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vendredi, 17 juin 2016

Bonne chère et disette chez les utramontains 3/3

 A l'issue de la cérémonie des rogations, il était d'usage que le maitre de cérémonie offre un diner maigre. Le seul document qui en fasse mention est un livre de comptes de l’Évêché de1364, 1365 et 1366.

 Comme vous pouvez vous en douter, ces agapes au sens religieux du terme, n'ont rien a voir avec les excès de bouche précédemment décrits

rogation pour repas.jpg

Rogations agricoles dans le Vaucluse au siècle dernier

Dans ce compte, l'intendant de l’Évêque aligne les dépenses d'un dîner offert par son maître aux gens de rivière et bateliers du Rhône. Chaque dépense étant justifiée, nous avons, outre les chiffres, le menu du dîner et les détails du service.

Voici celui de 1364 :

Pro spinargiis (épinards). . . . 15 sol.

Pro alecibus (harengs salés). . . 32 sol.

Pro juverto (persil) 4 sol.

Pro speciebus (épices) 7 sol.

Pro C L pomis (pommes). . . 6 sol.

Pro piscibus recentibus (poissons frais) 7 lib. 10 sol.

Pro 600 panibus (pains) .... 4 lib. 3 sol.

Pour loyer de 200 couteaux, 200 écuelles, 200 plats, 25 pichets de terre, 204 gobelets de verre

Pour perte ou casse de quelques-uns desdits objets, loyer de deux barils

Pour tenir et distribuer le vin, pour apporter et reporter le tout, 36 sol.

Total : 17 livres de monnaie courante. »

Pichet 1.jpgLe vin n'est pas compris au menu, mais les 25 pichets de terre et les deux barils nous montrent qu'il n'est pas absent. Il a été tiré sans doute des caves de l’Évêché.

Il en est de même en 1366,  mais en 1365, il figure en dépense :

« Item, donné ledit jour, veille de l'Ascension, à maître Giraud Ozille, mon notaire, pour acheter le vin destiné audit dîner ; savoir pour 5 barrous, chacun de 46 pichets, chaque pichet compté et payé 12 deniers, et en outre pour dix pichets : 11 florins à la croix, 21 sous, 7 deniers ».

 

 

Le pain est fait par le boulanger de l'Évêque, mais en 1366 il est porté en dépense.

metierBoulanger.jpg

Le boulanger varie la forme et la taille de ses pains, 600 en 1364, 300 en 1365. En 1366, le nombre des pains manque; nous apprenons seulement qu'on y a employé une salmée (charge d'une mule) de farine de choix.

Le chiffre des convives peut s'établir sur celui des couteaux, écuelles et gobelets loués, il y en a 200 en 1364, et quoique nous manquions d'indications pour les deux autres années, on peut croire que ce chiffre était normal, la dépense restant la même. Les convives comprenaient probablement tous les portefaix et bateliers du port.

Un détail du compte de 1366 nous apprend que le festin était préparé par les cuisiniers mêmes de l’Évêque :

« Item, donné pour l'amour de Dieu et à cause du surcroît de besogne aux cuisiniers de Monseigneur, Pierre, Terris et Jean, du consentement et ordre de maître Pons, 12 sous.»

Ce jour là, les cuisiniers prenaient des aides :

« Item, pour avoir apporté et reporté la vaisselle susdite, y compris 18 deniers donnés à Picard et à un souillard (solhardo) son camarade, six sous ».

Le dîner était un dîner maigre, comme en temps du carême, tel que les conciles et les mandements des évêques le prescrivaient pendant le triduum, c'est à dire lundi, mardi et mercredi qui précède l'Ascension : harengs, épinards, poissons frais et pommes.

anchois édit.jpg

Ce n'était pourtant pas un maigre dîner, les pauvres habitants des rues de la Fusterie et du Limas devaient s'en contenter facilement, d'autant qu'ils y joignaient le pain de choix et le vin en quantité suffisante.

Certains détails contribuent à en préciser la physionomie. Le plus curieux est l'absence de fourchettes... les convives les remplaçaient par des couteaux, les nappes figurent une seule fois.

Enfin on aura remarqué qu'il n'y a, pour 200 invités, que 160 pommes en 1364, et 130 en 1366.

Les fruits ne sont pas en grande faveur chez les ouvriers qui peinent beaucoup et il a un proverbe sur les pommes, spécialement, qui ne les recommande pas...

"Qui a mangé une pomme trouve le vin sans saveur"

Pommememling-440x245.jpg

Les convives de l’Évêque sont, dans le latin de cuisine de nos documents, appelés Ribayrerii, en provençal Ribayreires et en français Ribeiriers, qu'il faut comprendre comme gens de la rivière.

Le compte de 1366 y joint des nautonerii, nautoniers ou bateliers, mot qui s'applique également aux ouvriers du portet aux portefaix, corporation qui a toujours joué un grand rôle dans l'histoire d'Avignon.

Les en-têtes des comptes de 1366 nous rappellent l'objet des dépenses:

« Dépenses pour le festin fait aux Ribeyriers qui ont porté les Vertus et les reliques des Saints de l'église d'Avignon, la veille de l'Ascension du Seigneur, sur le fleuve du Rhône. »

« Dépenses faites pour le festin qu'il est d'usage de donner aux Ribeyriers...  pro prandio fieri consueto. »

* Illustrations tirées en partie du net

 

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