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dimanche, 13 octobre 2013

Ma maison natale... le plafond inédit

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Tentative de restitution du plafond de Nicolas Mignard à partir de mes clichés des années 55 / 60

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Rien à voir avec le barbouillage actuel évidemment

(cliquez sur la vignette pour voir ma note précédente)

samedi, 12 octobre 2013

Ma maison natale... Mes souvenirs...

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Mes souvenirs 2

Par les circonstances, c'est avec le fils du propriétaire que je passais mon enfance.

De ces entrepôts d'épicerie surgissaient une multitudes d'odeurs mêlées et étranges, accumulation de victuailles, abondance des stocks, c'étaient les lieux tout désignés pour nos jeux.

Enfants nous construisions des cabanes avec des caisses vides de morues séchées (le plat du pauvre par excellence à cette époque, chaque foyer avait un seau dans lequel trempait la merlusse …), reliques abandonnées du négoce. Le progrès allant, ce furent les caisses de chicorée Leroux qui nous servirent de repaires, nous sentions moins les effluves tenaces du poisson salé !

Nos péripéties nous ramenaient dans les entrepôts où nous ouvrions des seaux de 25 kilos de câpres que nous écrémions afin que nul ne s'aperçoive de la rapine... L'hiver nous passions nos journées dans les bureaux qui étaient seuls chauffés alors que les grands bidons d'huile d'olive gelaient à quelque pas de nous, impropres à la vente puisque non débitables ... Modèles réduits, expériences pyrotechniques, radio amateur, canoë, promenades d'abord à vélo puis en vélo moteur... bref, mon adolescence, entrecoupée d'un pensionnat que j’exécrais puisqu'il me tenait éloigné du bonheur.

L'été, le froid était réservé aux riches. Les proprios avaient une glacière que l'on alimentait avec des blocs de glace achetés place Pignote à la STEF(alias Société des Transports et Entreposage Frigorifiques, dont l'origine était le transport rapide et prioritaire de la glace des glacières du Ventoux) ... Munis d'un sac de jute pour les protéger des ardeurs de notre soleil méridional. Ils furent également les premiers à posséder un Frigidaire (la marque). Le jour de l'inauguration, je fus appelé par la Maman qui toute fière m'offrit un tomate froide en me disant que je n'aurais peut être plus l'occasion d'en manger de toute ma vie...

Nous, nous mettions le beurre, (quand nous en avions, car souvent le saindoux en faisait office) acheté à la coupe chez Lazzareti, dans des bols d'eau fraîche pour qu'il ne ramollisse pas trop !

Mon père me donnait vingt sous (il comptait encore en franc or)...

C'était du temps où, sur le seuil d'une étroite échoppe, au Portail peint, une petite vieille nous vendait le lait à la louche.  Un énorme bidon de St Tronquet était son fond de commerce, elle y puisait à la mesure rase. Mes parents me faisaient souvent la remarque que pour moi la louche n'était pas pleine et décidèrent bien vite de se charger de cet achat.

Ce lait que nous essayions de conserver de la veille avait la fâcheuse tendance de tourner à l'heure de l'école... nous partions alors avec notre pain sec!

 La rue fourmillait de vie, pas une maison sans commerce, sans artisan, sans activité.

Ce microcosme social nous faisait connaître de tous, aussi n'était il pas question de faire des bêtises, nos parents en auraient été vite informés... quelques sonnettes tirées peut être... voilà nos crimes!

A ma plus grande joie, juste en face de chez nous se trouvait un marchand de bonbons, un franc (un centime de nouveau francs) les deux caramels mous, c'était encore moins cher que chez la mère Royer de la rue Thiers.

Résumons nous :

En partant de la rue Thiers, il y avait une boulangerie, un menuisier, une cave, Bonnet le menuisier, Ginoux le marchand de bonbons, Ressegaire le balancier.

En revenant vers la rue Thiers, Deldon le coiffeur, un magasin de dentelle, stoppage (pour les bas qui filaient) boutons à la façon, Madame Galinelli, la couturière, le commerce d'épicerie en gros, la laverie rapide, un autre balancier, un marchand d'épices, un coiffeur et même une boîte de nuit, le Zanzibar !

Au Portail Peint : une pâtisserie, La Royale (l'immeuble a été démoli et laisse place à une terrasse en surplomb!), une alimentation, chez Charlot, tenue par la famille Bourdier de beauregard... je me souviens parfaitement qu'ils vendaient des "picons", oranges auxquelles la peau avait été ôtée pour les préparations d'apéritif, le prix en était considérablement réduit. Ils présentaient également leurs pommes de terre nouvelles (de la grenaille) toutes épluchées dans un petit bassin au milieu duquel jaillissait un petit jet d'eau, enfants, nous étions émerveillés.

. Venaient ensuite un coutelier (à moins qu'il ne soit venu plus tard ?), un débit de lait, un bistrot, je crois me souvenir également d'un marchand de bois et charbon, peut être d'un magasin d'électroménager, Lazzaretti, pâtes et beurre à la motte, une autre boulangerie qui nous faisait un pain sur mesure au poids, les docks méridionaux, un casino, un tapissier, Bonneton, le volailler qui mirait les œufs... Plus de trente commerces en quelques centaines de mètres.

