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mardi, 28 juin 2016

Revue de presse... 28 juin 1940

Le petit marseillais

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lundi, 27 juin 2016

Revue de presse... 27 juin 1940

Le petit marseillais

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dimanche, 26 juin 2016

Revue de presse... 26 juin 1940

Le petit marseillais

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samedi, 25 juin 2016

La trillade ou la Triade ?

 

"Pétrarque chassait à travers la campagne... les hasards de la poursuite du gibier le conduisent vers le domaine aimé, il ne s'attend pas à rencontrer Laure. Cependant elle est là, à l'ombre du bosquet, elle se baigne dans l'eau vive de la source. Le chasseur s’arrête devant cette nymphe, un voile transparent cache mal ses beautés.... L'amant n'en rassasie pas ses yeux... Elle a honte, il la voit rougir, elle ne peut fuir... Sa pudeur trouve un expédiant, de ses jolies mains elle agite l'eau qu'elle jette au visage de l'indiscret. Ce nuage, pense t elle, la dérobe à sa vue. Et, dit Pétrarque, ce jour là, j'étais en Paradis." Marie Théodore Aubanel

 

Il y a hors de la ville, non loin des remparts, un domaine aimable appelé La triade. Ce nom est la lointaine souvenance d'un vieux culte païen local, consacré au mystique nombre trois.

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triscèle.jpgCes glyphes que l’on rencontre dans l’iconographie celtique possèdent 3 jambes. Ils sont parfois interprétés comme des évocations de la Fille, de la Mère et de l’Aïeule, ce qui renvoie à l’idée de génération et de cycle de la vie…Naissance, Vie, Finitude…

La symbolique du chiffre 3 sur les images sculptées de la Triade divine des Matres relève de la tradition et figure parmi les déités incontournables sur l’autel de la maisonnée, à côté d’Épona et de Vénus

 

martres.jpg

 

 

De nos jours, le chemin de la triade, en plein faubourg avignonnais, n'évoque pour personne, ni ce culte des premiers ages, ni le souvenir de Laure et de Pétrarque dans une riante campagne

Ce n'était alors que verts bosquets, abris de rossignols et d'oiseaux chanteurs, fraîches prairies et fleurs éclatantes. Une source d'eau vive alimentait un bassin, un des multiples bras de la Sorgue traversait la propriété, comme un canal bienfaisant, aux douces rives tapissées de gazon.

sonnets.jpgLaure venait souvent se promener et rêver en ces lieux. Elle cueillait des fleurs pour orner sa coiffure et son corsage. En compagnie de ses amies, elle se baignait joyeusement dans le joli bassin d'eau vive ou dans le canal aux molles berges.

Pétrarque dirigeait ses pas vers cette promenade dans l'espoir d'y rencontrer sa bien aimée et, lorsqu'elle était loin d'Avignon, c'est là, au milieu de cette nature séduisante, qu’il retrouvait sa présence.

La cherchant, en vain, à son retour d'Italie il composa en ce cadre élu, deux de ses plus  beaux sonnets.

 

 

 

 

mercredi, 22 juin 2016

Jean Pierre Cassely... 3

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podcast
                    La Durance à Marseille

samedi, 18 juin 2016

Les plans quinquennaux : Le port du Pontet

 

Blason le Pontet.jpgL'aménagement du port fluvial a été décidé en 1959. Il avait pour but de répondre aux besoins de l'économie locale et de faciliter les approvisionnements de la région industrielle Sorgues – Le Pontet dans le cadre des plans quinquennaux .

Sa situation nouvelle, sur le fleuve canalisé, dans une sorte de voie de garage, permettra d’accéder à un plan d'eau à niveau constant où les conditions de manœuvre des navires seront facilitées.

Tout l'arrière pays vauclusien, que ce soit pour l'industrie, le commerce ou l'agriculture, trouvera là un des moyens de faire face au développement économique.

Son emplacement en a été choisi à la suite d'une étude très poussée de l’administration des Ponts et Chaussées. Ainsi, sept hectares sont acquis dans un premier temps par la Chambre de Commerce, pour permettre l'entreposage nécessaire.

Dans un premier temps, un appontement de 70 mètres de longueur, équipé d'une grue électrique sur rail d'une force de 5 tonnes à 12 mètres et d'une trémie à minerais, est construit.

Port du Pontet 01 édit.jpg

Le tonnage a été de 18.335 tonne en 1964, essentiellement en phosphates, sucre, alfa, tourteaux, fer, sables et graviers..

Mais cette progression est retardée par des difficultés soulevées à l'occasion des expropriations des terrains... De nouveaux appontements seront pourtant construits en un point offrant de grandes facilités d'accostage, quel que soit le niveau des eaux et sans risque d'inondations.

Le tonnage progresse à 40.000 tonnes en 1966.

Trois cents mètres d'appontements sont desservis actuellement par trois grues et raccordés par voie ferrée au réseau SNCF.

Port du Pontet 02 édit.jpg

Le trafic se diversifie

Produits métallurgiques : profilés, fer de construction …

Produits chimiques, minerais divers, engrais, matières premières

Produits agricoles : tourteaux, grains....

l’alfa pour les industries du papier

Les carburants
Ce devait être une étape importante dans la liaison fluviale Rhin Rhône tant espérée dans l'optique d'une liaison mer du nord – mer méditerranée.

 L'ouverture de la navigation au péniches de gabarit international a permis de pérennisé l'activité de ce petit port, malgré l'abandon des liaisons fluviales tant espérées.

 La chambre de commerce avait également un grand projet portuaire en courtine qui s'est soldé par un semblant d'activité aquatique dont on sait ce qu'il en est advenu...

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Le port de Courtine

et un port qui existe toujours entre voie ferré et fleuve non loin du viaduc de chemin de fer actuel.

