un compteur gratuit pour votre site web
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

samedi, 11 juin 2016

Bonne chère et disette chez les utramontains 2/3

Les États pontificaux de France ne paraissent pas avoir échappé à cette contagion du luxe de la table. Ils subissaient, comme pour le reste, l'influence de leurs puissants voisins.

Les vieux relevés de compte, valant factures, mieux que des discours nous dévoilent leur engouement pour la gastronomie, ce qui confirme les nombreux récits des chroniqueurs enthousiastes qui pourraient parfois être sujets à caution.

mazarin.jpgLa venue des grands de ce monde, les archevêques, les évêques, les légats, les vice-légats. les élections des consuls, les processions, les fêtes religieuses, tout était prétexte à manger et à manger beaucoup. Lorsque le vice-légat, Jules Mazarin, entre à Carpentras, en 1636, on lui fait le présent ordinaire des vice-légats, c'est-à-dire dix-huit boîtes de dragées et de confitures, deux saumées* de vin blanc, deux de clairet et un veau tout entier.

Deux ans auparavant, en 1634, la ville de Cavaillon lui avait fait un présent de pêches et de melons**

Le 3 mars 1642, c'est encore un présent gastronomique que lui fait la ville d'Avignon, lors de son entrée. En voici la note :

Le 3 de mars (1643) pour le presant faict à Monseigneur le cardina Mazarin

Sçavoir :

Une boite prunes de Gênes candies et dorées pesant 2 livres 1/2 à 45 sous

5

livres

2

Sous et 6 d

Une boite abricos de Gênes candis et dorés pesant 2 livres à 45 sous

4

livres

1

sous

Une boite agriotes candies et dorées pesant 1 livre 12 onces à 45 sous

3

livres

1

sous 9 d

Deux boites paste de Gênes dorée pesant 4 livres 12 onces

7

livres

18

Sous 2 d

Plus deux boites escorces de citrons dorées pesant 4 livres

3

livres

4

sous

Plus deux boites orangeat doré pesant 4 livres 1/2

3

livres

7

sous

Plus deux boites pistaches musquées pesant 6 livres

10

livres

6

sous

Plus deux boite fenoil de Florance pesant 5 livres 1/2

6

livres

3

sous

Plus une boite canelat de Milan pesant 1 livre 1/2

2

livres

7

sous

Plus une boite gros canelat pesant 2 livres 1/2

3

livres

58

sous

Plus une boite dragées de Verdun pesant 3 livres

3

livres

8

sous

Plus deux boites grosses dragées pesant 4 livres

4

livres

 

 

Plus dix-huit boites garnies pour mettre les confitures

5

livres

5

sous

Plus douze torches blanches pesant 26 livres à. 28 sous

6

livres

3

sous

 

**C'est un cadeau culinaire que la ville d'Avignon fait ordinairement, à Noël, aux autorités.

En 1622, elle dépense pour cet objet 75 écus pour 50 paires de perdrix, 20 paires de lapins, 30 paires de chapons gras et 10 paires de chapons " d'haulte graisse, »

Dans l'exercice de leurs fonctions, Messieurs les Consuls ne dédaignent pas la bonne chère. S'il leur arrive, comme en août 1622, de visiter « les chemins tant du teroir de cette ville que de Mouriere que les pleuyes avoient gastés, » cela ne se fait pas sans un petit dîner qui coûte 11 écus 5 sous 6 deniers. On y mange, en compagnie de M le Primicier et de M le Délégué du clergé...

banquet 5.jpg

"2 paires de perdrix, 2 paires de pigeons, 5 dindons, 3 paires de poulets, 3  mambres de mouton,  2 livres de lard, 1 pâté d'un mambre de mouton,  1 quartier d'agneau, 2 paons, 5 melons et beaucoup de friandises."

Après avoir arrosé ce menu de 51 pichets de bon vin, Messieurs les Consuls, Primicier et Délégué devaient errer, avec bonheur, en plein air, par les chemins gastés d'Avignon et de Mouriere.

Ceci n'avait été toutefois qu'un repas improvisé, qu'un dîner entre compatriotes.

C'était, au contraire un festin officiel que le vendredi 6 octobre 1662, les Consuls d'Avignon offraient à Monseigneur le baron de Saint-Marc, capitaine des gardes de M. de Mercoeur, gouverneur de Provence, envoyé pour se rendre compte de l'état de la ville.

alexandre VI.jpgLa querelle entre le pape Alexandre VI et Louis XIV avait amené l'occupation d'Avignon et du Comtat par les troupes françaises.

