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vendredi, 03 juin 2016

La prostitution à Avignon au temps des Papes 3

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Les "établissements"

C'était là une véritable réclame pour maître Genin de la Géline.

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La maison de bains si chaudement recommandée était dans la rue de la Boucherie (Bocarie), aliàs de St-Marc, à côté d'une hôtellerie ayant pour enseigne un casque de fer appelé Cervelière (Cervelerium), ou Helme, au moyen âge. L'enseigne suggestive avait un certain coté provocateur...

Le Conseil de la ville d'Avignon dut prier le sénéchal de Provence d'intervenir pour défendre aux courtisanes d'établir leur domicile dans les maisons de bains.

En I44I, le cardinal Alain de Coétivi, interdit aux ecclésiastiques et aux clercs mariés la fréquentation des étuves du Pont-Trauca :

"Considérantes quod « stuphoe Pontis-Trocati sintprostibulosoe, et in eis mere« tricia prostibularia committantur"

Sous peine d'excommunication et d'une amende de I0 marcs d'argent pour les contraventions commises le jour et de 25 marcs, quand elles avaient lieu la nuit.

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A la fin de l'année 1435, les étuves du Pont Trauca étaient tenues par Johannette de La Roche, qui, au mois d'octobre de ladite année, donna une fille pauvre (pauperem puellam) âgée de neuf ans, à noble François de St-Michel, habitant du Baucet, près de Carpentras, pour qu'il la nourrît pendant trois ans.

Mais presque aussitôt l'acte est révoqué dans la forme la plus solennelle, avec le concours de sept jurisconsultes. Les motifs de la révocation ne sont pas énoncés, mais ce silence et l'appareil extraordinaire de la procédure dénote un drame intime et d'une gravité exceptionnelle .

 

En I495,  Pierre Bertrandi, notaire d'Avignon, établit un inventaire de cette maison, dressé par quatre experts juifs, Mossé Lyon, Ben-Jues de Millau, Dieu-le-Saulve de Noves et Astruc Lyon.

Le local se composait "d'une salle haute donnant sur la rue du côté des Augustins, de I6 chambres, d'une cuisine, d'une dépense, de salles de bains, avec un jardin y attenant."

Les confronts desdites étuves me permettent d'en fixer avec certitude l'emplacement ; elles s'étendaient, en façade, du n° I6 au n° 22 de la rue actuelle de l'Hôpital, et latéralement, dans la rue du Pont-Trauca, du côté de la maison Giéra.

lupanar 2.jpgLes chambres donnaient sur le Pont-Rompu (supra pontemperforatum); les autres sur une traverse ou sur le jardin. L'une d'elles était affectée au logement des domestiques. Il n'est pas question dans cet inventaire du mobilier balnéaire, mais seulement de celui des chambres et de la cuisine. L'ameublement des chambres se compose uniformément "d'un lit de sapin garni d'une paillasse, d'un matelas de plume, de diverses couvertures, de courtes-pointes de retailles (de retalhis), de courtines de toile, .avec franges, appendues à un ciel-de-lit (cupercelum) de même étoffe. A quoi il faut ajouter une caisse ou un bahut de sapin (capsa vel scamnum de sapo)."

L'inventaire de ces étuves peut se résumer en quelques mots : des lits partout, même dans la dépense, des appareils de bains nulle part.

Cependant, la maison appartenait à une très honorable personne, dame Marguerite Busaffi, fille de Thomas Busaffi, changeur, c'est-à-dire banquier. Celui-ci était un homme fort pieux, qui faisait de riches offrandes à sa paroisse...

 

prostituee 2.jpgUn autre acte, extrait des protocoles de Jacques Girardi, fait connaître aussi la situation topographique d'un autre établissement de bains chauds ou étuves. Le 30 mai I446, Pons Blaconi, aliàs le Ménestrier, sa femme, sa fille et son gendre, vendent à Jean Martin, épicier, originaire de La Coste, une maison, vulgairement nommée Étuves de la Pierre, située dans la paroisse St-Symphorien et dans la traverse conduisant de l'Hôpital des Lombards à la rue des Infirmeries. Il y avait dans cette maison des bains d'hommes et de femmes et, tout à côté, comme dans la rue de la Cervelière, une hôtellerie appelée aussi de la Pierre. Ainsi nommée  à cause de la Pierre de Refuge que Ricuin, comte d'Avignon, fit élever dans cette ville, en 1060.