 

vendredi, 17 juin 2016

Bonne chère et disette chez les utramontains 3/3

 A l'issue de la cérémonie des rogations, il était d'usage que le maitre de cérémonie offre un diner maigre. Le seul document qui en fasse mention est un livre de comptes de l’Évêché de1364, 1365 et 1366.

 Comme vous pouvez vous en douter, ces agapes au sens religieux du terme, n'ont rien a voir avec les excès de bouche précédemment décrits

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Rogations agricoles dans le Vaucluse au siècle dernier

Dans ce compte, l'intendant de l’Évêque aligne les dépenses d'un dîner offert par son maître aux gens de rivière et bateliers du Rhône. Chaque dépense étant justifiée, nous avons, outre les chiffres, le menu du dîner et les détails du service.

Voici celui de 1364 :

Pro spinargiis (épinards). . . . 15 sol.

Pro alecibus (harengs salés). . . 32 sol.

Pro juverto (persil) 4 sol.

Pro speciebus (épices) 7 sol.

Pro C L pomis (pommes). . . 6 sol.

Pro piscibus recentibus (poissons frais) 7 lib. 10 sol.

Pro 600 panibus (pains) .... 4 lib. 3 sol.

Pour loyer de 200 couteaux, 200 écuelles, 200 plats, 25 pichets de terre, 204 gobelets de verre

Pour perte ou casse de quelques-uns desdits objets, loyer de deux barils

Pour tenir et distribuer le vin, pour apporter et reporter le tout, 36 sol.

Total : 17 livres de monnaie courante. »

Pichet 1.jpgLe vin n'est pas compris au menu, mais les 25 pichets de terre et les deux barils nous montrent qu'il n'est pas absent. Il a été tiré sans doute des caves de l’Évêché.

Il en est de même en 1366,  mais en 1365, il figure en dépense :

« Item, donné ledit jour, veille de l'Ascension, à maître Giraud Ozille, mon notaire, pour acheter le vin destiné audit dîner ; savoir pour 5 barrous, chacun de 46 pichets, chaque pichet compté et payé 12 deniers, et en outre pour dix pichets : 11 florins à la croix, 21 sous, 7 deniers ».

 

 

Le pain est fait par le boulanger de l'Évêque, mais en 1366 il est porté en dépense.

metierBoulanger.jpg

Le boulanger varie la forme et la taille de ses pains, 600 en 1364, 300 en 1365. En 1366, le nombre des pains manque; nous apprenons seulement qu'on y a employé une salmée (charge d'une mule) de farine de choix.

Le chiffre des convives peut s'établir sur celui des couteaux, écuelles et gobelets loués, il y en a 200 en 1364, et quoique nous manquions d'indications pour les deux autres années, on peut croire que ce chiffre était normal, la dépense restant la même. Les convives comprenaient probablement tous les portefaix et bateliers du port.

Un détail du compte de 1366 nous apprend que le festin était préparé par les cuisiniers mêmes de l’Évêque :

« Item, donné pour l'amour de Dieu et à cause du surcroît de besogne aux cuisiniers de Monseigneur, Pierre, Terris et Jean, du consentement et ordre de maître Pons, 12 sous.»

Ce jour là, les cuisiniers prenaient des aides :

« Item, pour avoir apporté et reporté la vaisselle susdite, y compris 18 deniers donnés à Picard et à un souillard (solhardo) son camarade, six sous ».

Le dîner était un dîner maigre, comme en temps du carême, tel que les conciles et les mandements des évêques le prescrivaient pendant le triduum, c'est à dire lundi, mardi et mercredi qui précède l'Ascension : harengs, épinards, poissons frais et pommes.

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Ce n'était pourtant pas un maigre dîner, les pauvres habitants des rues de la Fusterie et du Limas devaient s'en contenter facilement, d'autant qu'ils y joignaient le pain de choix et le vin en quantité suffisante.

Certains détails contribuent à en préciser la physionomie. Le plus curieux est l'absence de fourchettes... les convives les remplaçaient par des couteaux, les nappes figurent une seule fois.

Enfin on aura remarqué qu'il n'y a, pour 200 invités, que 160 pommes en 1364, et 130 en 1366.

Les fruits ne sont pas en grande faveur chez les ouvriers qui peinent beaucoup et il a un proverbe sur les pommes, spécialement, qui ne les recommande pas...

"Qui a mangé une pomme trouve le vin sans saveur"

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Les convives de l’Évêque sont, dans le latin de cuisine de nos documents, appelés Ribayrerii, en provençal Ribayreires et en français Ribeiriers, qu'il faut comprendre comme gens de la rivière.

Le compte de 1366 y joint des nautonerii, nautoniers ou bateliers, mot qui s'applique également aux ouvriers du portet aux portefaix, corporation qui a toujours joué un grand rôle dans l'histoire d'Avignon.

Les en-têtes des comptes de 1366 nous rappellent l'objet des dépenses:

« Dépenses pour le festin fait aux Ribeyriers qui ont porté les Vertus et les reliques des Saints de l'église d'Avignon, la veille de l'Ascension du Seigneur, sur le fleuve du Rhône. »

« Dépenses faites pour le festin qu'il est d'usage de donner aux Ribeyriers...  pro prandio fieri consueto. »

* Illustrations tirées en partie du net

 

mercredi, 15 juin 2016

Jean Pierre Cassely... 2

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podcast
                 Le bac du pont Mirabeau

samedi, 11 juin 2016

Bonne chère et disette chez les utramontains 2/3

Les États pontificaux de France ne paraissent pas avoir échappé à cette contagion du luxe de la table. Ils subissaient, comme pour le reste, l'influence de leurs puissants voisins.

