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samedi, 28 mai 2016

La prostitution à Avignon au temps des Papes 2

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La législation pontificale

"Au moyen âge, il n'y a pas de bourg ni de ville qui ne possède son lupanar"

A côté de l'existence légale des lieux officiellement consacrés à la débauche, on rencontre une répression sévère du libertinage non réglementé.

La loi pontificale cède volontiers le pas à "la loi naturelle"

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L'autorité locale pratiquait une sorte de tolérance allant jusqu'à encadrer l'activité en créant des établissements pour les "prostibula", ces courtisanes ayant pignon sur rue si j'ose dire, jusques dans les plus petits villages.

Double souci de protection de la moralité publique, de la prévention des attentats luxurieux et prophylaxie à l’égard des maladies honteuses.

Ainsi la police des mœurs s'exerce dans les États citramontains de l'Église

Le réalisme primait sur les préceptes de la morale confessionnelle.

En même temps, les papes, les légats, les évêques, les dignitaires ecclésiastiques, les simples fidèles, rivalisaient de zèle et de générosité pour fonder des refuges  aux pécheresses. Marie-Madeleine repentante, intercédant dans ce domaine, pour la réhabilitation de ces égarées...

Les courtiers infâmes qui font du vice, un trafic, et de la honte, une marchandise, étaient frappés de fortes amendes, condamnés à la fustigation, au bannissement et parfois à mort. Ces sanctions, peu appliquées au demeurant, permettaient aux proxénètes de tout acabit de prospérer en pratiquant la traite des blanches et vivant du pain du péché.

  • "Suivant les vieilles et nouvelles loix, il a toujours semblé fort odieux qu'il y eust des maquereaux en un Estat ; car nous avons reconnu que ce sont gens mal vivans et inventans des gains détestables, et qu'ils sont rodants par divers lieux et provinces pour tromper de misérables jeunes filles, leur promettants de grands dons, et au partir de là, les exposent à la luxure de ceux qui en ont appétit, et reçoivent le misérable gain qu'elles font de la prostitution de leur corps. Et voulant, les dites jeunes filles, se retirer de cette vie damnable et contracter un légitime mariage, elles sont, de ce faire, empêchées par les dits maquereaux. Ce crime s'est tellement accru qu'il n'y a lieu en ces quartiers où il n'y ait de cette engeance, et bien que du commencement il n'y en eust qu'en quelques villes situées aux extrémités du pays, maintenant il en est tout jonché"  Jacques Mourgues, avocat à la cour d'Aix (ordonnance des rois de Sicile de 1658)

 Pétrarque, s'indignait aussi de la présence officielle à Avignon de onze maisons de prostitution . Il prétendait qu'il n'y en avait que deux à Rome, alors qu'elle était plus peuplée :

"Cum in magna Roma duo fuevint lenones, in parva Avenione sunt undecim."

Les Avignonnais accusaient les Italiens de leurs mœurs corrompues, les Italiens se plaignaient d'avoir été dépravés par le contact des Avignonnais.


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Sous Clément VI, Jeanne Ire, alias la reine Jeanne fait promulguer moult règlements par le viguier et les juges de la cour

 

Voici quelques articles de ces règlements, traduits du latin et du provençal :

 

  • "Qu'aucune courtisane ou prostituée publique ou privée n'ose porter en public, dans la ville d'Avignon, hors de l'enceinte de la maison de débauche, des manteaux fourrés, des houppelandes, des tuniques de menu-vair, de mousseline ou d'autre étoffe semblable, des ceintures d'argent, des calottes brodées d'or, d'argent ou de soie, des boutons ou des anneaux d'or ou d'argent, des fermoirs ou des chapels de perles, d'or ou d'argent, des patenôtres d'ambre, d'or, d'argent, de corail blanc ou rouge, ou de cristal, et tout autre ornement, quelqu'en soit le nom, où il entre de l'or, de la soie ou de l'argent, que les bonnes et honnêtes femmes ont coutume de porter ; et cela sous peine de 5o livres d'amende et confiscation des vêtements et bijoux-, pour chaque contravention."

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  • "Qu'aucune courtisane publique et privée, ou femme ayant dans son quartier la réputation d'une courtisane, n'ose fixer son domicile dans les rues de la ville d'Avignon ou de ses faubourgs où demeurent les bonnes et honnêtes gens ; mais qu'elle se confine dans la maison publique du Bourg Neuf et dans les autres rues désignées pour la même affectation ; et cela sous peine de cinquante livres d'amende."

