Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

jeudi, 01 octobre 2015

Un duel orchestral à Carpentras 1/6

Insulte au théâtre

carpentras miniature.jpgLe 13 juillet 1837 la troupe de M Beffort, directeur du théâtre d’Avignon, répète à Carpentras l'opéra comique, la dame blanche de Boieldieu.

A midi et demi le chef d'orchestre de l'opéra d'Avignon, Jules Théodore Cacan, un lillois de 22 ans, est prêt pour la répétition. On attend pour commencer des musiciens amateurs qui doivent compléter l’orchestre... à une heure et demi personne n'est encore arrivé, ce qui fera dire à François Gilles, un des musiciens présents :

"Les amateurs de cette ville qui avaient été invités comme moi, ne se rendirent pas à l'heure indiquée, et je fis part au chef d'orchestre que ces Messieurs, dont je venais d'en voir une dizaine au café, n'étaient pas du tout disposés à venir."

 carpentras theatre.jpg

M Théodore Cacan, qui avait pourtant fait une visite à chacun de ces Messieurs était fort étonné de ce retard

M Arnaud Brunet, toulousain de 27 ans, baryton comique de la troupe déclare :

"On cherche à vous en imposer ; s'ils en avaient promis, ils se seraient rendus, et s'ils ne se rendent pas, c'est qu'ils n'ont pas fait la promesse"

Sur ce M Théodore répondit :

"Le garçon de théâtre qui m'a accompagné partout peut certifier que j'ai bien été reçu de ces Messieurs et qu'ils m'ont promis de se rendre"

et s'adressant à Brunet

"Vous avez tort de parler ainsi … et il y a de l’inconséquence de la part de ces Messieurs de ne pas se rendre, comme ils l'avaient promis ce matin... Ces Messieurs disent blanc le matin et noir le soir."

Le mot est lâché : inconséquence pour Arnaud Brunet, le toulousain de la troupe c'en est trop, hors de lui il apostrophe le chef d'orchestre en ces termes :

"Sachez que je suis du Midi et que les gens ce ce pays valent ceux du Nord...Vous avez l'air de traiter les hommes de ce pays comme étant sans foi et sans honneur ; c'est bon pour votre pays où l'on est ainsi. Moi, je suis de ce pays ci et vous n’êtes qu 'un homme vil et lâche."

M Théodore Cacan conserve son sang froid et répond seulement "qu'on verrait cela plus tard ".

L'épouse du régisseur,  Mme Bouilloud, prend fait et cause pour son mari et le chef d'orchestre, ce qui augmente encore la colère de Brunet qui déclare à Gilles :

"ne voyez vous pas cette grosse vache, qui dit que vous en imposez et que c'est moi au contraire qui ai empêché les musiciens amateurs de venir."

Quelque temps auparavant, une première altercation avait déjà eu lieu.

Louis Philippe.jpgLe régisseur de la troupe, François Bouilloud dit Alfred, dont l'épouse vient d'être si aimablement qualifiée par Brunet déclarera :

"Pendant le séjour que nous venons de faire à Montpellier, j'eus à intervenir dans une vive discussion qui s'éleva alors dans les coulisses, pendant la représentation, entre M Arnaud Brunet et M Théodore chef d'orchestre de la troupe. M Brunet se montrait violent et emporté, en réclamant une somme qui lui était due; M Théodore, au contraire, se montrait calme en déclarant l'impossibilité où il était d'acquitter cette somme. Je ne puis pas vous rendre les expressions qui furent échangées, étant absorbé par mon rôle dans la pièce que l'on jouait. D'après ce que l'on m'a dit, cependant, il paraissait que M brunet se permit les offenses les plus graves."

Affaire l'honneur, affaire l'argent ou incompréhension des « franchimans » et des Méridionaux...

Quelles que soient les causes, les faits sont là : des insultes ont été prononcées contre le chef d'orchestre, en public et à plusieurs reprises.

Paul Anglada, étudiant en médecine de passage à Carpentras, qui loge dans la même auberge que lui déclarera plus tard :

"Brunet m'a ajouté que depuis longtemps ils étaient en discussion, qu'il lui en voulait de ce que le dit Théodore n'avait jamais répondu au insultes et aux provocations qu'il lui avait adressés, qu'enfin le devoir demandait à se battre, et qu'il ne demandait pas mieux..."

à suivre...

 

Les commentaires sont fermés.