Les vieux relevés de compte, valant factures, mieux que des discours nous dévoilent leur engouement pour la gastronomie, ce qui confirme les nombreux récits des chroniqueurs enthousiastes qui pourraient parfois être sujets à caution.

mazarin.jpgLa venue des grands de ce monde, les archevêques, les évêques, les légats, les vice-légats. les élections des consuls, les processions, les fêtes religieuses, tout était prétexte à manger et à manger beaucoup. Lorsque le vice-légat, Jules Mazarin, entre à Carpentras, en 1636, on lui fait le présent ordinaire des vice-légats, c'est-à-dire dix-huit boîtes de dragées et de confitures, deux saumées* de vin blanc, deux de clairet et un veau tout entier.

Deux ans auparavant, en 1634, la ville de Cavaillon lui avait fait un présent de pêches et de melons**

Le 3 mars 1642, c'est encore un présent gastronomique que lui fait la ville d'Avignon, lors de son entrée. En voici la note :

Le 3 de mars (1643) pour le presant faict à Monseigneur le cardina Mazarin

Sçavoir :

Une boite prunes de Gênes candies et dorées pesant 2 livres 1/2 à 45 sous

5

livres

2

Sous et 6 d

Une boite abricos de Gênes candis et dorés pesant 2 livres à 45 sous

4

livres

1

sous

Une boite agriotes candies et dorées pesant 1 livre 12 onces à 45 sous

3

livres

1

sous 9 d

Deux boites paste de Gênes dorée pesant 4 livres 12 onces

7

livres

18

Sous 2 d

Plus deux boites escorces de citrons dorées pesant 4 livres

3

livres

4

sous

Plus deux boites orangeat doré pesant 4 livres 1/2

3

livres

7

sous

Plus deux boites pistaches musquées pesant 6 livres

10

livres

6

sous

Plus deux boite fenoil de Florance pesant 5 livres 1/2

6

livres

3

sous

Plus une boite canelat de Milan pesant 1 livre 1/2

2

livres

7

sous

Plus une boite gros canelat pesant 2 livres 1/2

3

livres

58

sous

Plus une boite dragées de Verdun pesant 3 livres

3

livres

8

sous

Plus deux boites grosses dragées pesant 4 livres

4

livres

 

 

Plus dix-huit boites garnies pour mettre les confitures

5

livres

5

sous

Plus douze torches blanches pesant 26 livres à. 28 sous

6

livres

3

sous

 

**C'est un cadeau culinaire que la ville d'Avignon fait ordinairement, à Noël, aux autorités.

En 1622, elle dépense pour cet objet 75 écus pour 50 paires de perdrix, 20 paires de lapins, 30 paires de chapons gras et 10 paires de chapons " d'haulte graisse, »

Dans l'exercice de leurs fonctions, Messieurs les Consuls ne dédaignent pas la bonne chère. S'il leur arrive, comme en août 1622, de visiter « les chemins tant du teroir de cette ville que de Mouriere que les pleuyes avoient gastés, » cela ne se fait pas sans un petit dîner qui coûte 11 écus 5 sous 6 deniers. On y mange, en compagnie de M le Primicier et de M le Délégué du clergé...

banquet 5.jpg

"2 paires de perdrix, 2 paires de pigeons, 5 dindons, 3 paires de poulets, 3  mambres de mouton,  2 livres de lard, 1 pâté d'un mambre de mouton,  1 quartier d'agneau, 2 paons, 5 melons et beaucoup de friandises."

Après avoir arrosé ce menu de 51 pichets de bon vin, Messieurs les Consuls, Primicier et Délégué devaient errer, avec bonheur, en plein air, par les chemins gastés d'Avignon et de Mouriere.

Ceci n'avait été toutefois qu'un repas improvisé, qu'un dîner entre compatriotes.

C'était, au contraire un festin officiel que le vendredi 6 octobre 1662, les Consuls d'Avignon offraient à Monseigneur le baron de Saint-Marc, capitaine des gardes de M. de Mercoeur, gouverneur de Provence, envoyé pour se rendre compte de l'état de la ville.

alexandre VI.jpgLa querelle entre le pape Alexandre VI et Louis XIV avait amené l'occupation d'Avignon et du Comtat par les troupes françaises.

Les consuls et la population d'Avignon qui avaient affecté, dans toute cette affaire, des sentiments d'enthousiasme pour le roi de France et pour ses envoyés, eurent à cœur de traiter convenablement le baron de St-Marc.

Il fut convié par eux à un banquet solennel où on déploya toute la magnificence culinaire de l'époque tout en respectant les prescriptions de l'Église.

 

Comme c'était un vendredi, le banquet fut maigre. Mais je soupçonne fort les organisateurs d'avoir été de l'avis de Montaigne : « Je suis friand de poisson et fais mes jours gras des maigres. » Il y eut trois services, sans compter les entremets, les crèmes à la Mazarine, les fruits, les compotes, les truffes et autres douceurs. Ce banquet eut lieu chez Rasibus, hôte d'Avignon, qui, comme le prouve le menu suivant, probablement dressé par lui, savait faire les choses :

Messieurs les Consuls de la ville d'Avignon doivent pour la dépense de M. le baron de St-Marc, à sçavoir, du :

vendredy 6 octobre 1662, a disné

Entrées

 

 

 

 

Une bisque de 8 solles bien garnies

8

livres

 

 

Une grande soupe au lait avec des biscuits 2 livres 10 sous

2

livres

10

sous

Une assiette anchoys

1

 

15

sous

Une assiette beurre au sucre

1

livres

 

 

Une assiette beurre au sucre

1

livres

 

 

Une estuvée escarpes regallée

2

livres

10

sous

Une croustade escrivisses

3

livres

 

 

Second

 

 

 

 

Un plat de grosses escarpes au courbouillon

6

livres

 

 

Une assiette de 8 gros rougets

3

livres

 

 

Une assiette de grosses anguilles rosties

3

livres

 

 

Une rouelle de ton

2

livres

10

sous

Une assiette escrivisses 1 l . »

1

livres

10

sous

Entremets

 

 

 

 