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  • "Injonction est faite aux dites courtisanes de porter continuellement, quand elles sortent dans les rues d'Avignon, un signe apparent en étoffe blanche de quatre doigts de largeur, sur l'un de leurs bras, entre le coude et l'épaule. Quand elles porteront des vêtements blancs, le signe sera noir et enveloppera les deux bras, afin qu'il puisse être aperçu de tous et distinguer les dites courtisanes des dames honnêtes; et cela sous peine de 25 livres d'amende pour chaque contravention."
  • "Que tous les proxénètes, tant hommes que femmes, s'abstiennent à l'avenir de rossiner, ou bien qu'ils sortent de la ville d'Avignon, dans un délai de I0 jours, et n'osent y rentrer, sous peine de 5o livres d'amende."
  • "Qu'aucune personne de quelque état et condition que ce soit, n'ose prendre des femmes de lupanar contre leur volonté, par force, violence, subornation, ou tout autrement que de leur bon gré, pour les enlever dudit lupanar, ou leur faire tort en quelque manière que ce soit, sous peine d'être fustigée dans les rues de la ville. Que si quelqu'un a des plaintes à former contre ces femmes, qu'il les porte devant la Cour, et justice lui sera rendue."

L'adultère, sévèrement poursuivi partout ailleurs, était autorisé dans les maisons de prostitution :

  • "Qu'aucune personne, quelle que soit sa condition, n'ose commettre l'adultère dans la présente ville d'Avignon, dans les bains publics ou ailleurs, de jour ou de nuit, si ce n'est dans les rues à ce désignées, sous peine de 5o livres d'amende."

Les lieux publics de débauche sont des exutoires destinés à préserver la santé du corps social.

Il était également prohibé, sous peine d'être fustigé d'abord, puis banni de la ville et de son territoire, de tenir des femmes dans les prostibula publics, dans un intérêt privé, c'est-à-dire, aux termes des statuts:

"...d'extorquer ou de recevoir l'argent provenant de la prostitution, d'en vivre totalement ou en partie, et de participer à ce gain honteux."

Pour les juifs... défense leur était faite

  • "d'entrer dans les prostibula de la cité et dans toutes les rues notoirement habitées par des courtisanes, notamment la rue de Saluces et celle de la Cervelière, sous peine de 25 livres d'amende et de l'amputation d'un pied pour chaque délit."

Le libertinage finalement se pratiquait sous couvert d'établissements offrant des bains chauds.

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Quand bien même, une amende de 25 livres frappait les Étuvistes qui, de jour ou de nuit, recevaient chez eux des personnes menant une vie "deshonnête", ou ayant, même pour une seule fois, l'intention de prévariquer.

Cependant un article du législateur dans la langue de nos aïeux ouvre la voie à la tolérance

  • "Quod tota persona de qualque istat ho condition que sié saupe que Genin del Geline ho de Helme, aliàs de la Cerveleria, a fait faire darier son hostal de Helme, estubas belas et honestas per estubar donas honorablas et honestas, lasqualas totalmen son desemparadas de las estubas de los homes de la Cerveleria, en las qualz se estubant homes, lasqualas estubas de donas an lor intrado devant l'ostal de maistre Anthoni Carbonel, bédel de l'Estudi, per que touta dona honesta que l'y plaira de se anar estubar l'en poyria anar, car aqui sera recuillida ben et honestemen et bon merchat per donas honestas"
  • " Que toute personne de quelque état ou condition que ce soit sache que Genin de la Géline ou du Heaume, aliàs de la Cervelière, a fait construire derrière sa maison du Heaume des étuves belles et honnêtes pour baigner les dames honorables et honnêtes, lesquelles étuves sont complètement séparées des étuves de la Cervelière dans lesquelles se baignent les hommes. Ces étuves pour dames ont leur entrée devant la maison de maître Antoine Carbonel, bedeau des Ecoles, afin que toute dame honnête à qui il plaira d'aller se baigner puisse y venir ; car elle y sera bien et honnêtement reçue, et à bon marché, par des femmes honnêtes. »

Notre Génin de la Géline avait tout lieu d'être satisfait...

 

* images en partie tirées du net

.../... à suivre

 

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