L'inventaire des étuves de la rue de la Pierre, comme celui des bains du Pont-Trauca, énumère bon nombre de lits, mais il comprend, en outre, un outillage balnéaire complet:

"baignoires en pierre (pilas lapideas), coquemars en cuivre (cacabos de cupro), sceaux en fer (fer rat os), et enfin des portes aussi en fer (portas ferreas pro dictis stuphis)" dont l'emploi n'est pas spécifié.

La maison de la rue de la Pierre relevait du domaine de la haute seigneurie de noble dame Guiote Flamenc, femme de noble Antoine Allemand, seigneur de St Georges, dans le diocèse de Grenoble.

les archives du duché de caderousse contiennent un Livre terrier des reconnaissances féodales et générales passées par les emphytéotes en faveur d'Antoine d'Aleman, seigneur de Saint-Georges, diocèse de Grenoble, comme usufructaire des biens de feue Guiote Du Flamen, son épouse et en faveur de Philipette d'Alemand, leur fille, donataire de ladite dame Du Flamen des maisons, jardins et autres pièces et propriétés assises dans la cité d'Avignon, reconnaissances reçues par Jean Barati, notaire d'Avignon.

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Les Allemand possédaient en grande partie la rue de l'Hôpital (actuelle rue Louis Pasteur),  la rue puits des allemand, si bien nommée, confirme cette hérédité.

lupanar 1.jpgComme les Busaffi, les Allemand laissaient à leurs locataires la plus large liberté au point de vue de la moralité de leurs industries, et c'était là, à ce qu'il paraît, une règle généralement admise à Avignon, puisqu'on voit les Bénédictines de l'abbaye de St-Laurent tolérer dans le bourguet de ce nom, qui appartenait à ces religieuses, l'existence d'une maison de prostitution. Cela résulte d'un acte de reconnaissance fait en faveur de ladite abbaye en I352, pour une maison et un verger situés, dit cet acte,  "dans le bourg St Laurent et dans la paroisse St-Geniés, hors le portail vieux  d'Humbert, et confrontant, d'une part, la traverse dudit  bourg allant vers le lupanar."

Le portail vieux d'Humbert, dit plus tard d'Imbert, faisait partie de l'ancienne enceinte des remparts d'Avignon qui fut démolie après le siège de I226, et s'ouvrait à l'extrémité occidentale de la rue actuelle des Teinturiers. On l'appelait aussi le Portail-Peint, parce qu'on y avait représenté les douze apôtres.

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 Au delà, de cette porte, s'ouvrait, à gauche, une rue étroite traversant une agglomération de maisons, désignée déjà, au XIVe siècle, sous le nom de Bourg-Neuf, dans une maison en pierres jaunes, "in domo croceis lapidibus extructa." se tenait un lupanar.

Assurément un honnête femme ne choisirait pas aujourd'hui un semblable voisinage ; mais nos ancêtres avaient sur ce point des idées plus larges, témoin le banquier Guinet Alberti, propriétaire pour moitié du bourguet de Gigonha, où il avait pour locataires et voisines trois femmes faillies, Mingète de Narbonne, Jeannette de Metz et Marguerite-laPorcelude.

Le gouvernement de ces maisons de prostitution était exercé par une Abbesse (Abbatissa), qui devait sans doute répondre du maintien de l'ordre et de l'exécution des statuts municipaux dans ces singulières abbayes. Un notaire du XVe siècle, Me de Mussy, nous a transmis un procès-verbal dressé par une commission de médecins chrétiens et juifs et constatant que :

"l'abbesse du lupanar est réellement atteinte de la lèpre"

 

D'après une communication de G Bayle

* Images en partie tirées du net



 

jeudi, 02 juin 2016

Mais qui lit encore Paul Manivet ?

