un compteur gratuit pour votre site web
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

samedi, 14 mai 2016

Mais qui est donc ce Jean Cadard ?

Jean sans peur.jpgSeigneur de Beauvoir, conseiller et premier médecin du Roi de France pendant la régence d'Isabeau de Bavière.

Jean Cadar fut accusé par les Bourguignons d'avoir participé au meurtre de Jean-sans-Peur au pont de Montereau.

Vers 1420 il se retrouve à Avignon "C'était, dit un chroniqueur, un homme avisé, car il s'en alla riche de 25 à 30.000 écus"

Jean Cadard, l'exilé

C'est ainsi qu'il se remaria à Avignon, avec Jeanne de Moulins, veuve de Jean de Clarcy, brodeur de la cour. Issue à une grande famille du Nivernais, elle était la nièce de Philippe de Moulins, évêque d'Évreux... qui entretenait  à Avignon des relations étroites avec le monastère des Célestins auxquels il légua une somme de 300 francs, pour l'achat d'une maison qui touchait leur couvent. En retour, les Célestins s'obligèrent à célébrer annuellement deux messes à l'intention de ce généreux ami et à réciter tous les jours, selon son désir, une antienne en l'honneur de la Vierge Marie, à chaque repas, après les grâces. Le souvenir de sa mission à la cour papale d'Avignon ne fut pas étranger au choix que jeanne de Moulins fit de cette ville pour en faire sa demeure. Le monastère des Célestins étant une fondation royale, il était tout naturel que les réfugiés français lui témoignassent une sympathie toute spéciale; Jean de Cadard y fit inhumer sa première femme, et, de concert avec la seconde, il fit élection de sépulture dans l'église du dit couvent, et fonda deux messes annuelles des morts, pour lesquelles les deux époux donnent chacun une somme de 200 florins.

Jean de Cadard fut très bien accueilli par le Légat qui représentait le St-Siège à Avignon, et ce fut sans doute à la sollicitation de ce prince de l'Église que le pape Martin V nomma l'exilé capitaine, châtelain et bailli du château d'Oppède, dans le diocèse de Cavaillon, en remplacement de Guillaume de Baux .

Jean Cadard, Seigneur du Thor

Un document trouvé dans un registre de Jacques Girardi fait supposer que le fief du Thor lui advint par expropriation prononcée à son profit par la cour de Montpellier :

Barthélemy de Brancas, changeur, citoyen d'Avignon, détenait l'héritage grevé de dettes ; au nombre des créanciers était Guillaume de la Rivière, dit de Borbon, fils de Jean de la Rivière. Ce gentilhomme, chassé comme tant d'autres du territoire de France par les Anglais, n'était pas riche, faute d'argent, il ne put faire face à ces créances, aussi s'adressa t il  à Jean de Cadard, son ami d'exil qui avait secouru maintes fois ses compatriotes et lui proposa de le subroger à ses droits et actions pour continuer les procès à ses frais. Le seigneur de Beauvoir accueillit sa demande et lui prêta 250 florins en parpailloles, monnaie courante à Avignon.

parpailloles.jpg

Il est probable que Jean de Cadard, en homme avisé, rendit le même service aux autres créanciers de la succession d'Alix de Baux, aux mêmes conditions, en ce qui concerne le château du Thor et une grande ferme nommée « la bastide St-Étienne», et qu'il acquit ainsi une main-mise universelle sur ces deux domaines. Le crédit dont il jouissait auprès de la cour pontificale apostolique lui permit de convertir ses créances hypothécaires en un titre seigneurial.

chateau du Thor édit.jpg

Le duc d'Andrie protesta et intenta même une action judiciaire contre Jean de Cadard devant diverses juridictions ; mais celui-ci obtint partout gain de cause.

Patentes de Charles VII furent délivrées en 1445 par Raymond de Villars, chevalier, conseiller et chambellan du Roi à Nîmes et à Beaucaire, pour garantir à Jean de Cadard la possession du lieu et du château du Thor, ainsi que de la bastide St-Étienne ; et la même année le parlement de Toulouse rendit un arrêt aux mêmes fins.


Son testament

Jean de Cadard fit un testament à Avignon, le 14 février 1447, chez le notaire Simon Girardi. En voici les principales clauses :

Il fait élection de sépulture dans l'église collégiale des Célestins de St Pierre de Luxembourg, dans le chœur et au lieu qui lui a déjà été assigné près de celui où est ensevelie feue dame son épouse.

"Prope locum in quo est seu jacet sepulta quondam domina uxor mea cujus anima requiescat in pace"

celestins édit.jpg

Il veut et ordonne que le jour de ses funérailles ses exécuteurs testamentaires achètent cinquante torches, qui seront portées par autant de pauvres de J.-C, choisis par son épouse ci-dessus nommée et par Pierre de Cadard, son fils unique, né de la dite épouse. Ces pauvres devront être vêtus de robes noires fournies par la veuve et le fils du testateur. Il veut et ordonne que dans le lieu assigné à son corps, dans la dite église, soit posée une pierre d'albâtre et édifié un tombeau pour lui et les siens.