Les consuls et la population d'Avignon qui avaient affecté, dans toute cette affaire, des sentiments d'enthousiasme pour le roi de France et pour ses envoyés, eurent à cœur de traiter convenablement le baron de St-Marc.

Il fut convié par eux à un banquet solennel où on déploya toute la magnificence culinaire de l'époque tout en respectant les prescriptions de l'Église.

 

Comme c'était un vendredi, le banquet fut maigre. Mais je soupçonne fort les organisateurs d'avoir été de l'avis de Montaigne : « Je suis friand de poisson et fais mes jours gras des maigres. » Il y eut trois services, sans compter les entremets, les crèmes à la Mazarine, les fruits, les compotes, les truffes et autres douceurs. Ce banquet eut lieu chez Rasibus, hôte d'Avignon, qui, comme le prouve le menu suivant, probablement dressé par lui, savait faire les choses :

Messieurs les Consuls de la ville d'Avignon doivent pour la dépense de M. le baron de St-Marc, à sçavoir, du :

vendredy 6 octobre 1662, a disné

Entrées

 

 

 

 

Une bisque de 8 solles bien garnies

8

livres

 

 

Une grande soupe au lait avec des biscuits 2 livres 10 sous

2

livres

10

sous

Une assiette anchoys

1

 

15

sous

Une assiette beurre au sucre

1

livres

 

 

Une assiette beurre au sucre

1

livres

 

 

Une estuvée escarpes regallée

2

livres

10

sous

Une croustade escrivisses

3

livres

 

 

Second

 

 

 

 

Un plat de grosses escarpes au courbouillon

6

livres

 

 

Une assiette de 8 gros rougets

3

livres

 

 

Une assiette de grosses anguilles rosties

3

livres

 

 

Une rouelle de ton

2

livres

10

sous

Une assiette escrivisses 1 l . »

1

livres

10

sous

Entremets

 

 

 

 

Un plat de 9 grosses solles frittes

10

livres

 

 

Un plat aux artichauds et cardes autour

2

livres

 

 

Un ragoût de champignons

1

livres

10

sous

Un ragoût de truffes

1

livres

10

sous

Un ragoût aux escrivisses et laicts d'escarpes

1

livres

10

sous

Une tourte cresme à la Mazarine

2

livres

 

 

Une fricassée d'artichaus

1

livres

10

sous

Fruicts

 

 

 

 

Un grand plat apis

 

 

10

sous

Un grand plat poires

 

 

10

sous

Agapes divers

6

livres

75

sous

banquet 2.jpg

 

 

 

 

6 octobre 1662 montant

59

livres

15

sous

 

banquet 3.jpg

 

 

 

 

La partie suivante de Messieurs les Consuls d'Avignon du vendredy

Deux grandes compotes

5

livres

19

sous

Deux grandes cresmes triples

2

livres

 

 

Une assiette de grosses truffes au courbouillon.

3

livres

 

 

Deux douzaines de pains et 20 pots de vin

4

livres

 

 

Pour 4 bouteilles qu'on cassa

2

livres

 

 

 

75

livres

19

sous

Pour la dépense des gardes du mesme jour, à scavoir :

Pour le disné de sept .......... 10 l. 10 s.

10

livres

10

sous

Dudit jour pour le soupé de sept gardes 10 l. 10 s.

10

livres

10

sous

Pour un jour et demy de 5 chevaux avec l'avoyne d'extraordinaire à 30 p. par cheval

9

livres

80

sous

Le tout monte, sans comprendre les verres à 105 livres 19 sous, somme assez élevée pour l'époque.

banquet 1.jpg


En mandant au trésorier de la ville, Henry de Cluny, de payer la somme, les Consuls ajoutent que quelques gentilshommes s'étaient joints aux Consuls pour ce repas « auquel furent faits, avec honneur et respect, quantité de brindes à la santé de Sa Majesté et cassées quantité de verres et bouteilles. »

jmu.jpg

Comptes faits, certes mais sans les divers à coté tels les musiciens et parfois quelques courtisanes... jamis mentionnées ni tarifées !

Cliquez sur l'image pour  écouter un peu de cette musique

 

 

 

* Je rappelle que la saumée était la charge pouvant être supporté par une bête de somme, en principe un âne, c'est dire l'importance du cadeau.

Illustrations tirées du net

 

à suivre...

 

Les commentaires sont fermés.