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mercredi, 01 juin 2016

Campanado

Un coup pour le rez de chaussée

Deux coups pour le premier étage

Trois coups pour le second étage

Et un bon carillon, avant de partir en courant, pour réveiller toute la maisonnée

 ******

Avant que tous ne disparaissent devant la "modernité" des portiers électroniques

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22 rue Armand de Pontmartin (Cliquez sur la photo)

mardi, 31 mai 2016

revue de presse... 31 mai 1944

Le petit provençal

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lundi, 30 mai 2016

Contes du lundi... L'arlésienne de Daudet

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podcast

           L'arlésienne

dimanche, 29 mai 2016

Un dimanche... Un tableau de Provence

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César de Bus en extase 1710

Pierre Parrocel

Cathédrale de Cavaillon

samedi, 28 mai 2016

La prostitution à Avignon au temps des Papes 2

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La législation pontificale

"Au moyen âge, il n'y a pas de bourg ni de ville qui ne possède son lupanar"

A côté de l'existence légale des lieux officiellement consacrés à la débauche, on rencontre une répression sévère du libertinage non réglementé.

La loi pontificale cède volontiers le pas à "la loi naturelle"

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L'autorité locale pratiquait une sorte de tolérance allant jusqu'à encadrer l'activité en créant des établissements pour les "prostibula", ces courtisanes ayant pignon sur rue si j'ose dire, jusques dans les plus petits villages.

Double souci de protection de la moralité publique, de la prévention des attentats luxurieux et prophylaxie à l’égard des maladies honteuses.

Ainsi la police des mœurs s'exerce dans les États citramontains de l'Église

Le réalisme primait sur les préceptes de la morale confessionnelle.

En même temps, les papes, les légats, les évêques, les dignitaires ecclésiastiques, les simples fidèles, rivalisaient de zèle et de générosité pour fonder des refuges  aux pécheresses. Marie-Madeleine repentante, intercédant dans ce domaine, pour la réhabilitation de ces égarées...

Les courtiers infâmes qui font du vice, un trafic, et de la honte, une marchandise, étaient frappés de fortes amendes, condamnés à la fustigation, au bannissement et parfois à mort. Ces sanctions, peu appliquées au demeurant, permettaient aux proxénètes de tout acabit de prospérer en pratiquant la traite des blanches et vivant du pain du péché.

  • "Suivant les vieilles et nouvelles loix, il a toujours semblé fort odieux qu'il y eust des maquereaux en un Estat ; car nous avons reconnu que ce sont gens mal vivans et inventans des gains détestables, et qu'ils sont rodants par divers lieux et provinces pour tromper de misérables jeunes filles, leur promettants de grands dons, et au partir de là, les exposent à la luxure de ceux qui en ont appétit, et reçoivent le misérable gain qu'elles font de la prostitution de leur corps. Et voulant, les dites jeunes filles, se retirer de cette vie damnable et contracter un légitime mariage, elles sont, de ce faire, empêchées par les dits maquereaux. Ce crime s'est tellement accru qu'il n'y a lieu en ces quartiers où il n'y ait de cette engeance, et bien que du commencement il n'y en eust qu'en quelques villes situées aux extrémités du pays, maintenant il en est tout jonché"  Jacques Mourgues, avocat à la cour d'Aix (ordonnance des rois de Sicile de 1658)

 Pétrarque, s'indignait aussi de la présence officielle à Avignon de onze maisons de prostitution . Il prétendait qu'il n'y en avait que deux à Rome, alors qu'elle était plus peuplée :

"Cum in magna Roma duo fuevint lenones, in parva Avenione sunt undecim."

Les Avignonnais accusaient les Italiens de leurs mœurs corrompues, les Italiens se plaignaient d'avoir été dépravés par le contact des Avignonnais.


