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samedi, 12 décembre 2015

4 Hygiène et eau potable à Avignon... la peste ou le choléra

Apparition de la maladie à Avignon

Le 7 juin 1854, elle commença à Avignon dans la caserne Duprat, la garnison du Palais des papes, le médecin major constata l'état des malades, étendus sur le dos, la bouche ouverte le visage blême et froncé comme du velours, pris de diarrhées aigües. Curieusement ce furent les plus jeunes qui furent atteints

garnison palais des papes.jpg

" La presque généralité des cas a été précédée de souffrances abdominales …Les causes déterminantes dont l’action a été évidente sont : les écarts de régime, l’abus de fruits et surtout l’action du froid et de l’humidité auxquels on a l’habitude de s’exposer dans nos climats. Les cas de choléra foudroyants sans aucune altération préalable dans la santé...n’ont été que très rarement observés…La proportion de guérisons…est considérable, sans que je puisse pourtant l’indiquer d’une manière exacte à cause de l’incertitude occasionnée par l’appréciation des praticiens qui souvent classaient comme cholériques des cholérines légères, tandis que d’autres ne signalaient pas tous les cas de choléra réels..." Docteur Pamard.

Les autorités sanitaires cependant tentèrent de se défausser en propageant l'idée que le choléra avait été importé de Toulon

Choléra 1.jpg

 

" Ce fut le 14 juillet que le choléra se déclara pour la première fois, sur une dame arrivant de Toulon la veille de son atteinte, le second cas fut un militaire qu'on transporta à l’hôpital" François Girard médecin à l’hôpital Sainte Marthe d'Avignon

 

Ce décalage d'une semaine semble des plus suspects, on prit cependant le taureau par les cornes,

 

la faculté administra des traitements

«excitants cutanés, chaleur, ipécacuana,». l’opium sous diverses formes administrées soit par la bouche soit en lavement. C’étaient les moyens jugés les plus efficaces. 

clystère.jpg

Le clergé préconisa de s'adresser à Saint Roch, intermédiaire efficient contre les épidémies

st roch.jpg "Aussi faut-il voir comment il suit les processions dès qu’il a peur. il allume des cierges pour plaire à la Vierge. il achète, au prix de quarante-cinq sous, une bague de fer qui, corroborée par cinq Pater et deux Ave, empêche la fièvre … j’ai acheté une telle bague avec toute une famille fort riche, assez distinguée, et qui discutait avec moi pour savoir si ces bagues pouvaient produire réellement l’effet annoncé. Je me reproche amèrement de ne pas avoir demandé un petit livre revêtu des signatures officielles, qui explique les vertus de la bague ; car, je le vois bien, on va me nier ma bague. Quelle singulière idée ces gens-là doivent avoir de Dieu !...La plus jolie, mais aussi la plus timide et la plus silencieuse des jolies femmes que j’ai vue dans le Midi, croyait presque à la bague…" témoignage d'un Napolitain

Les charlatans de toutes sortes sévirent

« ... de petites pharmacies  renfermant toutes les potions nécessaires pour suivre les traitements préventifs et curatifs qui obtiennent tant de succès dans leur application contre l’épidémie régnante. Au moyen de ce « Droguet » Ulpat, apothicaire à Carpentras

A titre préventif, mâcher de l’écorce de grenade,

et à titre thérapeutique, des cataplasmes vermifuges.

Enfin la police tenta de débusquer le coupable

police.jpg

 

  " si on délivrait le pays de trois personnages signalés qui trouvent leur place parmi les plus infâmes conspirateurs. Ils seront le deuil et l’opprobre de la patrie et feront gémir les citoyens honorables et vertueux. » Il ajoutait « …À présent, je n’ai découvert aucune société de joueurs. Je surveille d’une manière active et incessante les boulangers, bouchers et autres industriels pour sauvegarder les intérêts de tous. Les lieux publics se conforment aux règlements de police. On n'entend à Pertuis pendant la nuit, ni cri, ni chant séditieux (sic). On fait un commerce de blé assez étendu. Je suis au moyen d’agents secrets tous les mouvements et démarches des démagogues " Commissaire de police de Pertuis

 

 Quelques érudits pointèrent du doigts les causes, mais furent peu entendus

On éloignera de son habitation toutes les matières en putréfaction donnant lieu au dégagement de gaz délétère, on veillera à ce qu’elle soit tenue proprement et exempte d’humidité. Elle devra être bien éclairée et convenablement ventilée. Les habitants auront pourtant la précaution de ne pas s’exposer à des courants d’air et de tenir la nuit les fenêtres des chambres parfaitement fermées.

On évitera avec le plus grand soin les écarts de régime, surtout l’abus des liqueurs, du vin et de toutes les boissons fermentées ;  il est aussi dangereux de prendre après le repas des boissons glacées. On proscrira l’usage des fruits non mûrs ou de mauvaise qualité, ainsi que celui des viandes faisandées et du poisson passé.

Il est convenable de se vêtir avec un peu plus de précautions qu’on ne le fait en temps ordinaires ; ainsi il sera avantageux de se munir d’une ceinture de flanelle et de chaussons de laine.

On doit se garder de faire usage de tous les prétendus préservatifs qui, loin de mettre à l’abri de la maladie, rendent plus apte à la contracter.

Dès qu’une personne se sentira atteinte de douleurs d’estomac, de colique, de diarrhée, elle devra porter une grande attention sur la nature de ses aliments, en restreindre beaucoup la quantité ou même s’en abstenir. Elle évitera la fatigue, le froid, l’humidité ; il serait même prudent de garder le lit. Elle devra prendre de légères infusions de thé ou de tilleul, ou de la tisane de riz.

Si l’indisposition persiste, on fait appel au médecin. Si avant son arrivée on observe des vomissements, des frissons, le refroidissement des extrémités, des crampes dans les membres, des douleurs à la tête, si les yeux deviennent caves et cernés, la peau bleuâtre à la face et aux mains, la langue froide, il sera urgent de placer le malade dans un lit au chaud avec des briques chaudes et des sinapismes. On fera boire des infusions de thé ou de camomille, si elles sont rejetées, on pourra conseiller l’usage de la glace ou de l’eau froide prise en petite quantité. Les demi-lavements avec une décoction de pavot, les sinapismes aux extrémités inférieures. » Docteurs Godlewski et Gouissaud. Fréderic Gonnet, médecin militaire

Les causes

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Le nombre insuffisant de fontaine publiques, le puisage de l'eau dans les sorgues servant de dépotoir, l'accès aux puits collectifs jouxtant les animaux de basse cour...

"l'habitation des lieux bas, humides, mal aérés et occupés par plusieurs personnes réunies dans le même appartement..." François Girard médecin à l’hôpital Sainte Marthe

Tout est dit, l'hygiène et les eaux sont en cause... Tout est à faire

 

.../.... à suivre

 

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