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vendredi, 03 juin 2016

La prostitution à Avignon au temps des Papes 3

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Les "établissements"

C'était là une véritable réclame pour maître Genin de la Géline.

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La maison de bains si chaudement recommandée était dans la rue de la Boucherie (Bocarie), aliàs de St-Marc, à côté d'une hôtellerie ayant pour enseigne un casque de fer appelé Cervelière (Cervelerium), ou Helme, au moyen âge. L'enseigne suggestive avait un certain coté provocateur...

Le Conseil de la ville d'Avignon dut prier le sénéchal de Provence d'intervenir pour défendre aux courtisanes d'établir leur domicile dans les maisons de bains.

En I44I, le cardinal Alain de Coétivi, interdit aux ecclésiastiques et aux clercs mariés la fréquentation des étuves du Pont-Trauca :

"Considérantes quod « stuphoe Pontis-Trocati sintprostibulosoe, et in eis mere« tricia prostibularia committantur"

Sous peine d'excommunication et d'une amende de I0 marcs d'argent pour les contraventions commises le jour et de 25 marcs, quand elles avaient lieu la nuit.

prostituee.jpg

 

A la fin de l'année 1435, les étuves du Pont Trauca étaient tenues par Johannette de La Roche, qui, au mois d'octobre de ladite année, donna une fille pauvre (pauperem puellam) âgée de neuf ans, à noble François de St-Michel, habitant du Baucet, près de Carpentras, pour qu'il la nourrît pendant trois ans.

Mais presque aussitôt l'acte est révoqué dans la forme la plus solennelle, avec le concours de sept jurisconsultes. Les motifs de la révocation ne sont pas énoncés, mais ce silence et l'appareil extraordinaire de la procédure dénote un drame intime et d'une gravité exceptionnelle .

 

En I495,  Pierre Bertrandi, notaire d'Avignon, établit un inventaire de cette maison, dressé par quatre experts juifs, Mossé Lyon, Ben-Jues de Millau, Dieu-le-Saulve de Noves et Astruc Lyon.

Le local se composait "d'une salle haute donnant sur la rue du côté des Augustins, de I6 chambres, d'une cuisine, d'une dépense, de salles de bains, avec un jardin y attenant."

Les confronts desdites étuves me permettent d'en fixer avec certitude l'emplacement ; elles s'étendaient, en façade, du n° I6 au n° 22 de la rue actuelle de l'Hôpital, et latéralement, dans la rue du Pont-Trauca, du côté de la maison Giéra.

lupanar 2.jpgLes chambres donnaient sur le Pont-Rompu (supra pontemperforatum); les autres sur une traverse ou sur le jardin. L'une d'elles était affectée au logement des domestiques. Il n'est pas question dans cet inventaire du mobilier balnéaire, mais seulement de celui des chambres et de la cuisine. L'ameublement des chambres se compose uniformément "d'un lit de sapin garni d'une paillasse, d'un matelas de plume, de diverses couvertures, de courtes-pointes de retailles (de retalhis), de courtines de toile, .avec franges, appendues à un ciel-de-lit (cupercelum) de même étoffe. A quoi il faut ajouter une caisse ou un bahut de sapin (capsa vel scamnum de sapo)."

L'inventaire de ces étuves peut se résumer en quelques mots : des lits partout, même dans la dépense, des appareils de bains nulle part.

Cependant, la maison appartenait à une très honorable personne, dame Marguerite Busaffi, fille de Thomas Busaffi, changeur, c'est-à-dire banquier. Celui-ci était un homme fort pieux, qui faisait de riches offrandes à sa paroisse...

 

prostituee 2.jpgUn autre acte, extrait des protocoles de Jacques Girardi, fait connaître aussi la situation topographique d'un autre établissement de bains chauds ou étuves. Le 30 mai I446, Pons Blaconi, aliàs le Ménestrier, sa femme, sa fille et son gendre, vendent à Jean Martin, épicier, originaire de La Coste, une maison, vulgairement nommée Étuves de la Pierre, située dans la paroisse St-Symphorien et dans la traverse conduisant de l'Hôpital des Lombards à la rue des Infirmeries. Il y avait dans cette maison des bains d'hommes et de femmes et, tout à côté, comme dans la rue de la Cervelière, une hôtellerie appelée aussi de la Pierre. Ainsi nommée  à cause de la Pierre de Refuge que Ricuin, comte d'Avignon, fit élever dans cette ville, en 1060.