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Sous Clément VI, Jeanne Ire, alias la reine Jeanne fait promulguer moult règlements par le viguier et les juges de la cour

 

Voici quelques articles de ces règlements, traduits du latin et du provençal :

 

  • "Qu'aucune courtisane ou prostituée publique ou privée n'ose porter en public, dans la ville d'Avignon, hors de l'enceinte de la maison de débauche, des manteaux fourrés, des houppelandes, des tuniques de menu-vair, de mousseline ou d'autre étoffe semblable, des ceintures d'argent, des calottes brodées d'or, d'argent ou de soie, des boutons ou des anneaux d'or ou d'argent, des fermoirs ou des chapels de perles, d'or ou d'argent, des patenôtres d'ambre, d'or, d'argent, de corail blanc ou rouge, ou de cristal, et tout autre ornement, quelqu'en soit le nom, où il entre de l'or, de la soie ou de l'argent, que les bonnes et honnêtes femmes ont coutume de porter ; et cela sous peine de 5o livres d'amende et confiscation des vêtements et bijoux-, pour chaque contravention."

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  • "Qu'aucune courtisane publique et privée, ou femme ayant dans son quartier la réputation d'une courtisane, n'ose fixer son domicile dans les rues de la ville d'Avignon ou de ses faubourgs où demeurent les bonnes et honnêtes gens ; mais qu'elle se confine dans la maison publique du Bourg Neuf et dans les autres rues désignées pour la même affectation ; et cela sous peine de cinquante livres d'amende."

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  • "Injonction est faite aux dites courtisanes de porter continuellement, quand elles sortent dans les rues d'Avignon, un signe apparent en étoffe blanche de quatre doigts de largeur, sur l'un de leurs bras, entre le coude et l'épaule. Quand elles porteront des vêtements blancs, le signe sera noir et enveloppera les deux bras, afin qu'il puisse être aperçu de tous et distinguer les dites courtisanes des dames honnêtes; et cela sous peine de 25 livres d'amende pour chaque contravention."
  • "Que tous les proxénètes, tant hommes que femmes, s'abstiennent à l'avenir de rossiner, ou bien qu'ils sortent de la ville d'Avignon, dans un délai de I0 jours, et n'osent y rentrer, sous peine de 5o livres d'amende."
  • "Qu'aucune personne de quelque état et condition que ce soit, n'ose prendre des femmes de lupanar contre leur volonté, par force, violence, subornation, ou tout autrement que de leur bon gré, pour les enlever dudit lupanar, ou leur faire tort en quelque manière que ce soit, sous peine d'être fustigée dans les rues de la ville. Que si quelqu'un a des plaintes à former contre ces femmes, qu'il les porte devant la Cour, et justice lui sera rendue."

L'adultère, sévèrement poursuivi partout ailleurs, était autorisé dans les maisons de prostitution :

  • "Qu'aucune personne, quelle que soit sa condition, n'ose commettre l'adultère dans la présente ville d'Avignon, dans les bains publics ou ailleurs, de jour ou de nuit, si ce n'est dans les rues à ce désignées, sous peine de 5o livres d'amende."

Les lieux publics de débauche sont des exutoires destinés à préserver la santé du corps social.

Il était également prohibé, sous peine d'être fustigé d'abord, puis banni de la ville et de son territoire, de tenir des femmes dans les prostibula publics, dans un intérêt privé, c'est-à-dire, aux termes des statuts:

"...d'extorquer ou de recevoir l'argent provenant de la prostitution, d'en vivre totalement ou en partie, et de participer à ce gain honteux."

Pour les juifs... défense leur était faite

  • "d'entrer dans les prostibula de la cité et dans toutes les rues notoirement habitées par des courtisanes, notamment la rue de Saluces et celle de la Cervelière, sous peine de 25 livres d'amende et de l'amputation d'un pied pour chaque délit."

Le libertinage finalement se pratiquait sous couvert d'établissements offrant des bains chauds.

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Quand bien même, une amende de 25 livres frappait les Étuvistes qui, de jour ou de nuit, recevaient chez eux des personnes menant une vie "deshonnête", ou ayant, même pour une seule fois, l'intention de prévariquer.