Les ménagères descendaient la chaise sur leur devant de porte pour surveiller le seau où trempait la merlusse, éplucher les légumes ou faire la conversation, ce qui se résumait la plupart du temps à dire du mal de son voisin ! Nous n'étions pas seuls.

Cette rue des teinturiers qui prolongeait le portail peint, nous l'appelions la rue des roues, elles étaient toujours en mouvement et les arbres de force traversaient la chaussée sous des plaques métalliques. Les dernières que j'ai vu en fonction alimentaient en énergie des ateliers de mécaniques de précision.... Des courroies que l'on ôtait ou remettait à l'envie, permettaient de faire tourner toutes sortes de machines.

La Sorgue, servait d'égout et de déversoir aux immondices... Régulièrement fournie en grésil pour éviter les odeurs estivales... de cette rue émanaient donc des parfums étranges qui ne conviendraient certainement pas à nos touristes actuels ou à nos parisiens festivaliers!

 

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La Sorgue au temps des roues actives

Seuls trois véhicules à moteur circulaient dans le coin, deux servaient à la distribution de l'alimentation en gros, le dernier appartenait aux Ginoux, les marchands de bonbons : une canadienne, en bois, le rêve de mon père. Les transports volumineux se faisaient sur charretons tirés à la bricole...  "Si tu ne travailles pas tu tireras le charreton" était la grande menace que proféraient les parents lorsque les résultats scolaires n'étaient pas à la hauteur !

Le boum de la fin des années 50 fit éclore de nouveaux besoins. Au décès du vieux Guibert, le père Martin prit les rênes et décida de l'installation d'une laverie dans un des locaux de l'épicerie en gros. Une batterie de petites "Laden" était à la disposition des habitantes du quartier qui abandonnèrent le baquet de la bugado pour ces machines de rêve moyennant quelques sous. Le modernisme était là. Les entrepôts fleurissaient de réclames aux « pin up » aguichantes, vantant les mérites des lessives en copeaux. Un jour une centrifugeuse américaine vint trôner sur une espèce d'estrade aménagée à laquelle il était interdit d’accéder ! L’officiant, c'était le patron, le père Martin lui même, qui essorait le linge des ménagères ...  plus besoin d'utiliser ces tortionnaires rouleaux de caoutchouc qui équipaient les laveuses primitives.

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                                      Laverie Rapide                           Alimentation en gros                                 

Il étendit son activité au portage des machines à domicile. Combien de fois je me suis « coltiné » ses engins qui quoique modestes, pesaient leur poids lorsqu'il fallait accéder aux étages des étroites maisons ouvrières.

Les inondations étaient un autre motif d'émerveillement. La Sorgue qui débordait au Portail peint envahissait le grand hall d'entrée. Pour nous tenir au sec dans le vestibule, nous aménagions des pas à l'aide de ces fameuses caisses de morues... quel plaisir de les retrouver le lendemain matin, flottant au gré de l'eau qui avait pris de la hauteur durant la nuit.

 

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La serrure de la porte d'entrée en accord avec la grandeur du vestibule

Ma mère qui était une femme pieuse n'aurait jamais manqué sa messe du Dimanche et j'étais abasourdi de voir le père Bonnet venir en cuissardes, attraper ma mère "à la hussarde" et la transporter dans cet impudique inconfort jusque sur un trottoir asséché.

Le salut de l'âme passe par des outrances..  je n'en dirai pas plus.

Oh bonheur ! C'étaient les pompiers qui venaient nous chercher en barque pour aller à l'école.

Ce père Bonnet comme nous l’appelions était un ancien capitaine (à ce que nous croyons mais après tout peut être était il charpentier de marine) de la marine marchande, reconverti en menuisier. Sur son échoppe figurait une énorme ancre de marine peinte qui résumait toute son histoire et faisait sa fierté.

Il venait fréquemment dans l'escalier majestueux de l’hôtel car à mi pallier sur la droite se trouvait une pièce dans laquelle il entreposait son bois : fruitiers, chêne mais surtout le plus noble des bois en Provence, du noyer … par plateau entier, bien sec.

Cette pièce a elle aussi subi les assauts des démolisseurs, la porte d'accès a été transformée en seconde verrière.

Ce père Bonnet était le père de Guy Bonnet notre troubadour provençal bien connu.

Face à son échoppe et dans le prolongement de l’hôtel de Montaigu se trouvaient les frères Jouveau, l'un sculpteur, un artiste, l'autre tourneur, un autre artiste, créateurs des plus beaux meubles provençaux jamais assemblés à Avignon. Les amateurs se les arrachent encore.

 

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Un rescapé, exécuté par un apprenti... malheureusement pas de la meilleure facture

Ce hall d'entrée, quelle merveille... Adolescents, nous le considérions comme un immense atelier propice à faire du vélo, de la trottinette, du patin à roulette, de jouer aux fléchettes (qui ont laissé des traces sur les murs... heureusement ce n'était qu'un peu de plâtre)

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Résultats malheureux... mais sans trop de gravité de nos jeux de fléchettes...

et de bâtir toute sorte de choses comme un kayak que je conçus à partir de tube électriques et de manches de balais. Les essais se firent sur le Rhône mort, à notre retour nous eûmes la grande surprise d'être accueillis par les pompiers. Nos parents nous croyaient naufragés... et nous, nous n'avions pas pris nos montres car elles n'étaient pas étanches !

