le même ciel, quels, sorts différents!

Ma part fut trop belle : accepte mon offre ;

Si je tends les bras, si j'ouvre mon coffre,

Ce n'est pas un don que je fais, je rends.
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Je me priverai de ce qui me pare ;

Des biens préférés dont je fus avare.

Je veux que tu sois belle, comme avant,

Avec ton clocher aux voix coutumières ;

Tes enclos fleuris de roses trémières ;

Car, si tu péris, c'est en me sauvant.

 

Ainsi tu veux bien être ma filleule ?

Je suis gaie et jeune encor, quoique aïeule ;

Je pourrai penser à toi sans remords ;

Je n'entendrai pas de justes reproches

Se mêler aux chants de mes fières cloches ;

Je me sentirai plus près de mes morts.

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Ton nom est déjà doux à notre oreille :

Esnes, moins chantant que Laure ou Mireille,

Mais tendre et discret, comme un ciel meusien.

Notre âme sera désormais la même ;

Chacun de tes fils que j'adopte et j'aime

Aura-deux foyers, le nôtre et le sien.

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 L'âpre hiver te tient recluse?

Que n'ai-je Assez de soleil pour fondre ta neige !

 Nous nous rejoindrons dans le souvenir.

 La même douleur, hélas, nous rassemble ;

 Parler des absents, les pleurer ensemble,

 N'est-ce pas un peu les voir revenir ?

 

A M. Bec, maire d'Avignon. (1919 1925) Paul Manivet

 

 

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