Cependant un article du législateur dans la langue de nos aïeux ouvre la voie à la tolérance

  • "Quod tota persona de qualque istat ho condition que sié saupe que Genin del Geline ho de Helme, aliàs de la Cerveleria, a fait faire darier son hostal de Helme, estubas belas et honestas per estubar donas honorablas et honestas, lasqualas totalmen son desemparadas de las estubas de los homes de la Cerveleria, en las qualz se estubant homes, lasqualas estubas de donas an lor intrado devant l'ostal de maistre Anthoni Carbonel, bédel de l'Estudi, per que touta dona honesta que l'y plaira de se anar estubar l'en poyria anar, car aqui sera recuillida ben et honestemen et bon merchat per donas honestas"
  • " Que toute personne de quelque état ou condition que ce soit sache que Genin de la Géline ou du Heaume, aliàs de la Cervelière, a fait construire derrière sa maison du Heaume des étuves belles et honnêtes pour baigner les dames honorables et honnêtes, lesquelles étuves sont complètement séparées des étuves de la Cervelière dans lesquelles se baignent les hommes. Ces étuves pour dames ont leur entrée devant la maison de maître Antoine Carbonel, bedeau des Ecoles, afin que toute dame honnête à qui il plaira d'aller se baigner puisse y venir ; car elle y sera bien et honnêtement reçue, et à bon marché, par des femmes honnêtes. »

Notre Génin de la Géline avait tout lieu d'être satisfait...

 

* images en partie tirées du net

.../... à suivre

 

vendredi, 27 mai 2016

La prostitution à Avignon au temps des Papes 1

La bonne blague de Mestre Garcin

 

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En I736, le docteur Jean Astruc, professeur de médecine au  collège royal de France, préparait la première édition de son traité

De morbis venereis

ou traité des maladies vénériennes

 

 

 

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Pour compléter sa documentation, il s'adresse à une de ces connaissances d'Avignon, pour qu'il se procure les statuts de la reine Jeanne pour "l'établissement d'une maison de prostitution à Avignon".

Cet avignonnais, qui fréquentait un certain M. de Garcin, chez lequel plusieurs de ses amis se rendaient pour passer la soirée, lut la lettre qu'il avait reçue, ce qui fit beaucoup rire ces messieurs.

M. de Garcin dit alors :

« Il n'y a qu'à lui en faire...»

Il arrangea donc, de concert avec ses complices, une composition de son cru en vieil idiome provençal et les envoya à Jean Astruc, qui les fit imprimer dans son ouvrage.

Gabriel Teste de Venasque, tenait l'anecdote de son père qui avait été le complice facétieux de son ami Garcin, cette note est écrite de sa main sur un exemplaire de la "Cacomonade de Linguet" *, qui était en 1835 dans la bibliothèque de César Teste, à Avignon.

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« Jusqu'en 1825, la "Cacomonade" n'a été considérée que comme une facétie inoffensive, ce qu'elle est réellement, mais, à cette époque, un jugement de la police correctionnelle à Paris, l'a flétrie comme outrageant les mœurs... »

Garcin présenta son faux sur un feuillet vierge d'un ancien cartulaire de la commune du temps des papes.

 

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Un troubadour, coiffé d'un chapel de plumes de paon,

l'habit troussé à l'antique

les souliers à la poulaine

les armoiries d'Anjou-Naples

ornaient ce cartulaire supposé être les statuts de la reine Jeanne pour une maison de filles à Avignon.

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Propriété du marquis de Cambis Velleron, il fut acquis par Esprit Requien, qui l'a légué en 1840, avec ses collections, à la bibliothèque du Musée Calvet. Malgré toute son érudition, l'auteur des Annales d'Avignon fut pris au piège et crut fermement à l'authenticité des fameux statuts, comme l'abbé Jean Pierre  Papon et le savant Merlin, qui les ont transcrits en entier, l'un dans son Histoire de Provence, l'autre, dans son Traité de Jurisprudence.

 

 

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C'est ainsi que fut forgée la légende adoptée par Paul Achard, qui dans son Dictionnaire des rues d'Avignon, place les anciens lieux de débauche de cette ville dans les rues du Pont trouca et de la Cerpelière.

