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vendredi, 27 mai 2016

La prostitution à Avignon au temps des Papes 1

La bonne blague de Mestre Garcin

 

Jean Astruc.jpg

 

 

En I736, le docteur Jean Astruc, professeur de médecine au  collège royal de France, préparait la première édition de son traité

De morbis venereis

ou traité des maladies vénériennes

 

 

 

de morbis.jpg

Pour compléter sa documentation, il s'adresse à une de ces connaissances d'Avignon, pour qu'il se procure les statuts de la reine Jeanne pour "l'établissement d'une maison de prostitution à Avignon".

Cet avignonnais, qui fréquentait un certain M. de Garcin, chez lequel plusieurs de ses amis se rendaient pour passer la soirée, lut la lettre qu'il avait reçue, ce qui fit beaucoup rire ces messieurs.

M. de Garcin dit alors :

« Il n'y a qu'à lui en faire...»

Il arrangea donc, de concert avec ses complices, une composition de son cru en vieil idiome provençal et les envoya à Jean Astruc, qui les fit imprimer dans son ouvrage.

Gabriel Teste de Venasque, tenait l'anecdote de son père qui avait été le complice facétieux de son ami Garcin, cette note est écrite de sa main sur un exemplaire de la "Cacomonade de Linguet" *, qui était en 1835 dans la bibliothèque de César Teste, à Avignon.

cacomonade.jpg

« Jusqu'en 1825, la "Cacomonade" n'a été considérée que comme une facétie inoffensive, ce qu'elle est réellement, mais, à cette époque, un jugement de la police correctionnelle à Paris, l'a flétrie comme outrageant les mœurs... »

Garcin présenta son faux sur un feuillet vierge d'un ancien cartulaire de la commune du temps des papes.

 

reine jeanne édit.jpg

 

Un troubadour, coiffé d'un chapel de plumes de paon,

l'habit troussé à l'antique

les souliers à la poulaine

les armoiries d'Anjou-Naples

ornaient ce cartulaire supposé être les statuts de la reine Jeanne pour une maison de filles à Avignon.

blason édit.jpg

Propriété du marquis de Cambis Velleron, il fut acquis par Esprit Requien, qui l'a légué en 1840, avec ses collections, à la bibliothèque du Musée Calvet. Malgré toute son érudition, l'auteur des Annales d'Avignon fut pris au piège et crut fermement à l'authenticité des fameux statuts, comme l'abbé Jean Pierre  Papon et le savant Merlin, qui les ont transcrits en entier, l'un dans son Histoire de Provence, l'autre, dans son Traité de Jurisprudence.

 

 

Papon.JPEG

 

Merlin.jpg

 

 

C'est ainsi que fut forgée la légende adoptée par Paul Achard, qui dans son Dictionnaire des rues d'Avignon, place les anciens lieux de débauche de cette ville dans les rues du Pont trouca et de la Cerpelière.

En 1815, le docteur Yvaren, dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales, assure même qu'on voyait encore avant 1790, dans la rue du pont trouca de petites maisons avec des portes surmontées d'ornements et de devises bizarres, qui avaient été des maisons de tolérance.

Mais, dès octobre 1835, il se ravise dans une correspondance à Augustin Deloye, conservateur du Musée Calvet, qui prouve  par l'examen de ces statuts, qu'ils ont été imaginés de toute pièce par des personnes complètement étrangères aux règles de la diplomatique du XIVe siècle, ignorantes de la langue vulgaire parlée à cette époque, des caractères scripturaires et des procédés d'enluminure utilisés par les moines copistes.

Le jeu de mot que Garcin et ses amis firent sur "trouca" était la clef de l'énigme... La galéjade était sous leurs yeux mais personne ne la vit...

Cependant cette mystification cachait bien d'autres vérités...

 

* autrement dit la syphilis

 

.../... à suivre

 

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