La chose fut tellement appréciée que bientôt la troupe de scouts à laquelle j’appartenais débarqua pour entreprendre la construction d'une flottille qui fit la joie de nos ébats aquatiques sur le Tarn.. Aucun mort à déplorer... ce qui laisse supposer que mon chantier nautique était fiable!

Cette maison qui faisait la joie des enfants était le désespoir des parents. Les jours de Mistral un froid glacial pénétrait par les ais, les huis disjoints ou les carreaux absents, un chant lugubre envahissait les immenses lieux. L'hiver un seul poêle au coke pourvoyait au réchauffement de la pièce principale, aussi mon père le chauffait il au rouge !

Il faut dire que les plafonds étaient à 5 mètres de haut.. lorsqu'il fallait intervenir pour raccorder un tuyau de poêle décrocher un rideau ou réparer un "plomb" nous allions chercher l'échelle des pénitents gris, seule apte à atteindre de telles hauteurs.

 

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Décrocher les rideaux à cinq mètres de haut !

Quelle pétoche lorsqu’il fallait descendre la nuit à la cave, dans cette cathédrale de hall, froid et mal éclairé, pour renouveler la provision de combustible.

Mais ce coke que nous nous procurions à bon marché à l'usine à gaz eut un usage détourné qui fit le bonheur des petits et des grands. Mon père imagina un jour de bâtir la crèche à l'aide du coke qu'il noyait de plâtre de paris très liquide. Il formait ainsi des monts, des grottes, des lacs qu'il agrémentait d'ocres achetées à la droguerie de la rue Bonneterie et de forêts de thym qu'il piquait avant que le plâtre ne prenne. Les thèmes changeaient au fil des ans ... En Palestine, en Afrique, chez les esquimaux !

Tout le quartier accourait, malheureusement personne n’eut l'idée de prendre une photo de ces créations éphémères qui, une fois leur rôle rempli, étaient démontées puis retournaient à leur destination première, c'est à dire le chauffage, puisque la crèche finissait dans le poêle... rien n'était perdu...

Dans cette cave où l'on stockait le charbon et le coke, avaient atterri divers instruments dont on ne se servait plus : seau, pelle, râteau, manches cassés, restant d'une pioche. Un seul instrument m'interrogeait par son aspect. Il avait l'allure d'un ciseau mais coupait mal le papier. Je l'essayais avec du fil de fer, la lame s'endommageait... Quel drôle d'outil qui ne servait à rien...

Plus tard, à la fréquentation des vignerons, je m’aperçus que cet instrument mystérieux était un sécateur... ce que c'est que d'être un urbain tout de même !

Les locaux s'y prêtant, les réunions d’associations caritatives et d'entraide d'après guerre, auxquelles adhéraient mes parents, échouèrent chez nous...la chandeleur et ses crêpes, les gâteaux des rois... pour moi, c'était la vrai vie... mais elle s'éteignit avec le petit confort retrouvé par tous...

Parfois en allant à l’école, je trouvais un clochard dormant dans le hall d'entrée... c'était mon père qui l'avait fait rentrer la veille, il lui avait donné un bol de soupe pour qu'il ne meure pas de froid !

Souvent la sonnette retentissait, c'étaient des inconnus qui demandaient la permission de voir l'escalier d'honneur.

Tous les jours je me réveillais sous des moulures Louis XV, devant des glaces immenses, sous des représentations champêtres, mais pour moi c'était la normalité, le quotidien.

 

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Le plafond que je découvrais à mon réveil

Ces visites impromptues et répétées me firent prendre conscience de la demeure dans laquelle je vivais. Je recherchais son histoire, je fouinais dans les greniers, les pièces abandonnées, les toitures immenses, les escaliers en colimaçon et je découvrais des merveilles. Des cheminées, des sculptures, des allégories, des frises peintes, des stucs et un plafond, mais quel plafond. Je n'en pris qu'une seule photo... Je remontais l'Histoire, je prenais conscience de la magnificence et de la beauté qui avaient échappé au lucre des propriétaires successifs.

Avec mes frères et sœurs nous rêvions de racheter la ruine... chacun pour y réaliser sa petite utopie. Mais la vie... et la mort nous ont séparé, le rêve est fini.

 

vendredi, 11 octobre 2013

Ma maison natale... Mes souvenirs...

2013 06 10 ma maison natale.jpgMes souvenirs 1

Que de souvenirs mais comment les aborder?

Par les gens peut être, c'est le sang des vieilles bâtisses, ce qui les fait survivre.

Dans l'orangerie habitait la famille Bigard, lui était peintre, aquarelliste et émailleur, il avait un grand four qui faisait l'étonnement de toute la maisonnée. Un jour ils quittèrent les lieux pour s'installer sur la cote, à Menton.