Un plat de 9 grosses solles frittes

10

livres

 

 

Un plat aux artichauds et cardes autour

2

livres

 

 

Un ragoût de champignons

1

livres

10

sous

Un ragoût de truffes

1

livres

10

sous

Un ragoût aux escrivisses et laicts d'escarpes

1

livres

10

sous

Une tourte cresme à la Mazarine

2

livres

 

 

Une fricassée d'artichaus

1

livres

10

sous

Fruicts

 

 

 

 

Un grand plat apis

 

 

10

sous

Un grand plat poires

 

 

10

sous

Agapes divers

6

livres

75

sous

banquet 2.jpg

 

 

 

 

6 octobre 1662 montant

59

livres

15

sous

 

banquet 3.jpg

 

 

 

 

La partie suivante de Messieurs les Consuls d'Avignon du vendredy

Deux grandes compotes

5

livres

19

sous

Deux grandes cresmes triples

2

livres

 

 

Une assiette de grosses truffes au courbouillon.

3

livres

 

 

Deux douzaines de pains et 20 pots de vin

4

livres

 

 

Pour 4 bouteilles qu'on cassa

2

livres

 

 

 

75

livres

19

sous

Pour la dépense des gardes du mesme jour, à scavoir :

Pour le disné de sept .......... 10 l. 10 s.

10

livres

10

sous

Dudit jour pour le soupé de sept gardes 10 l. 10 s.

10

livres

10

sous

Pour un jour et demy de 5 chevaux avec l'avoyne d'extraordinaire à 30 p. par cheval

9

livres

80

sous

Le tout monte, sans comprendre les verres à 105 livres 19 sous, somme assez élevée pour l'époque.

banquet 1.jpg


En mandant au trésorier de la ville, Henry de Cluny, de payer la somme, les Consuls ajoutent que quelques gentilshommes s'étaient joints aux Consuls pour ce repas « auquel furent faits, avec honneur et respect, quantité de brindes à la santé de Sa Majesté et cassées quantité de verres et bouteilles. »

jmu.jpg

Comptes faits, certes mais sans les divers à coté tels les musiciens et parfois quelques courtisanes... jamis mentionnées ni tarifées !

Cliquez sur l'image pour  écouter un peu de cette musique

 

 

 

* Je rappelle que la saumée était la charge pouvant être supporté par une bête de somme, en principe un âne, c'est dire l'importance du cadeau.

Illustrations tirées du net

 

à suivre...

 

vendredi, 10 juin 2016

Bonne chère et disette chez les utramontains 1/3

 Dans ses chroniques, le roi lombard Luitprand nous rappelle qu'il était d'usage chez les francs de manger beaucoup.

«(Ils) assignaient à la nourriture qu'ils considéraient comme une Action principale de la vie, plusieurs heures et la meilleure partie de la nuit, mangeant et buvant moins hâtivement que nous qui passons en poste toutes nos actions. »

En ces temps disette et famine faisaient parties du quotidien. Les longs mois d'hiver semaient désarroi et mort. La religion elle mème n'était d'aucun secours pour  endurer la mauvaise fortune, il fallait survivre et faire face aux besoins engendrés par la nécessité. Aussi le luxe était il de faire montre de son aisance par des repas pantagruéliques :

« Faire ripaille et le faire savoir »

De tous les péchés capitaux, le cinquième semble le plus enclin à être enfreint... Sans aucune mauvaise conscience pour le pécheur, je dirais même à contrario avec une satisfaction répétitive qu'elle en dépasse l'entendement.

festin-musique-diable.jpg

Devant les abus de la chère, les ordonnances royales tentent d'édicter des lois intimidantes et répressives. Ainsi, en 1294, Philippe le Bel défend à tout sujet de se faire servir pour son repas plus d'un mets et d'un entremets et, pour les grands repas, plus de deux mets avec un potage au lard.

Les papes d'Avignon ne furent pas en reste, bulles et décrets sont promulgués pour s'opposer aux dépenses excessives de la table. Mais ces prohibitions de l'autorité civile et ecclésiastique n'atteignirent pas leur but.

Un auteur de 1342 déplore le luxe des festins et, parlant du dîner d'un archevêque, dit qu'on y servit trois paires de potages de diverses couleurs, sucrés et surmenés de grains de grenade avec six paires de mets, sans compter les entremets, où il y avait des plus riches viandes.

Les immenses cuisines du palais des papes pouvaient rôtir un bœuf entier....

cuisine pdp.jpg

Servi en grande pompe, il en serait sortie une superbe nymphe dans son plus simple appareil.... c'est dire l'hypocrisie des prescriptions de nos pontifes

charles IX.jpg

 Au XVI ème siècle, le roi Charles IX chercha encore, par une ordonnance somptuaire, rendue en 1563, à réprimer le luxe de la table.

 

"il défendait de servir à la fois, dans un même repas, chair et poisson, et ne permettait, pour les noces et festins, que trois services, y compris le dessert, de six plats chacun."

 

Mais dans le même temps à Paris...

« Nous voyons, qu'on ne se contente pas en un dîner ordinaire d'avoir trois services ordinaires : premier, de bouilli, second, de rôti, et le troisième de fruits, et encore il faut d'une viande en avoir cinq ou six façons avec tant de sauces, de hachis, de pâtisseries de toutes sortes de salmigondis qu'il s'en fait une grande dissipation. Chacun aujourd'hui veut aller dîner chez le More, chez Santon, chez Innocent, chez Havart, ministres de volupté et de dépense qui, en une chose publique bien policée et réglée, seraient bannis et chassés comme corrupteurs des mœurs. » Livre sur le bien manger Paris en 1575

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Derechef, Louis XIII, en 1629, publia un édit défendant de dépenser plus d'un écu pour un repas fait hors de sa maison ; si l'on donnait un dîner chez soi, on ne devait avoir que trois services ; à chaque service, qu'un seul rang de plats et, dans chaque plat, six pièces au plus.