En 1815, le docteur Yvaren, dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales, assure même qu'on voyait encore avant 1790, dans la rue du pont trouca de petites maisons avec des portes surmontées d'ornements et de devises bizarres, qui avaient été des maisons de tolérance.

Mais, dès octobre 1835, il se ravise dans une correspondance à Augustin Deloye, conservateur du Musée Calvet, qui prouve  par l'examen de ces statuts, qu'ils ont été imaginés de toute pièce par des personnes complètement étrangères aux règles de la diplomatique du XIVe siècle, ignorantes de la langue vulgaire parlée à cette époque, des caractères scripturaires et des procédés d'enluminure utilisés par les moines copistes.

Le jeu de mot que Garcin et ses amis firent sur "trouca" était la clef de l'énigme... La galéjade était sous leurs yeux mais personne ne la vit...

Cependant cette mystification cachait bien d'autres vérités...

 

* autrement dit la syphilis

 

.../... à suivre

 

jeudi, 26 mai 2016

Campanado

Un coup pour le rez de chaussée

Deux coups pour le premier étage

Trois coups pour le second étage

Et un bon carillon, avant de partir en courant, pour réveiller toute la maisonnée

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Avant que tous ne disparaissent devant la "modernité" des portiers électroniques

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10 rue Buffon (Cliquez sur la photo)

mercredi, 25 mai 2016

Jean Pierre Cassely nous parle d'Avignon

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podcast
     Rue des infirmières et rue Muguet

mardi, 24 mai 2016

Rue Bonneterie... Liberté d'expression

Partout en ville fleurissent des dazibaos "liberté d'expression"... à l'initiative de qui...

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Sauf rue Bonneterie... Cliquez sur l'image

lundi, 23 mai 2016

Alphonse Daudet... La fabrique

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podcast

La fabrique - extrait du roman le petit chose

dimanche, 22 mai 2016

L'oeuvre d'Eugène Devéria à Avignon 4/4

 Frappé par la maladie, Devéria ne terminera jamais son grand œuvre, beaucoup s'en réjouirent...

Il faut dire que le monument mérite certains égard et que cette intervention est actuellement jugée bien proportionnée au regard de son histoire. Tout recouvrir eut été certainement abusif.

Quelques décors furent initiés ça et là, le promeneur les découvrira au hasard de son cheminement dans l'édifice.

Pour honorer le contrat qu'il avait signé avec le chapitre, il peignit en atelier, quatre tableaux remarquables par leur atmosphère intimiste et les demi teintes employées:

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Le repos de la sainte famille

 

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  La présentation de la vierge au temple (1851)

 

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  L'adoration des mages

 

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  Le Christ pendant le reniement de St Pierre



 

samedi, 21 mai 2016

L'oeuvre d'Eugène Devéria à Avignon 3/4

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La statue de Pradier rejoint l'abri de la coupole de la chapelle sud, là où elle se trouve actuellement, la chapelle nord devenant finalement la chapelle du saint sacrement

 La peinture dominant l'autel représentera donc désormais les disciples d'Emmaüs reconnaissant le Christ à la fraction du pain.

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Le pèlerin de gauche est vraisemblablement un autoportrait du peintre, celui de droite, son ornementaliste, Charles Alexis Apoil

Sur l'arc triomphal Dévéria a réalisé une illustration de la louange divine en montrant le roi David chantant les psaumes et s'accompagnant à la harpe.

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La jeune fille du premier plan, à droite de la composition, serait un portrait de Marie Devéria, la fille du peintre.

Sur la voûte du chœur surplombant l'autel, une peinture de couleurs vives représente les allégories de la Foi, l'espérance et la Charité.

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Les peintures sans doute les plus parfaites de cet ensemble, sont les deux magnifiques scènes de la Visitation et de la Présentation de Jésus au temple, respectivement situées à droite et à gauche de l'autel.