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Sospel, aquarelle de Bigard des années 50

Je revis sa veuve bien des années plus tard... la disparition de son mari, les ennuis d'argent... Il y avait la mer, le soleil, mais c'était triste.

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Nativité

Émaux réalisés par Bigard dans le four de l'orangerie de l'hôtel de Montaigu

A L'étage vint s'établir la famille Yanopoulos, le grand père avait émigré en France suite aux troubles gréco-turcs, le père lui avait épousé une ardéchoise, quels braves gens, ils étaient tailleurs alors... toujours tirés à quatre épingles.... smart, on disait à l'époque pour être dans le coup. La maman, une maman comme on n'en fait plus, douce, gentille, elle nous offrait parfois le goûter sans qu'on ne le demande ...  pour nous enfants, c'était une seconde mère! Le père allait travailler en solex, le premier solex que le quartier entier découvrit...  le luxe, quoi... Je crois me souvenir qu'ils avaient quatre enfants.. on partageait nos jeux de jardin avec la plus jeune, nous nous essayâmes à la culture de fèves, de lentilles mais .. leur jeu préféré était de se cacher dans cette grande demeure et moi le plus jeune, j'errai des heures à leur recherche... les enfants sont parfois cruels !

 

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Le jardin actuel... quasi à l'abandon

Dans l'attique se trouvait les St Étienne, lui était boulanger.. on ne le voyait pas souvent car le jour il dormait bien sûr... Ils avaient deux enfants : une fille ... et un garçon avec qui on faisait des modèles réduits, oh quelle joie !

Dans la seconde partie de l'attique mais seulement accessible par une entrée indépendante se trouvait Mme Griollet, veuve d'un ancien administrateur des colonies. La pauvre femme, on la faisait sursauter lorsque nous fabriquions des fusées qui « foiraient »... Quelle pétarade ! Mais quelle inconscience aussi... le salpêtre, essentiel pour le carburant était récupéré sur les murs mêmes des anciennes écuries où il abondait !

Dans le hall d'entrée, il y avait un célibataire qui travaillait à l 'hôpital Sainte Marthe, je ne me souviens plus de son nom. Ce dont je me souviens, c'est qu'il élevait des souris blanches et qu'elles ont envahi toute la maison lors de son départ.

Les nouveaux « proprios » comme on disait, les Guibert puis les Martin reprirent son local pour y installer les bureaux d'une épicerie en gros et demi gros dont ils firent commerce. Les entrepôts avaient pris naturellement place dans les anciennes mais immenses écuries de l’hôtel. Ils logeaient à cheval dans les deux derniers salons de l'étage noble et sur la première maison contiguë à l’hôtel , au premier étage, coté nord.

A ce même étage coté rue, se trouvait le docteur Melet... il avait plus de problèmes avec ses deux filles, je crois, qu'avec toute sa clientèle. Lui était un homme sévère comme devait être un homme distingué en ce temps là. Ils possédaient un énorme chien, un doberman dénommé Yourka... quelle frousse quand il bondissait dans les escaliers, nous nous réfugions vite derrière notre porte et même parfois dans un placard, car nous aussi nous habitions l'étage noble mais côté jardin.

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Les portes de placard intérieures ont repris la découpe de la porte d'entrée

Petit à petit, la maison s'est dépeuplée, le vieux garçon de l’hôpital est parti en premier, je pense qu'il prenait sa retraite (mais enfant ça n'avait aucune signification).

Le peintre s'éclipsa en second, suivit du Docteur Melet dont on n'eut plus de nouvelles!

Puis les Yanopoulous, nos chers voisins... ils avaient ouvert boutique rue Joseph Vernet, une grande et belle boutique de luxe.. impressionnante. Un appartement avec tout le confort à Monclar fut leur destination, chauffage central, eau froide et chaude à l'évier, au lavabo, à la douche, à la baignoire... mazette!. A l'époque, c'était l’apanage de ceux qui s'en étaient sortis, la nouvelle bourgeoisie en quelque sorte d'après guerre.

Les St Étienne firent construire à ce qu'on appelait Panpérigouste... c'était loin, loin de tout et ça montait pour y aller.. C'était vers le Montagné, à Villeneuve.. quelle idée de s'établir là!

Seule Madame Griollet resta dans l'attique.. mais discrète, elle était loin de nous, loin de tout et pourtant si proche...

/... à suivre

 

jeudi, 10 octobre 2013

Ma maison natale... Ce que j'en sais...

Ce que j'en sais 2

2013 06 10 ma maison natale.jpgL'escalier

Il est mis en valeur par sa position centrale au fond du vestibule et par la fenêtre qui l'illumine créant un fort contraste avec l'obscurité du reste de la pièce.

Sa taille fait de lui l'articulation principale de la maison, c'est un escalier qui en impose et donne le ton!

L'expertise de 1835 le décrit à double volée. En effet, il se compose de trois rampes en pierre de Barbentane supportées par des portiques en arceau, œuvre de la Valfenière, exécutée par le Maçon Jean Rochas de Barbentane. La première rampe part du milieu du vestibule et va se terminer au premier pallier qui comprend toute la largueur de la cage d'escalier. Elle est composée de douze marches de 2 mètres 60 de large. Les deux autres rampes sont également en pierre de Barbentane, elles ont chacune quinze marches et mènent au premier étage, c'est à dire à l'étage noble.

