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samedi, 01 août 2015

L'île de la synagogue 2/2

Le recteur du lieu s'adresse le 11 août 1777 à un certain Gordot pour la décorer, Oui le fameux Claude Gordot, celui de l'unique toile connue de lui : « Vue de la place du palais en 1774 » qui se trouve au musée Calvet.

Claude Gordot Cotège du vice légat édit.jpg

Une première commande de six tableaux est passée pour des Chœurs d'Anges qui furent accrochés dans le sanctuaire, "à l'entour de l'arceau" c'est à dire en hauteur près de la voûte: on les lui paya 150 livres les deux, le 11 août 1778.

Il exécuta ensuite la Visitation de la Sainte Vierge et la Naissance de Jésus-Christ, tableaux plus grands que les deux précédents, qui «ont de quadres dorés », et pour lesquels il toucha 220 livres, le 6 septembre 1780.

Enfin, il termina la série commandée par deux autres grandes toiles, les Disciples d’Emmaüs et Saint Thomas, apôtre, qui lui valurent aussi 220 livres, payées le 1er septembre 1781.

Ces ouvrages donnèrent si bien satisfaction aux recteurs, qu'ils en voulurent acquérir d'autres du même artiste.

"On retira 20 livres de la vente de deux grandes estampes, l'une représentant l' Annonciation, de la Très Sainte Vierge et l'autre Notre-Seigneur en croix. On substitua en place quatre tableaux peints par M. Gordot, copiés d'après Mignard, le Célèbre." (livre de compte du 1er septembre 1781)

Ste Anne par Mignard.jpgle célèbre » est Nicolas, dit Mignard d'Avignon.

"Il est regrettable que le scribe, qui releva avec tant de soin les titres des deux estampes et leur prix, n'ait pas cru devoir en faire autant pour les quatre tableaux et pour la somme qu'ils coûtèrent." A Marcel

Le 25 avril 1785, on plaça dans la même chapelle une Sainte Anne, également « d'après le célèbre Mignard », et pour laquelle Gordot reçut 60 livres 8.

Notre Sainte aurait pu ressembler à cette esquisse de Nicolas Mignard (ci contre)

A la fin du XVIIIe siècle, la chapelle de Notre-Dame de Bonne Aventure avait pour confronts : au nord, le chemin allant au Rhône ; au levant, la maison Gilles ; au midi et au couchant, la maison Barillon. Saisie à la Révolution comme bien national, le 14 octobre I792 l'architecte François Imbert et le maître maçon Baptiste Pascal, constataient que le tout était très bien orné et en bon état ( parbleu les peinture avaient moins de 15 ans d'age): « Nous avons examiné plusieurs tableaux faisant la décoration de ladite chapelle ».Ils furent transférées très probablement dans la chapelle des pénitents noirs affectée au « recel » des objets d'art, meubles, boiseries et tableaux des établissements religieux puis dispersés aux enchères

Un rapport en date du 3 avril 1793 par Joseph-Noël Ponge, architecte-ingénieur, et par Thomas-Gilles Bernard, entrepreneur de bâtiments reconnaît à la chapelle une superficie de 38 cannes 3 pans carrés et une valeur de 2.200 livres 4 ; mais il ne parle plus des peintures.

La chapelle est adjugée le 8 mai 1793 à un nommé Pierre Dabry, au prix de 2625 livres. L'oratoire va être utilisé comme écurie puis d'atelier à une fonderie pour fondre notamment les cloches et les statues qui servirent aux canons de la république. Le Dr Pansier nous assure dans ses écrits que la voûte existait encore dans les bâtiments de cette fonderie au début du XX ème siècle.

Le12 floréal an IX, le citoyen Chaillot acheta deux tableaux représentant les Disciples d'Emmaüs et St Thomas et les Apôtres, au prix de 63 livres chacun. Telle fut la fin des tableaux de Gordot dont il ne reste plus qu'un souvenir.

Ce quartier portait toujours la double dénomination de Bonne aventure et l'ile de la synagogue en 1836.

Synagogue Bonne aventure 1836.jpg

La Fonderie ferma et fut rasée pour construire des bâtiments « modernes » à usage d'habitation, la ville d'Avignon serait bien avisée de rendre la mémoire à ce quartier par un panneau explicatif sur ce patrimoine disparu.

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