L'inventaire des étuves de la rue de la Pierre, comme celui des bains du Pont-Trauca, énumère bon nombre de lits, mais il comprend, en outre, un outillage balnéaire complet:

"baignoires en pierre (pilas lapideas), coquemars en cuivre (cacabos de cupro), sceaux en fer (fer rat os), et enfin des portes aussi en fer (portas ferreas pro dictis stuphis)" dont l'emploi n'est pas spécifié.

La maison de la rue de la Pierre relevait du domaine de la haute seigneurie de noble dame Guiote Flamenc, femme de noble Antoine Allemand, seigneur de St Georges, dans le diocèse de Grenoble.

les archives du duché de caderousse contiennent un Livre terrier des reconnaissances féodales et générales passées par les emphytéotes en faveur d'Antoine d'Aleman, seigneur de Saint-Georges, diocèse de Grenoble, comme usufructaire des biens de feue Guiote Du Flamen, son épouse et en faveur de Philipette d'Alemand, leur fille, donataire de ladite dame Du Flamen des maisons, jardins et autres pièces et propriétés assises dans la cité d'Avignon, reconnaissances reçues par Jean Barati, notaire d'Avignon.

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Les Allemand possédaient en grande partie la rue de l'Hôpital (actuelle rue Louis Pasteur),  la rue puits des allemand, si bien nommée, confirme cette hérédité.

lupanar 1.jpgComme les Busaffi, les Allemand laissaient à leurs locataires la plus large liberté au point de vue de la moralité de leurs industries, et c'était là, à ce qu'il paraît, une règle généralement admise à Avignon, puisqu'on voit les Bénédictines de l'abbaye de St-Laurent tolérer dans le bourguet de ce nom, qui appartenait à ces religieuses, l'existence d'une maison de prostitution. Cela résulte d'un acte de reconnaissance fait en faveur de ladite abbaye en I352, pour une maison et un verger situés, dit cet acte,  "dans le bourg St Laurent et dans la paroisse St-Geniés, hors le portail vieux  d'Humbert, et confrontant, d'une part, la traverse dudit  bourg allant vers le lupanar."

Le portail vieux d'Humbert, dit plus tard d'Imbert, faisait partie de l'ancienne enceinte des remparts d'Avignon qui fut démolie après le siège de I226, et s'ouvrait à l'extrémité occidentale de la rue actuelle des Teinturiers. On l'appelait aussi le Portail-Peint, parce qu'on y avait représenté les douze apôtres.

Humbert.jpg

 Au delà, de cette porte, s'ouvrait, à gauche, une rue étroite traversant une agglomération de maisons, désignée déjà, au XIVe siècle, sous le nom de Bourg-Neuf, dans une maison en pierres jaunes, "in domo croceis lapidibus extructa." se tenait un lupanar.

Assurément un honnête femme ne choisirait pas aujourd'hui un semblable voisinage ; mais nos ancêtres avaient sur ce point des idées plus larges, témoin le banquier Guinet Alberti, propriétaire pour moitié du bourguet de Gigonha, où il avait pour locataires et voisines trois femmes faillies, Mingète de Narbonne, Jeannette de Metz et Marguerite-laPorcelude.

Le gouvernement de ces maisons de prostitution était exercé par une Abbesse (Abbatissa), qui devait sans doute répondre du maintien de l'ordre et de l'exécution des statuts municipaux dans ces singulières abbayes. Un notaire du XVe siècle, Me de Mussy, nous a transmis un procès-verbal dressé par une commission de médecins chrétiens et juifs et constatant que :

"l'abbesse du lupanar est réellement atteinte de la lèpre"

 

D'après une communication de G Bayle

* Images en partie tirées du net



 

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