Il accumule les legs aux couvents, aux paroisses, aux hôpitaux...

Il institue ses héritiers universels, par égales parts et portions, noble et magnifique dame Jeanne de Moulins, sa femme bien-aimée, et noble Pierre de Cadard, "fils unique de la dite dame et de lui"

En prévision du cas où la mère et le fils ne pourraient habiter ensemble et vivre en paix, il veut et ordonne que sa dite épouse, tant qu'elle demeurera veuve, puisse occuper

"Partem hospicii mei quam inhabito, edificatam de novo a parte Magne Fusterie que dividitur per unum pontem edificatum super portale"

Hotel Jean Cadart 1 édit.jpg

«la partie de l'hôtel que lui, testateur, occupe, qui a été récemment construite du côté de la Grande-Fusterie et qui est divisée en deux par un pont construit sur le portail antique de la présente cité, et confrontant une partie de l'hôtel de Jean de Corbie ».

Hotel Jean Cadart 2 édit.jpg

Ses exécuteurs testamentaires sont: Jeanne de Moulins, sa femme, Pierre de Cadard, son fils, Antoine Amelhoti, docteur ès-lois, Etienne de Siz, jurisconsulte, et Pierre Marieto, doyen de l'église collégiale de Villeneuve, près d'Avignon.

Jean de Cadard vécut encore deux ans après la confection de ce testament ; il mourut le 28 août 1449, cinq mois après Jeanne de Moulins. Le martyrologe des Célestins, qui nous donne la date du décès du seigneur du Thor, fixe au 27 février précédent la date de la mort de sa femme. Celle-ci testa le 12 du même mois, devant Jacques Girardi.

Le testament de sa veuve, Jeanne de Moulins

"Legavit nobili Guillemete filie sue naturali et legitime, « uxori nobilis Johannis de Mousiaco, civis et habitatoris antiquum presentis civitatis, intermedium carreriarum predictarum con« frontatum a parte hospicii Johannis de Corbia"

L'arceau dont il est ici parlé s'élevait à l'extrémité de la rue Grande Fusterie, du côté du nord, près de l'ancienne hôtellerie à l'enseigne de Notre-Dame. Il fut démoli en 1500 par ordre des consuls, des juges de St-Pierre et du procureur du Pape, pro decoratione civitatis. C'était probablement une des arcades de l'hippodrome antique, devenue une des portes des anciens remparts.

"Turonensis, unum hospicium cum vineis, etc., in territo« rio de Chilini distante a Parisiis duabus leucis vel circa...Legavit nobili Joanne de Moussy, filie unice dicte nobi« lis Guillemete, unam vestem domine testatricis de scarlato « violeto foderatam de grisiis..."

Elle lègue une maison et des vignes à sa fille Guillemette, femme de Jean de Moussy, habitant de Tours, et un vêtement d'écarlate violette, fourré de petit-gris, à Jeanne de Moussy, fille unique de la dite Guillemette.

Une transaction conclue, le 12 avril 1450, entre Pierre de Cadard, fils de Jean, et Jean de Moussy, tant en son propre nom qu'au nom de sa femme Guillemette, nous fournit un nouveau détail très probant dans la question qui nous occupe. Il y est dit que Guilhemette, femme de Jean de Moussy, était fille de Jeanne de Moulins et de son premier mari Jean de Clarcy.

Le médecin de Charles VII ne laisse en mourant qu'un fils unique, Pierre de Cadard, né de lui et de sa seconde femme, Jeanne de Moulins, laquelle avait de son premier mariage avec Jean de Clarcy, une fille nommée Guillemette qui épousa Jean de Moussy, habitant de Tours.

Sa descendance

Pierre de Cadard succéda à son père dans la seigneurie du Thor et dans la capitainerie du château d'Oppède. Il se maria deux fois, 1° avec Marie Blanchetty, fille de Girard Blanchetty, chevalier, seigneur de la Rivière, et d'Isabelle de Champeux ; 2° avec Catherine d'Albertas.

Marie Blanchetty testa le 25 septembre 1454 et choisit pour lieu de sépulture la chapelle que Pierre de Cadard venait de faire construire à l'entrée de l'église de N.-D. des Doms.

chapelle de jean de cadard1 edit.jpg

Cette chapelle a été démolie, mais on voit encore, sous le porche de la Métropole, sur le mur latéral de gauche, en entrant, l'écusson sculpté des armoiries de la famille de Cadard, qui portait, d'argent au chevron de gueules chargé de trois étoiles d'or et accompagné de trois merlettes de sable.

blason de jean de cadard 1 édit.jpg

Le blason de Jean de Cadard sous le porche des Doms

Ils auraient pu profiter de la dernière restauration pour lui redonner un peu des couleurs !

 

D'après une étude de G Bayle

 

Les commentaires sont fermés.