DuFail-titre.jpgLes Contes d'Eutrapel, publiés en 1587, prouvent, en effet, qu'on faisait servir sur les tables de grands plats garnis de bœuf, de mouton, de veau et de lard, avec beaucoup d'herbes et de racines cuites. On appelait mets les plats ainsi chargés, et c'est de ces mets, qui formaient de véritables pyramides de viande, dont se moque Boileau, dans sa description d'un repas burlesque :

"Sur un lièvre flanqué de six poulets étiques,
S'élevaient trois lapins, animaux domestiques,
Qui, dès leur tendre enfance élevés dans Paris,
Sentaient encor le chou dont ils furent nourris..."

Les lois somptuaires de Louis XIII n'eurent pas plus de succès que celles de ses devanciers. Nous savons, par les descriptions des festins du temps de Louis XIV, aussi bien que par les menus des dîners de ce prince, qu'il dut bien se garder de prohiber le luxe de la table, car il était lui-même grand mangeur.

Un écrivain du temps, Gontier, nous apprend quel était l'ordre des services des repas somptueux :

«  Il y avait quelquefois six services de potages et de viandes, plus deux services de fruits et de pâtisseries de toute espèce. Au premier service, diverses sortes de soupes, viandes coupées par rouelles, saucisses, et autres choses pareilles; pour le second, fritures, daubes, court-bouillon, gibier, jambons, langues de porc ou de bœuf fumées, farces, pâtés chauds, salades, melons ; pour le troisième, perdrix, faisans, bécasses, ramiers, dindonneaux, levrauts, lapins, chapons, agneaux entiers, le tout rôti, le tout servi avec des citrons, des oranges et entremêlé de quelques plats garnis d'olives ; pour le quatrième, petits oiseaux, grives, mauviettes, ortolans, bécassines, riz de veau ; pour le cinquième, afin d'ôter le goût des viandes, saumons, belles truites, brochets énormes, grosses carpes et autres poissons enveloppés de pâtes, tortues dans leur écaille, écrevisses ; pour le sixième, beignets, gâteaux feuilletés, tourtes, gelées de diverses couleurs, blanc-manger, cardons, céleri ; pour le septième, fruits de toute espèce cuits, crus, glacés au sucre, crème préparée de toutes les manières, pâtisseries sucrées, amandes fraîches, noix confites ; pour le huitième, enfin, confitures sèches et liquides, massepains, conserves, biscuits, fenouil, dragées. »

chateau_de_blois.jpg

C'était un repas composé de la sorte, qu'en 1664 Louis XIV offrait au légat du Pape qui venait conférer avec lui des affaires du Comtat et d'Avignon. Le dîner était de quatre services : le premier consistait en quarante plats d'entrée, le second, en quarante de rôtis, le troisième, en entremets froids et chauds et le dernier en desserts...

à suivre...

mercredi, 08 juin 2016

Jean Pierre Cassely... 1

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podcast
                    Jean Pierre Cassely nous parle de la Durance

vendredi, 03 juin 2016

La prostitution à Avignon au temps des Papes 3

 .../...

Les "établissements"

C'était là une véritable réclame pour maître Genin de la Géline.

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La maison de bains si chaudement recommandée était dans la rue de la Boucherie (Bocarie), aliàs de St-Marc, à côté d'une hôtellerie ayant pour enseigne un casque de fer appelé Cervelière (Cervelerium), ou Helme, au moyen âge. L'enseigne suggestive avait un certain coté provocateur...

Le Conseil de la ville d'Avignon dut prier le sénéchal de Provence d'intervenir pour défendre aux courtisanes d'établir leur domicile dans les maisons de bains.

En I44I, le cardinal Alain de Coétivi, interdit aux ecclésiastiques et aux clercs mariés la fréquentation des étuves du Pont-Trauca :

"Considérantes quod « stuphoe Pontis-Trocati sintprostibulosoe, et in eis mere« tricia prostibularia committantur"

Sous peine d'excommunication et d'une amende de I0 marcs d'argent pour les contraventions commises le jour et de 25 marcs, quand elles avaient lieu la nuit.

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A la fin de l'année 1435, les étuves du Pont Trauca étaient tenues par Johannette de La Roche, qui, au mois d'octobre de ladite année, donna une fille pauvre (pauperem puellam) âgée de neuf ans, à noble François de St-Michel, habitant du Baucet, près de Carpentras, pour qu'il la nourrît pendant trois ans.

Mais presque aussitôt l'acte est révoqué dans la forme la plus solennelle, avec le concours de sept jurisconsultes. Les motifs de la révocation ne sont pas énoncés, mais ce silence et l'appareil extraordinaire de la procédure dénote un drame intime et d'une gravité exceptionnelle .

 

En I495,  Pierre Bertrandi, notaire d'Avignon, établit un inventaire de cette maison, dressé par quatre experts juifs, Mossé Lyon, Ben-Jues de Millau, Dieu-le-Saulve de Noves et Astruc Lyon.

Le local se composait "d'une salle haute donnant sur la rue du côté des Augustins, de I6 chambres, d'une cuisine, d'une dépense, de salles de bains, avec un jardin y attenant."

Les confronts desdites étuves me permettent d'en fixer avec certitude l'emplacement ; elles s'étendaient, en façade, du n° I6 au n° 22 de la rue actuelle de l'Hôpital, et latéralement, dans la rue du Pont-Trauca, du côté de la maison Giéra.

lupanar 2.jpgLes chambres donnaient sur le Pont-Rompu (supra pontemperforatum); les autres sur une traverse ou sur le jardin. L'une d'elles était affectée au logement des domestiques. Il n'est pas question dans cet inventaire du mobilier balnéaire, mais seulement de celui des chambres et de la cuisine. L'ameublement des chambres se compose uniformément "d'un lit de sapin garni d'une paillasse, d'un matelas de plume, de diverses couvertures, de courtes-pointes de retailles (de retalhis), de courtines de toile, .avec franges, appendues à un ciel-de-lit (cupercelum) de même étoffe. A quoi il faut ajouter une caisse ou un bahut de sapin (capsa vel scamnum de sapo)."