Cet escalier est construit sur arceaux de pierre avec mains courantes ornées de balustres carrés sculptés. Aux quatre angles se trouvent quatre énormes boules de cuivre. (que j'ai maintes fois astiquées)

 

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La double volée de marches et les boules de cuivre

Le plafond de la cage d'escalier est richement décoré de frises, de grands cartouches et d'allégories en stucs. Il est construit à l'antique au plâtre avec moulures et linteaux. Il est délimité par une frise rectangulaire, formée d'une demi voussure doublement encadrée d'épaisses guirlandes de feuillages. Un grand quadrilobe allongé, très découpé occupe la partie centrale, il était orné d'un ciel dans lequel évoluaient des hirondelles et d'où s’épandaient des feuillages.

Tout ce décors a disparu a la suite d'interventions récentes et désastreuses.

Les écoinçons des angles du plafond sont décorés de quatre médaillons ronds dont chacun est soutenu par deux figures féminines, fines et élégantes dénudées jusqu'aux hanches et terminées en rinceaux que prolongent des volutes qui s'étirent tout autour du ciel précité.

Ce plafond à «gypseries» est attribué à Nicolas Mignard dit «Mignard d'Avignon», frère de Pierre Mignard dit «le romain», famille de grands peintres s'il en fut. Il a fait une grande partie de sa carrière à Avignon où il a décoré en autre l’hôtel Tonduti, rue petite Fusterie, la maison des Peilhon, rue Rappe, l' hôtel Fortia de Montréal, (série de panneaux sur Les Aventures de Théogène et Chariclée) et a exécuté de nombreuses peintures religieuses notamment pour Notre Dame des Doms, les églises St Agricol, St Pierre, les Carmes, les Pénitents noirs et l’hôpital Sainte Marthe, on lui attribue également la décoration picturale de la chapelle du Bon Remède à Frigolet

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Le plafond en gypseries actuel, massacré par les monuments historiques..

(je vais me faire des amis)

J'avais fait un cliché de ce plafond, transmis aux compagnons qui occupent les lieux, mais personne n'a daigné s'en inspirer

Le premier étage

C'est le grand salon qui est le plus riche en décorations.

Il est plafonné à la française, agrémenté de beaux dessus de porte et de la plus belle des trois cheminées de l’hôtel.

 

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La chute de Curtius1 dans le gouffre

Adrien Marcel en fait cette description :

"Son manteau sculpté représente Curtius1 à cheval se jetant dans le gouffre, bas relief entouré d'une forte guirlande de feuilles, un écusson se détache au dessus de ce tableau sur un fond d'armes et de drapeaux, supporté par deux figures féminines, le tout surmonté d'une couronne de marquis."

 

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Ce sont les armes des Montaigu.

D'après l'état des lieux dressé en 1795, le grand salon possédait d'admirables cadres en bois sculptés et dorés Louis XV et une glace de peinture très fine, mais tout a disparu et on n'en trouve pas trace dans l'inventaire de 1835.

Une frise mythologique, sur toile peinte, attribuée à Nicolas Mignard, orne le haut d'une portion de mur, reliquat quasi certain d'un ensemble plus conséquent qui devait cerner la pièce.

 

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Ce salon directement situé au dessus de l'entrée possède une particularité, son sol de tomettes carrées est percé d'un trou dissimulé qui, une fois ouvert, permettait de voir sans être vu celui qui s'introduisait dans le vestibule.

 

 

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L'oculus secret

Dans les autres pièces deux autres cheminées à manteau de stuc sculpté méritent notre attention.

Une dans le deuxième salon du premier étage côté rue.

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Celle ci est ornée d'un encadrement doré avec un aigle à chaque extrémité, au centre un buste de femme ceint de guirlandes de fleurs. L'ensemble est surmonté d'un angelot protecteur.

 A l'origine, la pièce était entourée d'une frise à quatre grands sujets :

l'enfance de Jupiter

L’enlèvement d'Europe

Danaé sous la pluie d'or

Jupiter et Junon unis par des rinceaux qui soutiennent des génies et autre figures.

Ces œuvres ont été déposées et se trouvent actuellement au musée du petit palais pour une hypothétique restauration qui se fait attendre...

Une troisième cheminée se trouve dans la partie privative conservée par Mme Martin coté nord.

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Cheminée du troisième salon côté rue... un peu tristounette tout de même

Voici ce qu'en dit Adrien Marcel :

«elle est ornée d'une urne un peu lourde et entourée d'une frise représentant les quatre saisons... un grand sujet central et une autre frise décorent aussi une alcôve de la pièce».

Nota : Adrien Marcel ne connaissait apparemment pas l'existence de la chapelle

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Le grand sujet central dont parle Adrien Marcel, un remarquable plafond aux putti de Mignard

 Trois autres salons se trouvent en enfilades coté jardin.

