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samedi, 02 juillet 2016

Quand la galèjade provençale puise aux meilleures sources 2

 

HERCULE PROVENÇAL

A Paul Mounet

 

Comment la Crau fut faite en un jour désastreux,

Les pâtres provençaux le racontent entre eux.


Au bord de notre mer, tout seul, dans l'aube blonde,

Un démon se dressa, tel qu'un haut peuplier.

C'était Hercule. On dit qu'il conquérait le monde,

Cherchant partout les gens les plus durs à plier.


Nos anciens regardaient de travers sa massue ;

Il la fit tournoyer, rieur, sur quelques-uns,

Mais sa bravade à coups de frondes fut reçue.

Lors il souffla trois fois, l'air se remplit d'embruns.


Dans ce brouillard étrange, où s'augmentait sa taille,

Sa voix grondait. Il eut un geste de dédain,

Tourna moqueusement le dos à la bataille,

Puis enjamba la plaine et se baissa soudain.

 

Un molosse, creusant de ses pattes le sable,

Se joue à le répandre en jets précipités,

S'anime, semble pris d'une rage inlassable,

Fait sauver le troupeau qui rôde à ses côtés.


Notre démon, plus fort, plus terrible, à mains pleines,

Sous l'arceau qu'ont ouvert ses jambes de géant,

Lance, aveuglant les yeux, desséchant les haleines,

Du sable pour détruire un peuple en se jouant.

 

Les tamaris, les pins, gênent-ils ses brassées,

Il les arrache avec le sol, sans plus d'efforts,

Et, parmi la frayeur des familles chassées,

Au loin il les envoie étendre quelques morts.

 

Il fouille. C'est bientôt le lourd gravier qu'il jette ;

Les cailloux pleuvent dru par grêle ou par torrent

Et couvrent tout. La plaine est lugubrement nette.

Alors s'est reposé l'infernal conquérant.

 

Or, les tristes cailloux dont il joncha la terre

Ont fait cette Crau nue où notre œil se morfond ;

Et le trou qu'il creusa si vaste, si profond,

S'ouvrant à la mer bleue a fait l'étang de Berre.


                                                                                                                Alexis MOUZIN.

 

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