L'inventaire de ces étuves peut se résumer en quelques mots : des lits partout, même dans la dépense, des appareils de bains nulle part.

Cependant, la maison appartenait à une très honorable personne, dame Marguerite Busaffi, fille de Thomas Busaffi, changeur, c'est-à-dire banquier. Celui-ci était un homme fort pieux, qui faisait de riches offrandes à sa paroisse...

 

prostituee 2.jpgUn autre acte, extrait des protocoles de Jacques Girardi, fait connaître aussi la situation topographique d'un autre établissement de bains chauds ou étuves. Le 30 mai I446, Pons Blaconi, aliàs le Ménestrier, sa femme, sa fille et son gendre, vendent à Jean Martin, épicier, originaire de La Coste, une maison, vulgairement nommée Étuves de la Pierre, située dans la paroisse St-Symphorien et dans la traverse conduisant de l'Hôpital des Lombards à la rue des Infirmeries. Il y avait dans cette maison des bains d'hommes et de femmes et, tout à côté, comme dans la rue de la Cervelière, une hôtellerie appelée aussi de la Pierre. Ainsi nommée  à cause de la Pierre de Refuge que Ricuin, comte d'Avignon, fit élever dans cette ville, en 1060.

L'inventaire des étuves de la rue de la Pierre, comme celui des bains du Pont-Trauca, énumère bon nombre de lits, mais il comprend, en outre, un outillage balnéaire complet:

"baignoires en pierre (pilas lapideas), coquemars en cuivre (cacabos de cupro), sceaux en fer (fer rat os), et enfin des portes aussi en fer (portas ferreas pro dictis stuphis)" dont l'emploi n'est pas spécifié.

La maison de la rue de la Pierre relevait du domaine de la haute seigneurie de noble dame Guiote Flamenc, femme de noble Antoine Allemand, seigneur de St Georges, dans le diocèse de Grenoble.

les archives du duché de caderousse contiennent un Livre terrier des reconnaissances féodales et générales passées par les emphytéotes en faveur d'Antoine d'Aleman, seigneur de Saint-Georges, diocèse de Grenoble, comme usufructaire des biens de feue Guiote Du Flamen, son épouse et en faveur de Philipette d'Alemand, leur fille, donataire de ladite dame Du Flamen des maisons, jardins et autres pièces et propriétés assises dans la cité d'Avignon, reconnaissances reçues par Jean Barati, notaire d'Avignon.

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Les Allemand possédaient en grande partie la rue de l'Hôpital (actuelle rue Louis Pasteur),  la rue puits des allemand, si bien nommée, confirme cette hérédité.

lupanar 1.jpgComme les Busaffi, les Allemand laissaient à leurs locataires la plus large liberté au point de vue de la moralité de leurs industries, et c'était là, à ce qu'il paraît, une règle généralement admise à Avignon, puisqu'on voit les Bénédictines de l'abbaye de St-Laurent tolérer dans le bourguet de ce nom, qui appartenait à ces religieuses, l'existence d'une maison de prostitution. Cela résulte d'un acte de reconnaissance fait en faveur de ladite abbaye en I352, pour une maison et un verger situés, dit cet acte,  "dans le bourg St Laurent et dans la paroisse St-Geniés, hors le portail vieux  d'Humbert, et confrontant, d'une part, la traverse dudit  bourg allant vers le lupanar."

Le portail vieux d'Humbert, dit plus tard d'Imbert, faisait partie de l'ancienne enceinte des remparts d'Avignon qui fut démolie après le siège de I226, et s'ouvrait à l'extrémité occidentale de la rue actuelle des Teinturiers. On l'appelait aussi le Portail-Peint, parce qu'on y avait représenté les douze apôtres.

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 Au delà, de cette porte, s'ouvrait, à gauche, une rue étroite traversant une agglomération de maisons, désignée déjà, au XIVe siècle, sous le nom de Bourg-Neuf, dans une maison en pierres jaunes, "in domo croceis lapidibus extructa." se tenait un lupanar.

Assurément un honnête femme ne choisirait pas aujourd'hui un semblable voisinage ; mais nos ancêtres avaient sur ce point des idées plus larges, témoin le banquier Guinet Alberti, propriétaire pour moitié du bourguet de Gigonha, où il avait pour locataires et voisines trois femmes faillies, Mingète de Narbonne, Jeannette de Metz et Marguerite-laPorcelude.

Le gouvernement de ces maisons de prostitution était exercé par une Abbesse (Abbatissa), qui devait sans doute répondre du maintien de l'ordre et de l'exécution des statuts municipaux dans ces singulières abbayes. Un notaire du XVe siècle, Me de Mussy, nous a transmis un procès-verbal dressé par une commission de médecins chrétiens et juifs et constatant que :

"l'abbesse du lupanar est réellement atteinte de la lèpre"

 

D'après une communication de G Bayle

* Images en partie tirées du net



 

mardi, 31 mai 2016

revue de presse... 31 mai 1944

Le petit provençal

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samedi, 28 mai 2016

La prostitution à Avignon au temps des Papes 2

.../...

La législation pontificale

"Au moyen âge, il n'y a pas de bourg ni de ville qui ne possède son lupanar"

A côté de l'existence légale des lieux officiellement consacrés à la débauche, on rencontre une répression sévère du libertinage non réglementé.

La loi pontificale cède volontiers le pas à "la loi naturelle"

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L'autorité locale pratiquait une sorte de tolérance allant jusqu'à encadrer l'activité en créant des établissements pour les "prostibula", ces courtisanes ayant pignon sur rue si j'ose dire, jusques dans les plus petits villages.