 

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Le sol en tomettes provençales est identique dans les trois salons côté jardin

Le premier ouvre directement sur l'escalier d'honneur par une porte plus humble, il devait servir de bureau, il possède une cheminée noire sévère, propre au climat des affaires, les plafonds sont traités en stucs Louis XV.

 

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La cheminée "stricte" du bureau

 Le deuxième également plafonné de stucs Louis XV sans cheminée, possède la particularité d’être orné de motifs décoratifs à la fresque sur l'ensemble des murs, découvertes à l'occasion de la réfection des plâtres. Ce qui devait en faire un salon très élégant . L'information transmise avec mes photos (que je regrette d'avoir cédées) il y a bien longtemps n'a jamais était prise en considération. Le dessus des portes est orné de peintures pastorales invitant à la galanterie et peut être au libertinage...

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Les scènes pastorales en trumeaux (photos du début des années 60)

 

Le troisième salon, quasiment identique au second possède également une scène pastorale

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Le trumeau du troisième salon côté jardin

 

et un grand plafond à triple caisson Louis XV.

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Une cheminée plus classique et peut être plus utilitaire se trouve dans le dernier salon côté Jardin.

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Très belle cheminée en marbre Louis XV

La décoration reste donc relativement pauvre, ce qui semble curieux pour un hôtel particulier de cette qualité. Des manteaux de cheminées, des trumeaux, une frise et des plafonds peints par Nicolas Mignard, aucun autre élément décoratif  n'a été retrouvé... l'hôtel a totalement été dépouillé au fils des siècles.

 Au second étage, l'attique, simples dépendances pour le personnel, ne comporte aucune décoration si ce n'est une charpente phénoménale.

 

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Appareillage du plancher originel de l'attique

 

 1Curtius est le héros d'une légende topographique romaine . Pendant les premiers temps de la république, la terre s'ouvrit au milieu du Forum (symbole de la république naissante), formant un gouffre énorme. Les romains tentèrent de combler l’ouverture en y apportant de la terre. Mais leurs efforts furent vains.Il fallut avoir recours à un oracle, qui déclara, que pour refermer le gouffre, les romains devaient y jeter ce qu'ils avaient de plus précieux. Le jeune Curtius comprit que ce que Rome avait de plus précieux était sa jeunesse et ses soldats. Lui même décida de s'immoler pour le salut de tous.Monté sur son cheval, il se dévoua aux dieux infernaux et, devant tout le peuple assemblé, se précipita en armes dans l’abîme qui se referma sur lui, laissant seulement un petit lac qui porte le nom de » Lacus Curtius, au bord duquel poussèrent un figuier, un olivier et une vigne. Sous l'empire existait la coutume de lancer des pièces de monnaie dans le lac en offrande à Curtius, le génie du lieu.

/... à suivre

mercredi, 09 octobre 2013

Ma maison natale... Ce que j'en sais...

Ce que j'en sais 1

Montaigu1901, il passe aux mains d’Élisabeth Valens Niel, épouse Vallier – Colombier.

1945 elle le vend à la Mutuelle du Mans.

Mes parents aménagent au premier étage de l’hôtel à cette époque... j'y vois le jour !

1946 elle le revend à M Guibert, ces Guibert descendent du côté maternel du peintre provençal, Claude Firmin dit le Goy.

1955 Leur fille, épouse Martin, en héritera.

1957 Mme Martin vend l'orangerie à M Meneghini, qui l'aménage  en restaurant bon marché, animé des musiques populaires de l'époque (Bambino et compagnie)... «La Pyramide» dont l'entrée se faisait par la rue Philonarde (nous avons été invité à l'inauguration où j'ai mangé mon premier coucous ). L'appartement de l'étage est transformé en chambres puis en meublés.

Quand un enfant n'aimait pas sa soupe on lui disait "va manger à la Pyramide !" Tout un programme... il comprenait vite que c'était moins bon qu'à la maison....

Meneghini revend l'ensemble. La fréquentation est correcte au début mais petit à petit les lieux sont occupés par des travailleurs immigrés qui en font leur domicile principal. L'édification d'un mur de plus de 6 mètres de hauteur pour éviter toute promiscuité et vue directe sur le jardin de l’hôtel de Montaigu transforme les chambres en taudis!

1965 l’hôtel est classé monument historique.

1966 la mairie l'achète à Mme Martin.

Madame Martin conserve l'appartement côté nord et une partie du jardin où se trouve une reconstitution de grotte avec bassin, vestiges des goûts du XIX ème siècle.

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à gauche l’hôtel de Montaigu (on peut voir la dernière fenêtre de nos appartements)

à droite l'orangerie aujourd'hui détruite, au fond du jardin la grotte gardée par Mme Martin

(mur de clôture plutôt conséquent)

photo prise du toit de notre cuisine sur voutains

Nous déménageons dans la précipitation sous la double menace d'un exploit d'huissier envoyé par la mairie et de chutes de stuc de plus de 40 kilos dans l'escalier!

1970 les Compagnons du tour de France s'y installent... Pour moi, un lâche abandon des lieux dont on ne veut plus s'occuper ... voir ma note infra

Cet hôtel.présente une disposition inhabituelle par rapport au modèle consacré dit modèle aixois.