 

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Elles ont été peintes en août 1839 et pourraient être un rappel historique de l'institution de ces deux fêtes par les papes d'Avignon. Sur le plan artistique, ces œuvres sont marquées par le goût orientaliste et historicisant tant prisé à l'époque de leur création.

  Devéria se plaignait de la qualité des supports de ses peintures, s'adressant au maçon Gaget qui préparait les enduits :

"les artistes sont victimes de leur préparateur... Aussi ai je envie de me représenter en St Laurent sur le gril et vous dans le bourreau qui torture le martyr."

 Devéria est manifestement préoccupé d'effets chromatiques et sa technique dite "à la cire permettait ce rehaussement des couleurs par un éclat et une plasticité peu commune. L'ordonnancement comme le traitement des sujets renvoie au XVII ème siècle italien, beaucoup cependant trouvaient sa peinture "trop mondaine"

 La couverture de cette chapelle fut reprise en 1909.

En 1913, Yperman restaurera les peintures de Devéria et les vitraux seront vérifiés.

Mais il fallut arriver à une reprise complète qui supprimât radicalement et définitivement les infiltration quasi permanentes. C'est ce qui fut fait par les Monuments Historiques en 1977 - 1978. Après la reprise de la couverture, une restauration générale du décor peint par Devéria, fut confiée au cabinet J Bourgoin de Monaco

 ... à suivre

vendredi, 20 mai 2016

L'oeuvre d'Eugène Devéria à Avignon 2/4

 Les  travaux prévus pour mars 1838, n'eurent lieu que début octobre.

Les aides choisis pour assister Devéria furent le maçon Gaget pour les enduits et le peintre Charles Alexis Apoil, pour la partie ornementale.

 Est ce par ironie qu'un protestant vint peindre des fresques mariales dans le temple du catholicisme avignonnais? Nul ne le saura jamais...

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Cependant les problèmes de toitures perdurent, aussi le conseil de fabrique intervient et demande de « ne faire exécuter d'abord que les peintures de la chapelle de la Vierge et de suspendre l'exécution de celles du reste de l'église, jusqu'à ce que tous les travaux qui doivent précéder celui la, aient été faits... car les peintures ne doivent pas être exposées à être dégradées, ce qui serait dommageable, si on les faisait avant la toiture.... »

Ci contre la statue de Pradier

 

Cette chapelle nord dite de la Vierge devait accueillir la récente statue commandée au sculpteur Pradier, le décor du fond n'ayant pas été prévu, Devéria lui même demandera une somme de 64 francs pour peindre les colonnes, corniches et autres parties d'architectures non comprises dans le devis initial de Mgr Dupont.

 

 

Sur le mur proche de la nef, deux scènes charmantes, situées de part et d'autre de la grille d'accès à la chapelle et au dessus d'un décor de faux marbre, illustrent d'un jour très anecdotique les deux invocations des litanies :

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Mater admirabilis

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Mater purissima

Les 4 grands prophètes, Jérémie et Isaïe, Daniel et Ézéchiel...

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... occupent le registre supérieur.

 

Dans les compartiments des voûtes, les invocations des litanies de la Vierge se déroulent sur des phylactères, tandis que des angelots évoluent gracieusement en brandissant quelques uns des symboles évoqués dans ces litanies ; rose mystique, miroir de Justice, étoile du matin, tour d'ivoire...

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Une belle composition datée de novembre 1838, couvre le mur de l'arc du fond de la chapelle : deux grands anges portent l’arche d'alliance.

Des anges musiciens accompagnent les angelots porteurs d'emblèmes.

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Sur un décor de faux marbre à l'antique, sur le mur nord, au dessous des fenêtres, on distingue les cœurs de Jésus et Marie.

la thématique est résolument mariale, s'exprimant en symboles colorés autour des litanies.

Cependant il fut soudainement décidé par la commission chargée de surveiller les travaux d'installer la statue de Pradier dans une des chapelles sud. Les problèmes inhérents aux toitures défectueuses furent probablement la cause de cette décision... La chapelle mariale change de destination et devient une chapelle du Saint Sacrement. Devéria doit s'adapter...

... à suivre