Double souci de protection de la moralité publique, de la prévention des attentats luxurieux et prophylaxie à l’égard des maladies honteuses.

Ainsi la police des mœurs s'exerce dans les États citramontains de l'Église

Le réalisme primait sur les préceptes de la morale confessionnelle.

En même temps, les papes, les légats, les évêques, les dignitaires ecclésiastiques, les simples fidèles, rivalisaient de zèle et de générosité pour fonder des refuges  aux pécheresses. Marie-Madeleine repentante, intercédant dans ce domaine, pour la réhabilitation de ces égarées...

Les courtiers infâmes qui font du vice, un trafic, et de la honte, une marchandise, étaient frappés de fortes amendes, condamnés à la fustigation, au bannissement et parfois à mort. Ces sanctions, peu appliquées au demeurant, permettaient aux proxénètes de tout acabit de prospérer en pratiquant la traite des blanches et vivant du pain du péché.

  • "Suivant les vieilles et nouvelles loix, il a toujours semblé fort odieux qu'il y eust des maquereaux en un Estat ; car nous avons reconnu que ce sont gens mal vivans et inventans des gains détestables, et qu'ils sont rodants par divers lieux et provinces pour tromper de misérables jeunes filles, leur promettants de grands dons, et au partir de là, les exposent à la luxure de ceux qui en ont appétit, et reçoivent le misérable gain qu'elles font de la prostitution de leur corps. Et voulant, les dites jeunes filles, se retirer de cette vie damnable et contracter un légitime mariage, elles sont, de ce faire, empêchées par les dits maquereaux. Ce crime s'est tellement accru qu'il n'y a lieu en ces quartiers où il n'y ait de cette engeance, et bien que du commencement il n'y en eust qu'en quelques villes situées aux extrémités du pays, maintenant il en est tout jonché"  Jacques Mourgues, avocat à la cour d'Aix (ordonnance des rois de Sicile de 1658)

 Pétrarque, s'indignait aussi de la présence officielle à Avignon de onze maisons de prostitution . Il prétendait qu'il n'y en avait que deux à Rome, alors qu'elle était plus peuplée :

"Cum in magna Roma duo fuevint lenones, in parva Avenione sunt undecim."

Les Avignonnais accusaient les Italiens de leurs mœurs corrompues, les Italiens se plaignaient d'avoir été dépravés par le contact des Avignonnais.


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Sous Clément VI, Jeanne Ire, alias la reine Jeanne fait promulguer moult règlements par le viguier et les juges de la cour

 

Voici quelques articles de ces règlements, traduits du latin et du provençal :

 

  • "Qu'aucune courtisane ou prostituée publique ou privée n'ose porter en public, dans la ville d'Avignon, hors de l'enceinte de la maison de débauche, des manteaux fourrés, des houppelandes, des tuniques de menu-vair, de mousseline ou d'autre étoffe semblable, des ceintures d'argent, des calottes brodées d'or, d'argent ou de soie, des boutons ou des anneaux d'or ou d'argent, des fermoirs ou des chapels de perles, d'or ou d'argent, des patenôtres d'ambre, d'or, d'argent, de corail blanc ou rouge, ou de cristal, et tout autre ornement, quelqu'en soit le nom, où il entre de l'or, de la soie ou de l'argent, que les bonnes et honnêtes femmes ont coutume de porter ; et cela sous peine de 5o livres d'amende et confiscation des vêtements et bijoux-, pour chaque contravention."

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  • "Qu'aucune courtisane publique et privée, ou femme ayant dans son quartier la réputation d'une courtisane, n'ose fixer son domicile dans les rues de la ville d'Avignon ou de ses faubourgs où demeurent les bonnes et honnêtes gens ; mais qu'elle se confine dans la maison publique du Bourg Neuf et dans les autres rues désignées pour la même affectation ; et cela sous peine de cinquante livres d'amende."

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  • "Injonction est faite aux dites courtisanes de porter continuellement, quand elles sortent dans les rues d'Avignon, un signe apparent en étoffe blanche de quatre doigts de largeur, sur l'un de leurs bras, entre le coude et l'épaule. Quand elles porteront des vêtements blancs, le signe sera noir et enveloppera les deux bras, afin qu'il puisse être aperçu de tous et distinguer les dites courtisanes des dames honnêtes; et cela sous peine de 25 livres d'amende pour chaque contravention."
  • "Que tous les proxénètes, tant hommes que femmes, s'abstiennent à l'avenir de rossiner, ou bien qu'ils sortent de la ville d'Avignon, dans un délai de I0 jours, et n'osent y rentrer, sous peine de 5o livres d'amende."
  • "Qu'aucune personne de quelque état et condition que ce soit, n'ose prendre des femmes de lupanar contre leur volonté, par force, violence, subornation, ou tout autrement que de leur bon gré, pour les enlever dudit lupanar, ou leur faire tort en quelque manière que ce soit, sous peine d'être fustigée dans les rues de la ville. Que si quelqu'un a des plaintes à former contre ces femmes, qu'il les porte devant la Cour, et justice lui sera rendue."

L'adultère, sévèrement poursuivi partout ailleurs, était autorisé dans les maisons de prostitution :

  • "Qu'aucune personne, quelle que soit sa condition, n'ose commettre l'adultère dans la présente ville d'Avignon, dans les bains publics ou ailleurs, de jour ou de nuit, si ce n'est dans les rues à ce désignées, sous peine de 5o livres d'amende."

Les lieux publics de débauche sont des exutoires destinés à préserver la santé du corps social.

Il était également prohibé, sous peine d'être fustigé d'abord, puis banni de la ville et de son territoire, de tenir des femmes dans les prostibula publics, dans un intérêt privé, c'est-à-dire, aux termes des statuts:

"...d'extorquer ou de recevoir l'argent provenant de la prostitution, d'en vivre totalement ou en partie, et de participer à ce gain honteux."