Il est dissymétrique. La porte d'entrée habituellement centrale pour équilibrer la façade est placée ici volontairement à droite. Par hypothèse l'achat de l'actuel n° 39 aurait permis l’agrandissement de l’hôtel et un ré - équilibrage du tout... mais cela reste une hypothèse.

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La parcelle manquant de profondeur, l’hôtel s'est déployé le long de la rue, ce qui a déterminé la répartition des pièces en enfilade parallèlement à la rue et au jardin, au lieu d'une distribution en U au centre duquel se trouverait la cour intérieure.

La façade est sobre, rythmée par l'immense portail des écuries et les imposantes fenêtres du premier, ici point de fioritures. Seule la porte d'entrée nous annonce que nous avons à faire à une demeure noble.

Il s'agit d'une porte à double vantaux en bois, de facture classique, très simple. L'accent est plutôt mis sur la qualité et l'harmonie. Elle comporte un petit tympan sans motif ni décors, deux pilastres et deux pieds droits de part et d'autre. La décoration principale se résume à une frise en plate bande. Il s'agit d'un motif floral fait d'entrelacs. Les moulures sont classiques et d'une grande finesse.

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 L'ensemble est majestueux sans être trop imposant.

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Deux masques grimaçants équilibrent le tout.

Nous entrons directement dans le vestibule un peu lugubre car très sombre, seulement éclairé par deux fenêtres coté rue et une grande verrière située au premier entresol (une deuxième verrière a été ouverte récemment ce qui contribue à éclairer l'ensemble).

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(le coté sombre est annulé ici à cause du flash)

C'est en partie la grande clarté de la verrière qui par contraste fait paraître le vestibule comme très sombre, on est aveuglé . L'architecte l'a t il voulu ainsi où était ce un hasard de la configuration des lieux ?

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Le voici en situation dans un plan

Sous la rampe d'escalier gauche, une jolie petite porte en bois tourné s'ouvre sur le jardin.

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Porte d'accès au jardin

Au fond de ce jardin, au XIX ème siècle fut érigée une grotte en rocaille, tout à fait typique. Du temps où nous étions locataires, se trouvaient des poissons rouges qui faisaient notre bonheur d'enfants.

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Grotte en rocaille

Cette grotte supportait et dissimulait l'escalier d'accès à l'appartement de nos propriétaires.

occupation des lieux.jpgNote : "Les compagnons, que j'ai pu contactés, m'ont laissé entendre qu'ils étaient en conflit avec les monuments historiques qui s’opposaient à toute initiative de leur part. Ils ont réussi à restaurer quelques pilastres de la montée d'escalier. Les fenêtres qu'ils avaient reproduites à l'identique et qu'ils avaient mises en place ont du être déposées sur ordre... Cependant leur occupation n'est pas non plus de tout repos pour le bâtiment et j'ai vu force punaises plantées dans les murs, bureaux et matériel scolaire heurtant les cheminées... il faudrait peut être trouvé une autre destination à ce bâtiment"

 

 .../... à suivre

 

mardi, 08 octobre 2013

Ma maison natale... Ce qu'on en dit

Ce qu'on en dit

 

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Il est fort probable qu'Anne Joseph de Montaigu, capitaine des dragons et député de la ville passa par le «Portail Peint» le 6 Août 1774 , lorsqu'il prit la route de Paris pour aller féliciter Louis XVI de son avènement au trône, en plein midi et avec quinze carrosses (d'après une thèse de Delphine Vallon).

En effet, l’hôtel de Montaigu est tout proche des anciens remparts et du portail Imbert vieux ou Portail Peint, croisement des rues Philonarde, Lices, Bonneterie et teinturiers. Principale entrée défensive d'Avignon au XIII ème siècle, il était nommé ainsi à cause d'une peinture représentant «les sept péchés mortels» (Pansier) il y aurait eu également une représentation des 12 apôtres à qui on aurait confié la garde de la cité. Dans quel état se trouvait cette porte d'Avignon au XVII ème ... hormis le couvent des Cordeliers qui date des XIII et XIV ème, les habitations ne semblent pas si anciennes.

Adrien Marcel qui vécut de 1848 à 1929 a passé sa retraite à poursuivre les recherches du chanoine Requin sur les archives notariales de la ville d'Avignon. Son étude manuscrite, très riche et plus détaillée que celle de son prédécesseur a été recueillie par le musée Calvet. Elle consiste en un dictionnaire des rues d'Avignon auquel s'ajoutent plus de sept cents feuillets de notes sur les principaux hôtels particuliers d'Avignon, dont une dizaine sur l’hôtel de Montaigu. C'est sur cette documentation que je me suis en partie appuyé pour étayer cet historique.

 Le nom de la rue lui est tiré de l’existence d'un four de terre ou four à poterie (XIV ème siècle) dont une maison prit le nom de four de la Nabresse.

 Quant à la population, elle était exclusivement composée de petits artisans et de tacherons vivant de leur travail.