Pour les juifs... défense leur était faite

  • "d'entrer dans les prostibula de la cité et dans toutes les rues notoirement habitées par des courtisanes, notamment la rue de Saluces et celle de la Cervelière, sous peine de 25 livres d'amende et de l'amputation d'un pied pour chaque délit."

Le libertinage finalement se pratiquait sous couvert d'établissements offrant des bains chauds.

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Quand bien même, une amende de 25 livres frappait les Étuvistes qui, de jour ou de nuit, recevaient chez eux des personnes menant une vie "deshonnête", ou ayant, même pour une seule fois, l'intention de prévariquer.

Cependant un article du législateur dans la langue de nos aïeux ouvre la voie à la tolérance

  • "Quod tota persona de qualque istat ho condition que sié saupe que Genin del Geline ho de Helme, aliàs de la Cerveleria, a fait faire darier son hostal de Helme, estubas belas et honestas per estubar donas honorablas et honestas, lasqualas totalmen son desemparadas de las estubas de los homes de la Cerveleria, en las qualz se estubant homes, lasqualas estubas de donas an lor intrado devant l'ostal de maistre Anthoni Carbonel, bédel de l'Estudi, per que touta dona honesta que l'y plaira de se anar estubar l'en poyria anar, car aqui sera recuillida ben et honestemen et bon merchat per donas honestas"
  • " Que toute personne de quelque état ou condition que ce soit sache que Genin de la Géline ou du Heaume, aliàs de la Cervelière, a fait construire derrière sa maison du Heaume des étuves belles et honnêtes pour baigner les dames honorables et honnêtes, lesquelles étuves sont complètement séparées des étuves de la Cervelière dans lesquelles se baignent les hommes. Ces étuves pour dames ont leur entrée devant la maison de maître Antoine Carbonel, bedeau des Ecoles, afin que toute dame honnête à qui il plaira d'aller se baigner puisse y venir ; car elle y sera bien et honnêtement reçue, et à bon marché, par des femmes honnêtes. »

Notre Génin de la Géline avait tout lieu d'être satisfait...

 

* images en partie tirées du net

.../... à suivre

 

vendredi, 27 mai 2016

La prostitution à Avignon au temps des Papes 1

La bonne blague de Mestre Garcin

 

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En I736, le docteur Jean Astruc, professeur de médecine au  collège royal de France, préparait la première édition de son traité

De morbis venereis

ou traité des maladies vénériennes

 

 

 

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Pour compléter sa documentation, il s'adresse à une de ces connaissances d'Avignon, pour qu'il se procure les statuts de la reine Jeanne pour "l'établissement d'une maison de prostitution à Avignon".

Cet avignonnais, qui fréquentait un certain M. de Garcin, chez lequel plusieurs de ses amis se rendaient pour passer la soirée, lut la lettre qu'il avait reçue, ce qui fit beaucoup rire ces messieurs.

M. de Garcin dit alors :

« Il n'y a qu'à lui en faire...»

Il arrangea donc, de concert avec ses complices, une composition de son cru en vieil idiome provençal et les envoya à Jean Astruc, qui les fit imprimer dans son ouvrage.

Gabriel Teste de Venasque, tenait l'anecdote de son père qui avait été le complice facétieux de son ami Garcin, cette note est écrite de sa main sur un exemplaire de la "Cacomonade de Linguet" *, qui était en 1835 dans la bibliothèque de César Teste, à Avignon.

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« Jusqu'en 1825, la "Cacomonade" n'a été considérée que comme une facétie inoffensive, ce qu'elle est réellement, mais, à cette époque, un jugement de la police correctionnelle à Paris, l'a flétrie comme outrageant les mœurs... »

Garcin présenta son faux sur un feuillet vierge d'un ancien cartulaire de la commune du temps des papes.

 

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Un troubadour, coiffé d'un chapel de plumes de paon,

l'habit troussé à l'antique

les souliers à la poulaine

les armoiries d'Anjou-Naples

ornaient ce cartulaire supposé être les statuts de la reine Jeanne pour une maison de filles à Avignon.

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Propriété du marquis de Cambis Velleron, il fut acquis par Esprit Requien, qui l'a légué en 1840, avec ses collections, à la bibliothèque du Musée Calvet. Malgré toute son érudition, l'auteur des Annales d'Avignon fut pris au piège et crut fermement à l'authenticité des fameux statuts, comme l'abbé Jean Pierre  Papon et le savant Merlin, qui les ont transcrits en entier, l'un dans son Histoire de Provence, l'autre, dans son Traité de Jurisprudence.

 

 

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C'est ainsi que fut forgée la légende adoptée par Paul Achard, qui dans son Dictionnaire des rues d'Avignon, place les anciens lieux de débauche de cette ville dans les rues du Pont trouca et de la Cerpelière.

En 1815, le docteur Yvaren, dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales, assure même qu'on voyait encore avant 1790, dans la rue du pont trouca de petites maisons avec des portes surmontées d'ornements et de devises bizarres, qui avaient été des maisons de tolérance.

Mais, dès octobre 1835, il se ravise dans une correspondance à Augustin Deloye, conservateur du Musée Calvet, qui prouve  par l'examen de ces statuts, qu'ils ont été imaginés de toute pièce par des personnes complètement étrangères aux règles de la diplomatique du XIVe siècle, ignorantes de la langue vulgaire parlée à cette époque, des caractères scripturaires et des procédés d'enluminure utilisés par les moines copistes.

Le jeu de mot que Garcin et ses amis firent sur "trouca" était la clef de l'énigme... La galéjade était sous leurs yeux mais personne ne la vit...

Cependant cette mystification cachait bien d'autres vérités...

 

* autrement dit la syphilis

 

.../... à suivre