Les Montaigu descendraient d'un vendeur de savon de Barbentane ou de Noves qui, riche, épousa une bâtarde d'un de Donis, Seigneur de Lapalun, dont le fils fut chevalier servant de l'ordre de Malte. Le nom de Montaigu leur viendrait d'une tournure de mots à l'italienne dont se serait servi le vice légat du pape la première fois qu'il vit à Avignon de Donis : il l'aborda en lui disant « Benvenuto Montaguto» (d'après Hervé Aliquot)

Cette origine roturière expliquerait peut être la détention de cette parcelle dans un quartier populaire, car l’hôtel de Montaigu est la seule demeure patricienne de toute la rue. La proximité du Portail peint en faisait peut être un emplacement prisé pour le négoce et l'acheminement des marchandises...

Grâce au travail manuscrit d'Adrien Marcel, on peut remonter l'histoire jusqu'au XIV ème siècle.

L'ensemble comporte alors une grande maison, une plus petite et un jardin, il appartient à Guillaume Barème, correcteur des lettres apostoliques.

En 1427, le Prince d'Orange, Louis de Châlon Arley l'acquiert et la loue. L'un des locataires est fabriquant de toile.

Au XVI ème siècle, un orfèvre, Christophe Alberti, puis un noble, Jean de Donis, l'achètent successivement.

Mais c'est au milieu du XVII ème siècle que se produit la mutation la plus importante de l'histoire de cette parcelle, Montaigu (certainement le gendre de "de Donis") fait raser les vieux bâtiments pour faire construire l’hôtel par La Valfenière en1668. Adrien Marcel n'a trouvé aucun acte notarié mentionnant une vente, il devait donc s'agir soit d'une succession soit d'une donation (peut être la dot de la mariée).

 

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Rosace centrale du bureau

 

A partir de cette date, l’hôtel acquiert sa structure définitive et l'on n'observera désormais plus aucune transformation majeure sauf quelques cloisons (notamment une pièce secrète et qui restera si secrète qu'elle fut démolie sans autre forme de procès, personne n'en conservant la trace si ce n'est le souvenir que j'en ai) et un raccordement sur voûtains du premier étage de l'hôtel au premier étage de l'orangerie qui furent notre cuisine et une chambre lorsque nous y logions, ces éléments furent également abattus.

 

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Traces sur le mur extérieur de l'escalier de la construction sur voutains

Lorsque le roi Louis XIV vient passer les fêtes de Pâques à Avignon. Ses secrétaires d’État logèrent à l’Hôtel de Montaigu.

De 1692 à 1770, l’hôtel passe successivement à Marguerite Charlotte de Linons de Causan, Marquise de Montaigu, Louis Joseph de Montaigu, Joseph Philippe de Montaigu, Seigneur d'Entraigues, Anne Joseph de Montaigu, capitaine des dragons.

 

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Motif du carrelage du grand salon d'honneur

L'expertise des biens des Montaigu dressée à la révolution fait mention d'une chapelle... Or on n'en retrouve aucune trace dans une deuxième expertise dressée à la mort de Niel en 1835 ! Quid de cette chapelle ?

Une alcôve remaniée après les réquisitions de la révolution est toute désignée pour être cette fameuse chapelle. C'était la pièce la plus éloignée des salons de réception, loin de tout bruit, exempte de fenêtres, propre au recueillement et richement décorée d'un plafond de Nicolas Mignard. Cette pièce a été largement ouverte sur le dernier salon côté jardin pour être traitée en alcôve, sorte de niche "galante" dans le goût du XIX ème.

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Le plafond de la chapelle privée peint par Nicolas Mignard (dans un état lamentable!)

Le 28 germinal An II soit le 17 avril 1794, l’hôtel est séquestré et devient un dépôt pour le mobilier réquisitionné. Il est attribué au «Receveur du Domaine National» qui l'occupe de l'An II au 18 Floréal de l'An VI. L’hôtel est alors expertisé et mis en vente.

Le 29 Floréal An VI, il est adjugé à Jean Martin Niel, fabriquant de chapeaux pour la conséquente somme de 233.000 francs or.

Le reste de la maison, anciennement numéro 19, est adjugé 40.700 francs or à Étienne Bonnet, le 9 Prairial de l'An VI.

L’hôtel trop vaste, ne connaît pas d'acheteur assez fortuné pour l'ensemble du lot.

Niel a acquis la partie sud pour lui, mais la partie nord l'a été pour le compte de son notaire Rolland, il manque malheureusement les éléments de la succession de ce dernier.

Le 3 Novembre 1835, décès de Niel et estimation de ses biens par des experts dont la partie sud de l’hôtel (ancien numéro 25).

1862 Martin Hippolyte Valens dit Valens-Niel en hérite.

1879 il acquiert l'ancien numéro 19 de Bonnet (certainement le fils).

1883 il acquiert l'ancien numéro 20

A cette date, l’hôtel retrouve donc sa structure première, celle d'avant la révolution. L'immeuble est mis en location répartie en six appartements:

  • Trois au premier étage (2 coté jardin, un coté rue)

  • Deux dans l'attique

  • Un au premier étage de l'orangerie

L’hôtel perd de nouveau sa cohésion initiale.

/... à suivre